En 2024, 4,1 % des ménages luxembourgeois vivaient en « précarité énergétique ». C’est ce qu’indique le rapport « Travail et cohésion sociale 2025 » du Statec ; cela correspond à environ 10 000 ménages. Mais ce chiffre est peut-être plus élevé : l’indicateur utilisé par le Statec prend l’année 2012 comme référence. Cela fait déjà un certain temps. Cet indicateur montre également que la précarité énergétique est beaucoup plus fréquente chez les ménages locataires (7,2 %) que chez les propriétaires (2,2 %).
La précarité énergétique est l’un des thèmes abordés dans le plan social climat. Le terme n’est pas tout à fait heureux, car il évoque des licenciements liés au réchauffement climatique ou à la politique climatique. En réalité, le plan social climat (PSC) fait partie du paquet climat de l’UE et figure également dans la loi luxembourgeoise sur le climat. Chaque État membre doit se doter d’un PSC. Au Luxembourg, la consultation publique sur un avant-projet élaboré par les ministères de l’Environnement et de l’Économie s’achève aujourd’hui. Le ministère de l’Environnement est en charge de ce dossier. Le PSC a pour objectif de soutenir « les ménages vulnérables et les micro-entreprises ». À ce jour, une seule prise de position publique a été rendue publique concernant cet avant-projet, émanant conjointement de l’OGBL, du LCGB, de la Chambre des salariés et du Mouvement écologique : selon eux, le plan est encore trop imprécis et manque d’ambition. « Il est formulé en termes si généraux qu’il ne peut susciter aucune contestation », déplore Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique, dans le journal *Le Land*. « Nous ne savons pas comment les choses vont concrètement évoluer. »
Mais l’ambition, c’est une autre histoire. Ce que les ministères de Serge Wilmes (CSV) et Lex Delles (DP) ont rédigé aurait tout à fait pu émaner du gouvernement précédent, avec les Verts aux ministères de l’Environnement et de l’Énergie. L’avant-projet énumère 48 mesures. Deux auraient sans doute suffi. En réalité.
Cela s’explique par le produit intérieur brut élevé du Luxembourg. Les plans sociaux pour le climat visent à anticiper un avenir pas si lointain, lorsque l’échange de quotas d’émissions de CO₂ débutera au sein de l’UE dans les secteurs des « transports » et du « bâtiment ». Les fournisseurs d’énergie et les compagnies pétrolières y participeront. Un prix du CO₂ à l’échelle de l’UE sera alors fixé pour les combustibles fossiles utilisés pour le chauffage et les carburants. Cela devrait entrer en vigueur à partir de 2028. Une partie des quotas d’émission sera mise aux enchères, à l’instar du système d’échange de quotas d’émission en vigueur depuis déjà 20 ans pour la grande industrie. Un quart des recettes issues des enchères de ce deuxième système d’échange de quotas sera versé à un fonds social européen pour le climat, puis redistribué aux États membres de manière inversement proportionnelle à leur PIB. Les plans sociaux pour le climat définiront l’utilisation des ressources du fonds afin d’aider les ménages « vulnérables » et les micro-entreprises. Au départ, le fonds devrait s’élever à 87 milliards d’euros. Le Luxembourg n’en recevra que 55 millions, car c’est un pays riche – soit neuf millions par an pendant six ans.
C’est pourquoi le PSC luxembourgeois ne devrait inclure que ce qui pourra être financé par les millions versés par l’UE. Au niveau national, le Luxembourg dépense bien davantage. Dans le budget pluriannuel allant jusqu’en 2029, les dépenses prévues pour le Fonds national pour le climat et l’énergie s’élèvent à plus d’un demi-milliard d’euros par an. La Commission européenne a d’ailleurs déjà demandé au ministère de l’Environnement pourquoi un plan « aussi complexe » était mis en place dans ce pays. C’est vrai : les 48 mesures prévues dans l’avant-projet vont du préfinancement par l’État de la rénovation de logements et de l’installation de panneaux solaires, en passant par un « crédit-bail social » pour les pompes à chaleur, l’énergie solaire et les voitures électriques, jusqu’à la promesse de compensations pour les ménages les plus démunis.
En comparaison, le plan social climatique de la Suède est bien plus ciblé. C’est le seul à ce jour à avoir été approuvé par la Commission européenne. 533 millions d’euros que la Suède prévoit de mobiliser entre 2027 et 2032 afin de verser à environ 115 000 foyers, pendant trois ans, une aide de 120 euros par mois destinée à l’achat ou à la location d’une voiture électrique. Sur ces 533 millions, 388 proviendront du Fonds social européen, le reste étant pris en charge par l’État suédois. C’est tout ce que prévoit le plan. La Commission européenne a jugé cela suffisant le 11 décembre.
Malgré tout, ce n’est pas une mauvaise idée de mettre en place un PSC « complexe ». C’est peut-être même une idée particulièrement judicieuse. Selon des informations provenant du ministère de l’Environnement, le PSC définitif inclura le « leasing social » des voitures électriques parmi les mesures à présenter à Bruxelles, ainsi que, éventuellement, un leasing social de l’énergie solaire
. Les ministères de l’Environnement et de l’Économie sont bien conscients qu’il serait absurde de déclarer trop de mesures à la Commission européenne : cela impliquerait en effet de devoir rendre compte régulièrement de projets financés au niveau national. Cette bureaucratie supplémentaire n’a pas lieu d’être.
