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Stacey, bienvenue

À la fin de la semaine dernière, l’ambassadrice américaine Stacey Feinberg se tenait à côté du livre d’or du Parlement. Pour la photo, elle a serré la main du président de la Chambre du CSV, Claude Wiseler ; leurs corps…

Article paru dans Édition janvier 2026
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À la fin de la semaine dernière, l’ambassadrice américaine Stacey Feinberg se tenait à côté du livre d’or du Parlement. Pour la photo, elle a serré la main du président de la Chambre du CSV, Claude Wiseler ; leurs corps étaient séparés d’un bon cinq centimètres. « (…) Je me réjouis de donner de nouvelles impulsions l’année prochaine », a écrit l’ambassadrice sur ses réseaux sociaux. La Chambre a brièvement évoqué cette visite américaine sur Facebook. Malgré le ton formel du message, un internaute s’est montré consterné : « Tu publies ce post un jour où Trump menace d’envahir le Groenland et où l’ICE fait une descente chez une femme, comment peux-tu être aussi naïve ? » Stacey Feinberg était également présente la semaine dernière à la réception du Nouvel An organisée par la Chambre des députés. L’ambiance y était plus détendue ; elle semble notamment s’être fait un nouvel ami en la personne du député du CSV Laurent Mosar : RTL les a photographiés tous deux souriant joyeusement ; Mosar serre Feinberg contre lui et la tient par le haut du bras. L’ambassade des États-Unis a publié cette photo sur LinkedIn en précisant que la Chambre avait « accompli beaucoup de choses » en 2025. De son côté, Mosar n’a pas repris la photo sur ses réseaux sociaux ; sur Instagram, on apprend en revanche qu’il a accueilli à Noël un « nouveau membre de la famille », le chien Masay, « qui est arrivé directement de Chine chez nous ». En mai dernier, ce politicien du CSV, proche de la Chine, s’était rendu dans l’Empire du Milieu et avait commenté sur LinkedIn : « Je reste convaincu que la Chine a les meilleures cartes en main dans ce bras de fer douanier. » La main de Trump serait « bien plus faible » qu’il ne veut le faire croire.

La Chine : voilà, pour Stacey Feinberg, la grande menace. Avant d’emménager boulevard Emmanuel Servais en juin 2025, elle avait déclaré lors d’une audition au Sénat américain qu’elle considérait comme sa mission d’informer le Grand-Duché des activités d’espionnage de la Chine. Selon elle, le système éducatif serait déjà infiltré par l’Institut Confucius de l’Université du Luxembourg. « Le Luxembourg n’a pas besoin de leçons de la part de la Chine ou des États-Unis. Nous ne sommes le vassal ni des uns ni des autres », a répondu le ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel (DP) dans L’Essentiel. Début décembre, Bettel et Feinberg se sont rencontrés pour la première fois au Luxembourg. Elle a publié une photo d’eux deux avec le Kirchberg en arrière-plan : « Quelle belle journée pour faire la connaissance du très apprécié ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Xavier Bettel. Tant de choses à accomplir ensemble, et nous prendrons plaisir à le faire. » Le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Xavier Bettel, n’a pas mentionné cette rencontre sur ses comptes ; à la place, ce sont les ministres des Affaires étrangères arménien et indien, ainsi qu’Aspro, qui y font leur apparition. Son instinct politique lui dit que son teckel lui vaut actuellement plus de sympathie auprès des électeurs que la politique étrangère américaine. Le ministre de l’Économie du DP, Lex Delles, s’est montré plus courtois envers Feinberg début décembre sur Instagram : « Thank you for the productive meeting ! »

La porte-parole locale de Trump n’a pas de passé diplomatique. Cette femme d’affaires doit notamment son poste à des dons d’un peu plus d’un demi-million de dollars versés au Parti républicain. Mme Feinberg a fait fortune grâce à son père, Bob Woolf, un agent sportif prospère, ainsi qu’à des investissements dans le secteur des fonds spéculatifs. Selon le Tageblatt, elle était proche du Parti démocrate jusqu’en 2017 environ. C’est alors qu’elle a rencontré Donald Trump dans sa propriété de Mar-a-Lago ; « un homme très spécial », a-t-elle déclaré. Deux ans plus tard, elle a fait la connaissance de Charlie Kirk par l’intermédiaire d’une journaliste de Fox News et a rejoint le conseil consultatif de l’ONG « Turning Point USA », fondée par Kirk, comme l’a révélé le journaliste Luc Laboulle. De plus, elle n’est pas étrangère au monde du spectacle : il y a dix ans, elle est apparue dans un épisode de Star Trek et a produit une comédie musicale à Broadway. Mi-décembre, le journal « Das Wort » l’a accompagnée dans les coulisses du monde du théâtre luxembourgeois et a salué l’Américaine pour son « affinité avec les beaux-arts ».

Mme Feinberg, âgée de 62 ans, prend plaisir à s’entretenir avec des responsables politiques, des chefs d’entreprise et des journalistes luxembourgeois, tout en se mettant en avant. Sur RTL Télé, elle n’a pas manqué de faire de la lèche : « Le Luxembourg est un petit bijou. » À l’instar des États-Unis, le Grand-Duché serait « favorable aux entreprises ». On sait depuis des mois que Trump et son équipe souhaitent imposer un changement de régime vers des positions d’extrême droite au sein de l’UE et qu’ils entendent progressivement démanteler l’alliance militaire. Mme Feinberg a néanmoins assuré en décembre que les États-Unis étaient « plus proches de l’Europe qu’ils ne l’ont jamais été depuis la Seconde Guerre mondiale ». Ces paroles ont peut-être rassuré Gilles Roth, ministre des Finances du CSV, qui œuvre en faveur de la coopération transatlantique. Après s’être entretenu avec Feinberg il y a cinq semaines, il a déclaré sur les réseaux sociaux : « Nos nations sont liées par une amitié profondément enracinée, fondée sur la confiance et des valeurs communes. » Mais dès février 2025, le Premier ministre du CSV, Luc Frieden, avait déjà fait savoir que le « nouveau style » des Américains l’inquiétait. Pour finalement devoir écrire mi-novembre sur ses réseaux sociaux qu’il était « ravi » d’« accueillir » la représentante de Trump, Mme Feinberg.