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Du bruit à Venise

La 19e Biennale d'architecture de Venise a cette année pour thème la durabilité et les intelligences, ce qui explique sans doute pourquoi presque tous les invités sont arrivés à bord d'avions intelligents. Construire le…

Article paru dans Édition mai 2025
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La 19e Biennale d’architecture de Venise a cette année pour thème la durabilité et les intelligences, ce qui explique sans doute pourquoi presque tous les invités sont arrivés à bord d’avions intelligents. Construire le monde de manière intelligente tout en étant à l’écoute de l’intelligence de la Terre, voilà ce que font les « Intelli-Gens », ces personnes intelligentes – c’est ainsi que s’explique le thème directeur de la Biennale Intelligens. Natural.Artificial.Collective , proclamé par le commissaire Carlo Ratti.

Jeudi soir, après l’inauguration du pavillon luxembourgeois, on a pu entendre dans les ruelles de Venise le son des cloches et des cris de joie. Un nouveau pape venait d’être élu ! Dans ces ruelles sinueuses, on passait merveilleusement le temps en sirotant un spritz. Au milieu des hordes de touristes – que même une taxe de séjour ne dissuade pas d’envahir la ville lacustre pendant la journée –, on pouvait y croiser un Jo Kox très détendu, en train de déguster une glace. Bien sûr, son passage au ministère de la Culture est désormais terminé ! Et en tant que président de Kultur:LX, on voit beaucoup de belles choses dans de nombreux endroits magnifiques… et on a même le droit de siroter des cocktails sur la terrasse sur le toit du Paradiso, avec vue sur la lagune.

Le projet de Diller Scofidio + Renfro a fait beaucoup parler de lui : ils avaient l’intention de préparer le meilleur espresso d’Italie à partir de l’eau des canaux, afin de prouver que même l’eau polluée peut être transformée en quelque chose de bon.

Le changement climatique devient frappant dès que l’on pénètre dans les ateliers de l’Arsenal. Les ventilateurs des climatiseurs y génèrent un air épais et chaud, au point qu’il est difficile de respirer. Dans le tunnel consacré aux technologies d’IA, on découvre toutefois à mi-chemin – à peu près là où il faut tourner pour se rendre au pavillon luxembourgeois – tout le contraire.

Le Royaume de Bahreïn présente une installation qui, dans l’espace urbain et sur les chantiers, crée un espace ombragé et rafraîchi, quelque peu dystopique, à l’aide de forages géothermiques et de caillebotis suspendus. Même les pompiers s’affalent sur les sacs empilés, profitant d’une petite pause pour se reposer. Cette innovation a même valu au Bahreïn le Lion d’or. Pas de doute, les canapés rafraîchissants sont le design de l’avenir !

Le pavillon luxembourgeois « Sonic Investigations », inauguré par le ministre de la Culture Eric Thill (à Venise, vêtu d’un costume bordeaux), séduit par son espace sombre offrant une expérience sonore immersive. Une alternative à l’univers visuel. Les commissaires de l’exposition, Valentin Bansac, Mike Fritsch et Alice Loumeau, en collaboration avec Ludwig Berger et Peter Szendy, ont ici rassemblé une palette sonore et parviennent à faire découvrir le Luxembourg à travers ses bruits. On y entend le clapotis de l’Alzette, le caquètement des oies ou encore le bruit des avions, dont chaque « bobos » de Luxembourg-ville pourrait vous parler longuement. Dans le pavillon, les visiteurs pénètrent dans une grande salle obscurcie où ils peuvent s’allonger, fermer les yeux et s’immerger dans les sons du Grand-Duché.

En parcourant les Arsenaux, on se sent toutefois rapidement lassé… D’un côté, on observe un retour aux ressources naturelles, avec des arches réinterprétées construites en roseaux, comme dans les pavillons voisins du Luxembourg et du Pérou. De l’autre, on découvre une multitude de scénarios d’avenir : tous misent d’une manière ou d’une autre sur l’intelligence artificielle et la robotique. Il est d’autant plus étonnant que, malgré toute cette complexité au sein de cette Biennale innovante et high-tech, rien ne nous coupe le souffle – et que, malgré toutes ces démarches en faveur du développement durable, rien ne laisse une impression durable.

On cherche en vain des logements sociaux et… on finit tout de même par en trouver au pavillon autrichien. L’Autriche – je le savais, tu y arrives – en plus de produire des dictateurs, des escalopes panées et des cafés !

Une fois de plus, la Suisse nous surprend. Quatre architectes collaborent avec une artiste pour explorer l’héritage de Lisbeth Sachs (1914-2002), l’une des premières femmes architectes de Suisse, dans le magnifique pavillon Giardini de Bruno Giacometti. Helvetia montre ainsi avec brio comment, en se référant à ce qui existe déjà, il est possible d’apporter un regard neuf. Est-ce le seul pays à le faire ? Non, heureusement pas ! Le pavillon luxembourgeois en donne lui aussi une démonstration « différente » avec son installation sonore Sonic Visions.

Lors d’une performance sonore de Ludwig Berger, suivie d’une lecture tirée du livre ECOTONES – Investigating Sounds and Territories, il était possible, samedi soir, loin de l’agitation de la Biennale, de s’allonger dans l’herbe et de prêter l’oreille aux sons. Oui, le Luxembourg offre – et a offert – cette année une véritable frénésie sonore. Une expérience immersive à savourer avec un Rosé Spritz. Ça aurait été tout à fait dans l’esprit de l’artiste sonore Steve Kaspar ! Salut, Steve, tu m’entends ? Cette année, le Luxembourg mise pleinement sur le son à Venise. Ce n’est pas une blague !