Mais la question la plus passionnante est de savoir à quel niveau se situera le prix du CO₂ à l’échelle de l’UE dans le cadre du nouveau système d’échange de quotas d’émission. Il devrait démarrer en 2028 à 45 euros la tonne. C’est exactement le montant de la taxe sur le CO₂ en vigueur au Luxembourg depuis le 1er janvier. Mais selon certaines estimations d’experts, ce prix pourrait rapidement grimper à 100, 200, voire 400 euros la tonne. L’essence, le diesel, le gaz et le fioul deviendraient alors d’autant plus chers. À un prix de 149 euros la tonne, par exemple, il faudrait s’attendre à des surcoûts annuels de 607 euros dans une maison mal isolée chauffée au gaz, et de 816 euros dans une maison mal isolée chauffée au fioul (d’Land, 13 juin 2025). Les conséquences d’un prix de 400 euros la tonne ont pu être observées lors de la crise énergétique de l’été 2022, lorsque le litre d’essence coûtait près d’un euro de plus qu’en 2020, année marquée par la pandémie de Covid et par des prix très bas. De ce point de vue, l’avant-projet de PSC offre un aperçu d’un avenir possible. Dans lequel il ne s’agira pas seulement de préserver les ménages vulnérables et les micro-entreprises du pire grâce à des aides compensatoires. Mais surtout de leur donner dès à présent les moyens de participer à la transition énergétique. Afin d’éviter des coûts élevés et de contribuer à la réalisation des objectifs climatiques.
Une publication du Statec, s’appuyant sur les données du recensement de 2021, donne une idée de l’ampleur de la tâche que cela représente rien que pour les ménages. À l’époque, 88 % des ménages étaient concernés par un remplacement de leur système de chauffage au profit d’un système électrique ou d’une pompe à chaleur : 28 % se chauffaient encore au fioul, 60 % au gaz. 24 % des propriétaires ont déclaré juger nécessaire une rénovation énergétique de leur logement. 29 % ont indiqué avoir récemment effectué des travaux de rénovation.
C’est notamment sur ces points que portent les critiques du Mouvement écologique, des syndicats et de la Chambre du salariat : la rénovation nécessite des mesures bien plus concrètes. Il faudrait recenser les logements nécessitant une rénovation afin de pouvoir procéder à des rénovations quartier par quartier. Il faudrait mettre en place une stratégie pour inciter les propriétaires à réaliser des travaux de rénovation dans l’intérêt de leurs locataires. Un plan pour les réseaux de chauffage fait également défaut. La définition de la précarité énergétique se référant à l’année 2012, une mise à jour s’impose. Et s’il s’agit de promouvoir la mobilité électrique et les transports publics, il faudrait recenser, quartier par quartier, l’accès aux transports publics, le degré de dépendance des habitant·e·s à la voiture et la durée des trajets domicile-travail.
Ce qui est bien sûr beaucoup demander. Peut-être que certaines de ces mesures seront mises en œuvre après que les principales mesures auront été communiquées à la Commission européenne dans le cadre du PSC de Luxembourg. Un échange entre le Land et le ministre de l’Environnement sur ces questions n’a pas pu avoir lieu en raison de l’agenda chargé de ce dernier.
Du côté des entreprises, la situation semble être perçue de manière moins critique que par les syndicats et le Mouvement écologique : pour eux, ce sont surtout la Chambre de commerce et la Chambre des métiers qui ont participé à la consultation sur le PSC. Gilles Reding, directeur du conseil et des services à la Chambre des métiers, se réjouit que le prix du CO₂ puisse être « modulé » pour les micro-entreprises. Il se félicite également que le « Pacte climatique pour les entreprises » soit renforcé par des aides en faveur des mesures d’efficacité énergétique et de l’utilisation de l’énergie solaire. Gilles Reding s’interroge toutefois surtout sur la définition des micro-entreprises vulnérables : selon la définition de l’UE, une micro-entreprise compte moins de dix salariés et réalise un chiffre d’affaires maximal de deux millions d’euros. Sont considérées comme vulnérables celles qui consacrent 3 % (ou plus) de leur chiffre d’affaires à l’énergie. « Dans le secteur de l’artisanat, elles ne sont pas nombreuses. »
Le fait que le Luxembourg applique cette année une taxe sur le CO₂ de 45 euros la tonne joue également un rôle. Ces États membres de l’UE ont pu demander à Bruxelles de ne pas appliquer avant 2030 le prix européen fixé dans le cadre du nouveau système d’échange de quotas d’émission et de conserver jusqu’à cette date leur propre taxe sur le CO₂. L’Irlande et le Luxembourg l’ont fait. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait rien à faire d’ici là. Si, dans les pays voisins, le prix du CO₂ venait à dépasser largement les 45 euros, le Luxembourg devrait rapidement augmenter sa taxe sur le CO₂ afin d’éviter une recrudescence du tourisme à la pompe. À moins que tout ne se passe tout autrement et que, dans l’UE, la politique climatique et la « vérité des prix » pour l’essence et le gaz ne soient sapées par des gouvernements d’extrême droite au cours des prochaines années. On ne peut pas totalement exclure cette possibilité, et on observe déjà aujourd’hui une tendance dans ce sens. Par exemple, le délai de soumission des plans sociaux climatiques à Bruxelles avait déjà expiré en juin 2025. Mais outre le PSC suédois, il n’en existe actuellement qu’un seul, celui de la Lettonie, que la Commission n’a pas encore approuvé. Peut-être que le Luxembourg sera finalement le troisième, et que les autres s’en moquent bien.