Chroniques de l’urgence

Batteries mutantes

d'Lëtzebuerger Land du 10.04.2026

Alors que les moteurs à explosion les moteurs électriques semblent être arrivés à maturité en matière d’efficacité (avec un net avantage absolu pour les seconds), les technologies de stockage embarqué de l’électricité sont en pleine mutation. Au point que les véhicules à propulsion électrique équipés de batteries classiques au lithium, dont près de 18 millions d’exemplaires ont été vendus en 2025, risquent d’apparaître d’ici un ou deux ans comme de lourds canassons essoufflés face aux destriers infatigables que rendront possibles les batteries de conception plus récente. Avec un poids réduit, qui augmente fortement le rayon d’autonomie, un temps de chargement qui se compte en minutes et un coût de fabrication sensiblement plus bas, ces nouvelles batteries promettent d’être l’ultime clou dans le cercueil des moteurs thermiques.

Sans surprise, cette mutation est principalement impulsée par la Chine, championne des chaînes d’approvisionnement intégrées relatives à la décarbonation. Mais la Finlande et les États-Unis sont aussi dans la course, preuve qu’à défaut d’adopter des politiques industrielles en phase avec l’urgence climatique, Européens et Américains n’ont peut-être pas dit leur dernier mot en matière d’innovation.

L’accumulateur lithium-ion, inventé avec le soutien financier d’Exxon en 1972, a constamment progressé depuis. Entre 2000 et 2011, son prix a été divisé par dix. En plus du lithium, le nickel, le manganèse, le fer, le cobalt et d’autres métaux interviennent dans les déclinaisons (NMC, LFP et LMFP principalement) de la technologie qui ont émergé au fil du temps. Basée à Ningde en Chine, l’entreprise CATL en est le leader, avec quelques 45 pour cent de parts de marché (le constructeur BYD, qui produit ses propres batteries, est à 14 pour cent). Ces deux firmes ne se reposent pas sur leurs lauriers : elles se préparent à mettre sur le marché des batteries considérablement plus performantes et moins chères. Des modèles au lithium dotés d’une densité énergétique qui promet des autonomies allant jusqu’à 1 500 km et une conception qui permet un chargement complet en 9 minutes sont censés arriver sur le marché dès cette année.

Des batteries au sodium, une matière abondante et bon marché, sont pressenties notamment pour les véhicules d’entrée de gamme. Elles utilisent des électrodes à l’état solide, ce qui permet de s’affranchir d’une série de contraintes qui limitent l’utilité de celles au lithium, et reviennent moitié moins cher. CATL vient de présenter, avec le constructeur public chinois Changan, une voiture de série de milieu de gamme dotée d’une batterie au sodium qui lui confère une autonomie de 400 km. Le modèle Nevo A06, attendu cet été, devrait coûter 16 800 dollars.

Donut Lab, une entreprise finlandaise, s’attaque avec beaucoup de fougue à ce segment. Elle affirme pouvoir produire des batteries au sodium qui seront moins chères et plus performantes que les meilleures batteries au lithium actuelles. En janvier, lors de l’événement CES 2026 à Las Vegas, elle affirmait que sa batterie atteignait une densité énergétique de 400 Wh par kilogramme, soit environ le double d’une batterie LFP (lithium-fer-phosphate) actuelle, avec un temps de chargement complet de cinq minutes et une durée de vie énorme (100 000 cycles de charge). De plus, elle serait utilisable sans problème entre -30 et 100 degrés Celsius, ne contiendrait ni terres rares, ni métaux précieux ni électrolytes liquides et inflammables. Cerise sur le gâteau, elle serait moins chère à produire que les accumulateurs conventionnels au lithium. Trop beau pour être vrai ? Certains restent sceptiques. Mais une entreprise américaine, Factorial, qui travaille sur une batterie à électrodes solides au lithium, affirme pouvoir produire des cellules à la densité énergétique 80 pour cent plus élevée que les éléments conventionnels. Elle a fait la démonstration, en septembre dernier, d’un trajet de 1 200 km effectué par une berline Mercedes modifiée.

En plus d’impacter favorablement les émissions de gaz à effet de serre liées à la mobilité, ces avancées sont aussi susceptibles de favoriser de manière décisive l’éolien et le photovoltaïque en rendant plus abordable le stockage de leurs excédents de production. Elles montrent à quel point les dirigeants occidentaux se trompent en continuant de miser sur les énergies fossiles, de manière stupide, débridée et guerrière aux États-Unis, et avec courdise en diluant leurs ambitions climatiques sous la pression de l’extrême-droite, de la droite et d’une partie des industriels de ce côté de l’Atlantique.

Jean Lasar
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