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Feuilleton 4 min de lecture

Il y a des « inconnues connues »… mais celles-ci sont des « connues connues »

Cinéma

Article paru dans Édition juillet 2021
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Le décès de Donald Rumsfeld fin juin et la Palme d’Or décernée il y a quelques jours à l’actrice américaine Jodie Foster pour l’ensemble de sa carrière : deux actualités plus ou moins récentes qui peuvent être mises en parallèle avec le film *The Mauritanian*. D’une part, on peut y voir Jodie Foster dans l’une de ses rares apparitions à l’écran – depuis 2010, elle n’a en effet qu’une poignée de rôles à son actif. D’autre part, Donald Rumsfeld et le bilan désastreux de son mandat de ministre de la Défense sous George W. Bush constituent une présence fantomatique constante dans le nouveau thriller de Kevin McDonald.

Le Mauritanien qui donne son titre à l’ouvrage est Mohamedou Ould Slahi, qui s’est retrouvé prisonnier des Américains quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001. Il est détenu pendant de nombreuses années, sans aucune inculpation, dans le camp de détention tristement célèbre de la base navale de Guantanamo Bay. Parallèlement à son calvaire en captivité, le film raconte d’une part les efforts déployés par l’avocate et militante des droits de l’homme Nancy Hollander pour faire libérer son client Slahi faute de preuves, et d’autre part ceux du lieutenant-colonel Stuart pour mener Slahi à l’exécution.

En 2021, *The Mauritanian* semble quelque peu hors de propos. Son propos est légitime : le camp de détention de Guantanamo Bay a été condamné dans le monde entier, y compris par des dirigeants de tous bords politiques. L’ancien président Obama a dû admettre que ce camp avait fait naître davantage de terroristes islamistes. Il n’a pas pu tenir sa promesse électorale de fermer Guantanamo Bay pendant son mandat. Le camp situé à Cuba existe toujours et compte environ 50 détenus. Sans parler des « méthodes d’interrogatoire renforcées », synonymes de méthodes de torture atroces.

Tout cela est déjà connu. Le film de Kevin McDonald n’apporte rien de nouveau. Sachant que le réalisateur écossais est aussi à l’aise dans le documentaire que dans le long métrage, nos attentes sont peut-être erronées. Mais c’est surtout la structure narrative du film qui alimente ce sentiment. *The Mauritanian* est à la fois la chronique d’un esprit indomptable et un thriller d’enquête.

Le thriller, quant à lui, est divisé en deux parties et s’efforce d’éclairer l’intrigue tant du point de vue de David que de celui de Goliath. L’histoire de Mohamedou Ould Slahi est racontée à travers des flash-backs et des flash-backs au sein de flash-backs, grâce à un artifice cinématographique et didactique – qui s’inspire du récit écrit par Slahi sous forme de lettres adressées à son avocate pendant sa détention. Malgré toute la bonne volonté du spectateur, le résultat manque de cohésion et se révèle frustrant par son maniérisme. C’est avant tout à cause du scénario que le film ne parvient à aucun moment à dépasser la simple somme de ses éléments constitutifs.

Malgré tout, *The Mauritanian* reste dans la course grâce à la mise en scène soignée et conventionnelle de McDonald. Mais le mérite principal de cette réussite revient à Tahar Rahim, qui, par son interprétation de Mohamedou Ould Slahi, porte le film presque jusqu’au bout. Si le scénario s’était strictement tenu au livre de Slahi, *Guantánamo Diary*, et s’était ainsi concentré exclusivement sur ses années passées dans le quartier de haute sécurité, on aurait assisté, avec Rahim dans ce rôle, à un impressionnant drame psychologique intimiste. *The Mauritanian* aurait ainsi acquis une identité propre. Rahim met en lumière la volonté de vivre inébranlable de son personnage avec une clarté qui ressort nettement dans ce film par ailleurs si confus. Ce rôle arrive toutefois pour Tahar Rahim, après sa révélation dans *Un Prophète* d’Audiard, avec un retard similaire à celui de *The Mauritanian* dans le paysage cinématographique sociopolitique. Quant à l’accent américain forcé de Benedict Cumberbatch et à sa participation au projet, ils restent un mystère.

Bien sûr, on peut aller voir *The Mauritanian* – ne serait-ce que pour Tahar Rahim ou Jodie Foster. Pour ceux qui souhaitent voir des films plus approfondis sur les thèmes abordés, l’œuvre hybride *The Road to Guantanamo* (2006) de Michael Winterbottom et Mat Whitecross, qui traite de la vie des détenus dans le camp, ainsi que *The Report* de Scott Z. Burns (2019), qui traite de la dissimulation puis de la révélation des méthodes de torture de la CIA, sont tout à fait recommandés dans ce contexte.