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De l’électricité pour Zoé

L'employé d'une agence de location de voitures à l'aéroport d'Ajaccio, en Corse, est un vrai vendeur : « Que diriez-vous d'une Renault Zoé à la place de la Renault Clio que vous avez réservée ? Moderne. Électrique. Zéro…

Article paru dans Édition octobre 2021
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L’employé d’une agence de location de voitures à l’aéroport d’Ajaccio, en Corse, est un vrai vendeur : « Que diriez-vous d’une Renault Zoé à la place de la Renault Clio que vous avez réservée ? Moderne. Électrique. Zéro CO2. Une recharge complète suffit pour 300 kilomètres. » Il y a des bornes de recharge partout sur l’île. Il me montre une feuille A4 avec tous les détails. La recharge est particulièrement avantageuse à l’agence de location de l’aéroport : vingt-huit euros TTC ! Je me laisse convaincre. Je n’ai encore jamais passé deux semaines à rouler en voiture électrique.

Conduire la Zoé, c’est un vrai plaisir. Elle est pratiquement silencieuse. Et elle est sacrément rapide : aux feux tricolores, la Zoé démarre toujours plus vite que les scooters locaux. Plus rapide que les voitures à essence, c’est certain. Mais ensuite, il faut la recharger. J’ai installé une application sur mon smartphone qui recommande davantage de bornes de recharge que le GPS intégré de la Zoé. Malheureusement, beaucoup sont réservées aux Tesla et nécessitent une prise spécifique à cette marque. La Zoé en a une autre. Mais à Ajaccio, la plus grande ville de l’île, il semble y avoir suffisamment d’alternatives. Mais hélas ! Dans le parking souterrain d’un supermarché, deux places de recharge sont signalées, mais les bornes manquent encore. Je me rends donc dans une station-service qui, selon l’application, propose la recharge. Je viens à peine de brancher le câble de la Zoé à une borne de recharge qu’un employé de la station-service me crie : « Hors service ! Depuis longtemps déjà. Les voitures électriques, c’est de la foutaise de toute façon. » Il m’indique ensuite un concessionnaire Renault à proximité. Là-bas, ça marchera sûrement.

Le concessionnaire refuse toutefois de laisser Renault utiliser ses bornes de recharge, car il ne vend pas ces modèles. Heureusement, je me trouve désormais non loin de l’aéroport d’Ajaccio, où la recharge est non seulement possible, mais aussi particulièrement bon marché. Et en effet : dans la grande cour du garage rattaché à mon agence de location de voitures, il y a douze bornes de recharge doubles. La plupart sont occupées par des « sœurs » de ma Zoé. Il faudra 50 minutes pour recharger complètement leur batterie, qui n’est plus qu’à 15 %. En attendant, j’observe le trafic aérien et je bois beaucoup trop de café dans l’aérogare.

À ma grande surprise, la recharge de la Zoé ne coûte pas 28 euros TTC, mais zéro. Un employé du garage marmonne en guise d’explication que la recharge n’est « pas évidente » sur l’île. J’aurais bien aimé échanger la Zoé contre une Clio auprès du vendeur que j’avais vu quelques jours plus tôt, mais l’agence de location est en pause déjeuner. Je me rends compte à présent que j’ai un problème.

Ces prochains jours, je découvre comment économiser de l’électricité avec Zoé. Si je ne roule pas à plus de 50, la consommation d’électricité est quasi nulle, d’après l’affichage sur le tableau de bord. Et puis il y a la récupération d’énergie, qui recharge la batterie dans les descentes ! Je prends l’habitude d’enchaîner au mieux les montées et les descentes, ce qui n’est pas sans intérêt sur cette île montagneuse. Même sur les voies rapides, je ne dépasse désormais presque jamais les 70.

Je commence mon excursion d’une journée dans la pittoresque ville de Bonifacio, au sud de la Corse, suffisamment tôt pour trouver une borne de recharge libre sur un parking. La recharge va prendre cinq heures et demie ici. C’est parfait, je compte bien rester encore un peu. Mais cette belle journée risque de mal finir : la borne de recharge refuse de rendre le câble de Zoé. Je consulte les indications affichées sur la borne et le mode d’emploi de Zoé qui se trouve dans la boîte à gants. Il me semble que je n’ai rien fait de mal. Je peux détacher le câble de la voiture, mais pas de la borne. Ma perplexité attire l’attention d’une employée du parking. « Ça va être vite réglé ! » À l’aide d’une clé, elle ouvre le panneau arrière de la borne et se met à manipuler l’intérieur. L’écran de la borne indique qu’une réinitialisation est en cours. Mon câble ne se détache toujours pas.

La collaboratrice passe des coups de fil. D’abord à son chef, puis à la société qui gère les bornes de recharge. La société recommande une nouvelle réinitialisation, mais cela ne change rien. Puis le chef arrive. « On aurait dû y penser tout de suite ! » Mais la seule solution qu’il a à proposer, c’est la force brute. Il secoue et tire sur les fiches et les câbles. « Oh putain ! », s’écrie-t-il en calant un pied contre la borne et en tirant sur le câble. La borne vacille dans son ancrage. Je le préviens : « Et si le patron l’arrachait de terre et que 22 kilowatts lui traversaient la jambe ? » Le patron hausse les épaules et s’en va. Son employée passe l’appel salvateur : « Je peux aller chercher un autre câble à l’agence de ma société de location de voitures à l’aéroport voisin de Figari et laisser le mien sur la borne. »

Le contrat de câble est conclu. Je vais à nouveau effectuer mes prochains trajets avec Zoé en économisant l’énergie et en récupérant l’énergie autant que possible. Et j’envie les conducteurs de véhicules diesel et essence qui peuvent choisir librement leur station-service. Lorsque Zoé devra être rechargée à nouveau, je me rendrai directement à l’aéroport d’Ajaccio, où l’électricité est garantie. Je sais déjà quel goût a le café à l’Aérogare. L’électricité à l’aéroport est toujours gratuite.

Dans la ville de Corte, à la montagne, je trouve des bornes de recharge près de la citadelle locale. Je les examine de plus près : elles sont destinées aux nouvelles voitures électriques de VW. Elles nécessitent une prise différente de celle de la Zoé, mais aussi de celle de Tesla, par exemple. Je commence alors à m’inquiéter non seulement pour l’électrification automobile de la Corse, mais aussi pour celle de l’ensemble de l’UE.