Aux Pays-Bas, le Partij voor de Vrijheid est à la tête du nouveau gouvernement. En Belgique, c’est la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) qui a été chargée de former le gouvernement. Voilà pour le Benelux. Ailleurs, ce sont le Fidesz, Fratelli d’Italia, l’Občanská demokratická strana, l’Union démocratique du centre (UDC) et les Démocrates suédois (Sverigedemokraterna) qui sont au pouvoir. Lors des élections européennes, la fascisation rampante s’est poursuivie.
En France, le libéralisme autoritaire a perdu la majorité parlementaire il y a deux ans. Aujourd’hui, son exécuteur a dissous le Parlement. La famille Le Pen est censée redonner de l’autorité au néolibéralisme. La Bourse a fait état de la surprise des détenteurs de capitaux.
Les extrémistes de droite ne sont pas illibéraux : « En matière de politique économique, l’ADR se réclame d’une politique libérale stricte et du libre-échange » (Programme électoral 2023, p. 293). Ils imposent une politique libérale par des moyens autoritaires et nationalistes. Ils rejettent la responsabilité sur la couleur de peau, la religion ou la nationalité de boucs émissaires. Au Luxembourg, le mot-clé est : « débat sur la croissance ». Aux États-Unis, un millionnaire fasciste pourrait bientôt revenir au pouvoir.
Le fascisme a combattu le mouvement ouvrier avec les SA et les Camicie nere. Il s’est attaqué aux institutions de l’État. Ses descendants n’ont pas d’adversaires capables de leur tenir tête. Ils se servent des institutions. Ils pourraient peut-être arriver au pouvoir dans le cadre d’une coalition avec le CSV ou le DP.
Les partis conservateurs, libéraux, sociaux-démocrates et verts ont d’abord déclaré la guerre au terrorisme, puis au Covid. À coups de dizaines de lois, ils se sont préparés aux crises à venir. Au détriment des libertés civiles. Ils ont posé les bases d’un régime post-démocratique.
Le DP, le LSAP, les Verts et le CSV ont renforcé les moyens des services secrets avec la loi du 5 juillet 2016. La loi du 30 mai 2005 et sept autres lois qui ont suivi autorisent la surveillance et l’analyse des données des téléphones portables et des ordinateurs. Au nom de la sécurité de l’État. La loi du 17 mai 2017 autorise la collecte des empreintes digitales, des profils ADN et des données des voyageurs.
À la suite des attentats aux États-Unis et en France, le CSV, le DP, le LSAP et les Verts ont adopté des lois antiterroristes les 12 août 2003, 27 octobre 2010, le 26 décembre 2012, le 18 décembre 2015 et le 3 mars 2020. À chaque fois, la définition de l’infraction a été élargie. Un gouvernement d’extrême droite pourra poursuivre ses opposants politiques en les qualifiant d’apologistes, de complices ou de terroristes. Quiconque évoque aujourd’hui les 35 000 civils tués à Gaza est intimidé et qualifié d’apologiste du terrorisme.
En vertu de la loi du 8 juin 2004, les manifestations extraparlementaires et les mobilisations syndicales peuvent être poursuivies pour « rébellion et sédition ». La loi du 7 août 2023 renforce ces dispositions. Un gouvernement d’extrême droite ne demandera pas davantage pour instaurer un État policier.
La loi sanctionne les auteurs de « chansons, pamphlets, figures, écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou par tout autre support » qui « [ont] publiquement outragé les mœurs ». Un gouvernement d’extrême droite n’aura pas besoin de plus pour mettre en place la censure.
Ces lois n’offrent aucune protection contre un État autoritaire. Elles lui servent d’instruments. L’extrême droite n’aurait pas besoin de pervertir la justice. Tout au plus de quelques juges de droite. Il y en a toujours.
« Est souverain celui qui décide de l’état d’exception. » C’est ce qu’affirmait le juriste nazi Carl Schmitt (Théologie politique, p. 9). Pour s’emparer définitivement du pouvoir, les fascistes ont toujours décrété l’état d’exception. L’article 48 de la nouvelle Constitution autorise le gouvernement à proclamer l’état d’urgence s’il constate « des atteintes graves à la sécurité publique ». « Ces mesures peuvent déroger aux lois existantes. » L’extrême droite qualifie déjà les mendiantes de menace pour la sécurité publique.