C’est de là que venaient les Huns, les Mongols ; cette région n’a toujours pas été explorée. Malgré tous les efforts déployés. Les équipes de recherche qui s’y aventurent. Les journalistes qui envahissent le pays en masse, à la recherche du satori définitif. Pourquoi, dis-moi pourquoi ? L’Orient, qui es-tu ? Révèle-toi enfin ! Voici l’Occident, avec sa logique et ses valeurs, c’est-à-dire celles qui comptent vraiment, mais que fais-tu, pourquoi ne te joins-tu pas à nous ?
Les caméras braquées dessus. Sur la plaie. Mais celle-ci est pourtant cicatrisée depuis longtemps. Les cicatrices. Les points de suture. Les amputations, les douleurs fantômes, les corps rafistolés. Pas encore cicatrisées ? La caméra braquée dessus. N’est-ce pas ? Ou bien si ? Les paysages fleuris d’où émergent, un peu brusquement, des immeubles préfabriqués, des monuments. Issus d’une époque qu’il est grand temps d’oublier, une sorte d’erreur de l’histoire. Penser à autre chose.
Qu’en pensez-vous ? Qu’en pensez-vous, vous qui venez de l’Est ? Que ressentez-vous ? Vous sentez-vous mis à l’écart ? Abandonné ? La dictature n’était pas non plus la panacée. Était-ce vraiment une dictature ? Dites ce que vous pensez, vous qui venez de l’Est ! Mais à quoi pensez-vous donc ? N’est-il pas grand temps de voir plus loin ? De changer de perspective ? Pensez à quelque chose de beau ! Ça ne peut tout de même pas être Höcke !
Tout n’était pas si mal, après tout. Peut-on dire cela ? Certains ont fait la sourde oreille. Il faut souligner que Sahra Wagenknecht n’a pas renié ses convictions à l’époque. Lorsque le pays de son enfance a disparu comme un spectre. Elle n’était pas tout de suite prête pour ce nouveau spectre. À cracher dans ses mains.
Combien de temps ça va encore durer, ce genre de chose ? Un tel processus de guérison ? La guérison d’une maladie qui a duré 40 ans. C’était bien une maladie, n’est-ce pas ? Nous sommes d’accord là-dessus : une maladie de longue durée, chronique, systémique ? Mais pourquoi l’Est a-t-il désormais un système immunitaire si affaibli et pourquoi le corps du peuple est-il atteint ? Et puis : est-ce contagieux ? Comment va vraiment l’Est ? Il existe désormais tant de formes d’« ostite » : la fierté de l’Est, la honte de l’Est, la défiance de l’Est, et quoi d’autre encore ? Toutes ces états d’esprit étranges… Nous avons un besoin urgent d’un diagnostic.
Chers experts de l’Est, vous qui vous creusez la tête dans les talk-shows, vous, authentiques « gens du Mur » munis d’un certificat d’authenticité, et vous, amoureux de l’Est, qui avez émigré par amour pour cette région inaccessible – ce qui est vraiment très audacieux –, peut-être pourrez-vous nous l’expliquer ? Qu’est-ce que vous cherchiez là-bas ? Là, là-bas. Et qu’est-ce qui s’est passé lorsque vous êtes tombés sur cet Ossi issu du cauchemar collectif ? Le nazi dans le jardin du voisin ? Est-il vraiment… comme ça ?
L’écrivaine Juli Zeh l’a décrit : c’est une sorte d’histoire d’amour, « aime ton prochain » ! Et de très nombreuses écrivaines écrivent aujourd’hui sur l’Est, mais certaines n’en ont apparemment pas la légitimité : elles écrivent sous un angle erroné ou n’ont pas les origines requises ; certaines sont même démasquées comme des imposteurs de l’Est.
Qu’est-ce qu’on a, gloups, fait de mal ? Les Allemands de l’Ouest, dans leur « Nostra culpa », veulent l’absolution. Ils se l’accordent eux-mêmes. Rien, rien du tout, on a juste fait ce que l’Ouest fait toujours, l’Ouest fait toujours ça, tout simplement. Il fait ce qu’il peut. Il sait exercer le pouvoir. Il n’y peut rien.
Tout est si joliment restauré maintenant. Des couleurs pastel. Le gris de l’Est a presque disparu. Les femmes aussi. Pas même pour aller acheter des cigarettes. Mais parce que c’est la fin de la ligne. Les hommes sont seuls. Que des « Kevin » seuls à la maison. Les hommes sont seuls chez eux avec leurs cigarettes. Ils ont perdu la tête, et malheureusement aussi les corps, les corps féminins. C’est là qu’ils ont ce genre d’idées. C’est là que les hommes ont ce genre d’idées stupides. Ils se promènent avec des drapeaux et leurs instincts primaires prennent le dessus.
L’Est restera-t-il au moins à l’Est ? Restera-t-il au moins entre lui et ses semblables ? Ou bien cela va-t-il nous tomber dessus, à nous aussi ? Ce qui se passe ici arrivera aussi à l’Ouest, dit Chrupalla d’un ton quelque peu menaçant. Chrupalla est cet homme au sourire constamment réprimé, mais parfois, ce sourire lui échappe et un sentiment de malaise s’empare de l’assemblée. p