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Toutes les photos (…) en lien avec l’histoire

Article paru dans Édition août 2021
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On voit rarement Yvon Lambert devant l’objectif. La plupart du temps, « l’aristocrate des photographes luxembourgeois » (d’Land, 29 juillet 2005) se tient derrière son appareil, le doigt sur le déclencheur, prêt à prendre la prochaine photo. Vêtu de Chucks noires, d’un jean bleu et d’une chemise blanche, ce natif de Péitenger nous ouvre la porte à Esch. Il souhaite nous parler de son nouveau projet de livre, Oostende, et de sa passion pour la photographie.

Lambert exerce le métier de photographe professionnel depuis 1987. De Tokyo à New York en passant par La Havane, il a photographié plusieurs métropoles. « Mais alors, pourquoi Ostende ? », pourrait-on se demander. Pour la plupart des Luxembourgeois, Ostende est « l’endroit le plus à l’est où aller voir la mer ». C’est là aussi que Lambert a respiré l’air marin pour la première fois. Enfant, accompagné de ses parents, il prenait le train pour Ostende, sa fenêtre ouverte sur la mer et sur Londres. Car à l’époque, dès la gare, on pouvait monter à bord des grands navires blancs (les « Mallen ») et mettre le cap sur l’Angleterre. Plus tard, ce souvenir d’enfance se transforme en station balnéaire. Le Luxembourgeois est sans cesse attiré de nouveau à Ostende. Surtout lorsqu’il ressent le besoin de « changer d’air deux ou trois jours et d’aller au bord de la mer ».

C’est lors de ces voyages sur les plages de sable de Belgique qu’est né le projet de livre « Oostende ». Équipé d’une caméra et d’un appareil photo, Lambert aurait eu l’idée, après une demi-douzaine de prises de vue, de réaliser un reportage photographique sur cette ville côtière belge. À chacune de ses brèves visites, il rassemble de nouvelles images. « Un vrai plaisir », estime Lambert, car rien qu’à Ostende, il existe encore « des endroits où l’on peut encore percevoir un peu du passé ». L’architecture d’Ostende et la tradition des écrivains et peintres (comme Léon Spilliaert) qui y ont séjourné sont une source d’inspiration pour le photographe.

Le livre *Oostende. Conversations du bord de mer* est donc un dialogue entre la littérature et la photographie, entre le texte et l’image et – sous la forme de cartes postales – entre le photographe Yvon et son frère Romain Lambert.

D’un geste théâtral, Lambert empile la pile de ses douze ouvrages sur l’un des deux bureaux de son cabinet de travail. Trois d’entre eux allient photographie et littérature. C’est l’un des fils conducteurs de l’œuvre de Lambert. Dès 2005, il collabore avec Karla Suárez, originaire de Cuba, pour l’ouvrage *Lézardes*, puis, deux ans plus tard, avec Nico Helminger pour *Brennweiten der Begegnung*. En 2021, son nouvel ouvrage *Oostende* suit également ce schéma. Pour Lambert lui-même, il existe dans sa photographie « un lien évident avec la littérature (…), avec les mots ». Mais il a lui-même du mal à s’exprimer avec des mots. C’est « l’une des raisons pour lesquelles je fais de la photographie ». On le sent, car il laisse ses photos parler. Elles sont le moyen d’expression qu’il a choisi. De manière presque programmatique, Lambert affirme que, selon lui, « toute photo doit raconter au moins une histoire ».

À l’ère du numérique, Lambert est un défenseur de l’analogique. Dans une vitrine, le photographe nous montre son matériel : des appareils photo Leica, Hasselblad et Mamiya. Lambert ne laisse planer aucun doute : « Pour moi, c’est la pellicule, la pellicule et encore la pellicule. » Il pratique son art photographique à la manière d’un artisan. Car la photographie numérique lui semble « bien trop lisse ». L’authenticité naît plutôt de la fragilité du support. Lambert compare donc la photographie argentique aux disques vinyles, révélant ainsi la vulnérabilité du photographe : « Une rayure sur un disque ou sur un négatif, ça en dit long sur l’insécurité du photographe. » Sinon, le risque est de tomber dans l’« artificiel ».

La vulnérabilité du photographe se reflète aujourd’hui également dans la situation de la photographie professionnelle. Lambert constate que la quantité d’images a « énormément augmenté », tandis que la qualité, en revanche, a « énormément baissé ». Cela serait également lié à la situation précaire du photojournalisme. On a souvent recours aux archives. Rares sont les journaux qui peuvent encore envoyer des photographes sur le terrain, et encore moins les embaucher à titre permanent. Cela fait désormais quarante ans que la photographie anime Lambert. Christian Caujolle, directeur de la photographie du journal français Libération, remarque ce jeune talent luxembourgeois alors qu’il est encore en première année d’études au « Le 75 » à Bruxelles. Le contact est maintenu. Lambert commence à travailler de temps à autre pour « Libération », jusqu’à ce que Caujolle quitte le journal et cofonde en 1986 à Paris la célèbre Agence Vu’. La voie vers l’Agence Vu’ est ainsi ouverte pour Lambert. Il reconnaît toutefois avoir commis une erreur : il aurait dû s’installer à Paris. Pour des raisons financières, Lambert doit renoncer à la possibilité de travailler à Paris, à proximité immédiate de l’agence. Si la motivation pour devenir photographe repose uniquement sur des considérations financières, Lambert conseille de « laisser tomber ». À moins, bien sûr, de pouvoir compter sur un salaire mensuel garanti ou sur un « bon contrat avec un journal ». « Si je n’étais pas passionné par la photographie depuis déjà quarante ans, j’aurais arrêté depuis longtemps », conclut-il.

Le 29 septembre prochain, le vernissage d’une nouvelle exposition intitulée « Derniers Feux » aura lieu aux Archives nationales du Luxembourg. L’exposition sera complétée par un ouvrage qui paraîtra le 10 septembre. Enfin, le photographe nous révèle qu’un autre projet d’envergure est en préparation. Un travail sur « quinze histoires frontalières en Europe », qui s’inscrit dans la lignée d’écrivains et de philosophes tels que Franz Kafka et Walter Benjamin, et s’étend de Berlin à Kaliningrad. En discutant avec Lambert, une chose apparaît rapidement : il est toujours aussi passionné par la photographie.

Yvon Lambert : Oostende. Conversations du bord de mer. ARP2 Éditions (juin 2021).
400 exemplaires, 96 pages, 37 euros