Ouf, encore ! Les femmes ont leurs règles, de longues journées remplies de joug féminin, de corvée féminine et d’opprobre féminin, un immense flot de lamentations et d’accusations d’un bout à l’autre du pays. Et encore une fois, on* en a jusqu’au cou, aïe ! C’est un plafond de verre, comme le cercueil de Blanche-Neige. Mais ensuite, on publie à nouveau des messages encourageants, on trinque et on se réjouit comme jamais. Parce que la femme, c’est quand même quelque chose de génial, à savoir une femme*. Qui peut même faire des êtres humains, avec juste quelques petits ingrédients fournis par Monsieur Homme. Mais seulement si elle le veut, bien sûr. Et comme elle le veut. Même de manière non naturelle.
La Journée de la femme, c’est comme Noël, ouf ! Ça y est, c’est fini, Dieu merci***. D’autant plus que ça devient de plus en plus difficile. Parce que, au fond, qui sont ces femmes*** qui ont leurs règles ? Juste celles qui souffrent du « gouffre menstruel » ? Celles qui ont des ovaires, ou est-ce que celles qui ont des couilles comptent aussi ? Et qui a droit à la place réservée par le quota, à la chambre des femmes et aux toilettes, qui a droit à des toilettes spéciales ?
Les femmes bio se vantent de leurs seins bio et se présentent avec un placenta fait maison ; les utérus partent au combat avec leurs utérus, seul le sang compte. Pourtant, elles ne veulent pas être appelées en tant que « personnes menstruées » dans la salle d’attente du docteur Person. Ni en tant que personnes ayant un utérus. Ce qui est d’ailleurs difficile à prouver : qu’en est-il de celles qui ont perdu leur utérus, par exemple parce qu’il était instable ? Mais elles ne veulent surtout pas être considérées comme une construction sociale. Ce qui provoque l’indignation totale de celles qui n’ont pas de certificat bio, et les pousse parfois même à se rebeller.
Alors, les unes brandissent à nouveau leurs foulards comme des drapeaux féministes, tandis que les autres secouent vigoureusement la tête, souvent des vétérantes vénérables pour qui Alice, venue du pays des merveilles économiques et désormais décriée comme une vieille femme réactionnaire, est apparue comme une sauveuse. Comme une sauveuse venue nous sortir de la puanteur des chaussettes de fromage du patriarcat.
La diversité des courants féministes peut parfois dérouter les profanes. Les femmes qui sont simplement des femmes, juste parce qu’elles le sont, ont depuis longtemps pris le large. Elles ont mieux à faire. Mais des études de genre permanentes et un vocabulaire féministe constamment mis à jour sont le minimum requis pour suivre le rythme de la discussion. Et là, Fr-au ! doit vraiment faire attention à ne pas se retrouver dans la ligne de mire. Partout, il y a des lignes rouges, des fossés profonds, des NOGOs, des tabous – et les Sisters ne sont pas du genre à faire dans la dentelle.
La vieille* traverse une crise d’identité, hum, qui est-elle donc maintenant, une cis-sis ringarde peut-être ? Peut-être même l’une de celles qui, gloups ! pratiquent le sexe avec pénétration, comme à l’époque la plus obscure de l’ère industrielle ? Celles qui croient encore qu’une chose aussi arriérée que la biologie existe ? Qu’il existe un genre qui correspond le plus souvent à l’un ou à l’autre, et de temps en temps à un autre non moins merveilleux. Qu’il y a des preuves de cela. S’étonner que ce que chaque enfant peut voir et explore avec curiosité soit soudain considéré comme indicible, voire qu’il doive être refoulé. Du moins quand cela concerne le féminin. Parce que cela fait obstacle à l’être humain utopique, tel qu’il pourrait être. L’être humain libre dans une société de consommation libre, qui peut enfin être ce qu’il serait.
Mais jusqu’où va la transidentité ? La vieille femme* va-t-elle trop loin ? Peut-elle encore suivre le mouvement ? Le veut-elle encore ? Ou est-ce qu’elle se trompe, parce qu’elle pourrait confondre son genre, peut-être est-elle « l’Autre* » ? Cela aurait-il été « l’Autre » ? En tout cas, elle se présente actuellement comme une vieille femme beige, ce qui n’est pas tout à fait aussi grave qu’un vieil homme beige, mais quand même. Une femme issue de l’Occident blanc. Une féministe à l’ancienne, de la deuxième vague, typique des années soixante.
Mais qu’est-elle exactement, maintenant que Mme est déjà « out » ? Est-elle désormais, guggelguggel, une Flint* ? Oui, ouf, les Flinta* sont généreuses et très inclusives, elles acceptent pour ainsi dire toutes celles qui ne sont pas des « bombes de testostérone » avouées ; même les simples femmes trouvent refuge ici. Et puis, ça devient plus subtil : une guggelguggel TERF, voire une Swerf ? Ou, horreur, une Fart ? Est-elle désormais binaire ou simplement mononaire à dormir d’un œil fermé ? Ou son genre est-il même fluide ? Est-elle en train de devenir folle du genre, ne voit-elle plus que des étoiles ? C’est plutôt sympa, en fait. Je me demande si les vieux hommes* beiges et les jeunes hommes colorés se creusent aussi sans cesse la tête pour savoir qui ils sont et contre qui ?