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Arts plastiques 5 min de lecture

Un verre en moins et tout part en fumée

Trixi Weis livrera une performance pour les vingt ans du Mudam. Une création semée d’embûches

Article paru dans Édition juin 2026
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La dernière fois que nous avions rencontré Trixi Weis, c’était il y a deux ans, à l’occasion de son exposition invisibles à la galerie Nosbaum Reding. De la bière coulait à flot, de la musique punk s’échappait d’une bouche d’égout, pendant qu’une assemblée de marginaux sculptés dans l’argile occupait le sol de la galerie. Sous des couvertures de plastique colorées, les humbles figures ressemblaient à des fleurs ou à des étoiles terriblement terrestres. De cette façon, Trixi renouait avec ses précédentes installations horticultrices en donnant forme, une nouvelle fois, à un jardin, mais à un jardin des maudits ici. La condition des sans-abri s’accompagnait alors d’un adieu à une époque de fêtes, d’insouciance et d’ensauvagement libertaire rythmé par les Pixies (Dead), Grauzone (Eisbaer) ou Nina Hagen (Natureträne). Les années 1980 étaient scellées de l’inscription « Vermisst » apposée sur des dizaines de photos parcourant différents âges de la vie de l’artiste. La publication, peu après, d’une monographie complète de Trixi venait parachever ce mouvement de retour sur soi. Quoi dire, que faire après l’heure du bilan ?

Si l’année 2025 fut professionnellement difficile, selon les propres dires de la plasticienne, 2026 se présente sous de bien meilleurs auspices. Preuve en est, sa nouvelle série de photographies intitulée Il était une fois sera dévoilée au mois de septembre à la Cité de l’image de Clervaux. L’artiste vient aussi de participer à une exposition collective à Bruxelles, aux côtés de Serge Ecker, Catherine Lorent et Claudia Passeri (Transitus Immobilis). Et parce qu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Bettina Steinbrügge lui a proposé de réaliser une performance pour les vingt ans du Mudam, qui seront célébrés du 1er au 5 juillet. C’est la première commande que reçoit Trixi Weis de la part de l’institution, depuis la direction de Marie-Claude Beaud. Le 30 juin, devant un parterre de trois cents invités Trixi aura la responsabilité d’ouvrir les festivités. Elle sera suivie d’autres artistes (Marie Jung, Marie-Christiane Nishimwe ou Francesco Tristano) dont les performances, d’une durée de cinq à dix minutes, prendront place entre chaque discours. Défi considérable que de concevoir, en quelques semaines seulement, une telle performance, plus encore à l’occasion d’un événement de cette ampleur.

Pour cette commande prestigieuse, Trixi a initialement songé à poursuivre un précédent travail qu’elle avait mené pendant le confinement, à l’invitation de Nora Wagner, lors d’une résidence partagée au Château de Bourglinster avec Carole Louis et Aurélie d’Incaux. Lors de la remise des clés à sa successeuse, elle avait réalisé une courte vidéo dans laquelle sa tête disparaissait littéralement sous une grande collerette blanche, comme celle que portent les chiens en convalescence. L’artiste se présentait dans cet accoutrement devant la caméra, s’inclinait, saluait de ses yeux malicieux, avant de repartir en coulisses comme elle était venue, latéralement (Confinement-pandemic, 2020). Pour sa performance au Mudam, elle imaginait se munir, telle une Robin des bois des temps modernes, d’un carquois qui contiendrait, au lieu de flèches affûtées, de longues pailles flexibles lui permettant de boire dans les verres des convives. Avec humour et impertinence, Trixi Weis souhaitait ainsi s’en prendre à l’hygiénisme et aborder des thèmes qui lui sont chers comme l’exclusion des pauvres et la solitude de l’artiste. Cela, en recourant une fois de plus au verre, un matériau très présent dans son œuvre et qu’elle privilégie ces dernières années, comme dans economy class, en 2023, où elle distribuait au public des verres scindés en deux, filant ainsi la métaphore bien connue du « verre à moitié vide ou à moitié plein. » Mais le programme a changé depuis, puisque c’est seulement à l’issue des discours que débutera la garden-party, à l’extérieur. Le public sera donc assis, et sans verre au moment de la performance. Il lui a fallu concocter un plan B.

Une seconde version est ainsi mise en chantier. Le concept serait similaire, cependant moins intrusif. Quant au costume qu’elle portera à cette occasion, elle préfère garder la chose secrète. On sait seulement qu’il sera plus ou moins inspiré de celui dont était affublé le dadaïste Hugo Ball dans une célèbre photo prise à l’époque du Cabaret Voltaire, à Zurich. Trixi entretient également le mystère quant à la forme qu’elle donnera à son intervention. Elle rêve d’une déambulation parmi les couloirs du hall du Mudam, marquée de pauses au cours desquelles elle poserait des questions à des personnes de l’assemblée en leur offrant un verre de fumée. Des questions qui ne sont pas nouvelles, mais auxquelles l’artiste installée à Esch-sur-Alzette revient fréquemment, avec ironie, pour en faire ressortir le fond de vanité. Les verres utilisés par Trixi proviennent d’ailleurs de vide-greniers, ces derniers opérant comme des « natures mortes » nous invitant à méditer sur le passage du temps. Tout est poudre aux yeux, tout est destiné à partir en fumée, semble nous dire, non sans provocation, la fée Trixi. Après une visite technique au Mudam, la plasticienne vient d’apprendre qu’elle ne pourra pas non plus exécuter la seconde mouture de sa performance. La raison ? La fumée risquerait de déclencher l’alarme laser du musée ! Tout est à repenser depuis le début. Pour l’ingénieuse et malicieuse Trixi qui a plus d’un tour dans son sac, l’avenir de sa performance prendra une forme définitive ces tous prochains jours. À suivre.