Deux des trois résidents du Luxembourg qui ont tenté de briser le blocus israélien sur Gaza par la mer sont rentrés au bercail. L’un, Xavier Gilquin, 63 ans, ancien auditeur et père de quatre enfants, a pressé son retour après sept jours de navigation pour des raisons de santé. L’autre, Gildo Molinari, photographe de 37 ans, s’est fait « intercepter » jeudi 30 avril par l’armée israélienne dans les eaux internationales au large des côtes grecques. Avec lui, 175 activistes de la Global Sumud Flotilla (GSF) répartis sur une vingtaine de bateaux.
Mardi soir, dans une petite salle du restaurant Chiche dans la capitale, l’Italien a raconté avoir vu son embarcation immobilisée par des navires israéliens après des survols de drones. Ils auraient alors été contraints d’embarquer sur « un bateau improvisé en prison », avec des containers sur le pont pour geôles. Surveillés par des hommes en armes, les activistes auraient été interrogés, privés de sommeil (« ils avaient arrosé le sol pour nous empêcher dormir ») et certains violentés (« ils sont rentrés en tirant, pris trois-quatre personnes et les ont tabassées »). Le 1er mai, les activistes (sauf deux, aujourd’hui emprisonnés en Israël) ont été remis aux autorités grecques, lesquelles n’avaient jusque-là pas levé le petit doigt alors que ces eaux internationales sont sous leur surveillance. « On avait là aussi l’impression d’être kidnappé », raconte Gildo Molinari, « privés de passeport et empêchés de téléphoner ». Des bus les auraient finalement déposés « à quatre kilomètres de l’aéroport » d’Héraklion (Crète) d’où ils ont rejoint leurs pénates (une trentaine s’étaient vu accorder une visite à l’hôpital sur le trajet).
La Grèce conteste aujourd’hui avoir coopéré en amont avec les autorités israéliennes et assure que les activistes ont refusé leur aide alors que certains bateaux avaient réussi à en demander malgré les brouillages israéliens des communications. Le ministre des Affaires étrangères de l’État hébreu, Gideon Sa’ar, a publiquement remercié le gouvernement grec pour avoir « accueilli les participants de la flottille ». Sur X, le Premier ministre israélien a fanfaronné : « Not a single ship and no Hamas supporter reached our territory (…) They will continue to see Gaza on YouTube ».
La « collaboration » de la Grèce avec Israël est dénoncée par l’organisation de la flottille. Cette dernière accuse le gouvernement israélien de génocide et de crime de guerre. Par son représentant au Luxembourg, Patrick Bosch, GSF appelle le Premier ministre Luc Frieden (CSV) à « dénoncer la participation » du Luxembourg à l’accord d’association UE-Israël, le ministre des Finances Gilles Roth (CSV) à « suspendre le passeport financier » qui permet à Israël de financer la colonisation et le ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel (DP) à fermer le Luxembourg Trade and Investment Office à Tel Aviv. « Nous sommes en affaires avec un régime qui tue des gens en permanence et nous ne faisons rien, ce n’est pas normal », a conclu Patrick Bosch. Une autre participante à la flottille qui vit au Luxembourg reprendra la mer direction Gaza avec des navires qui n’ont pas (encore) été interceptés.
À la Chambre jeudi dernier, le ministère des Affaires étrangères a souligné qu’un arraisonnement en haute mer n’était pas permis en droit international, sauf dans des conditions bien précises (piraterie, stateless vessel, etc.) et donc que les opérations israéliennes n’étaient pas conformes au droit international. Xavier Bettel a en outre indiqué, que ses services avaient rappelé « à Israël via son ambassadrice » à Bruxelles (et en charge du Luxembourg) son obligation de respecter le droit international et de « prévenir toute violence ou tout acte irresponsable ». Son ministère reste silencieux concernant l’implication de la Grèce.