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Économie nationale 12 min de lecture

Vers l’avenir en toute autonomie

Les énergies renouvelables devraient contribuer à permettre une poursuite de la croissance au cours des prochaines décennies

Article paru dans Édition août 2023
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Début 2022, l'installation de bornes de recharge haute puissance pour voitures électriques a commencé. Ici, sur le campus universitaire de Kirchberg © Photo : Sven Becker

Les énergies renouvelables font partie des domaines politiques pour lesquels Luc Frieden, tête de liste du CSV, reproche au gouvernement de ne pas en avoir fait assez et s’engage à en faire davantage. Le Luxembourg se trouve « parmi les derniers de l’UE, avec seulement 11 % », a-t-il déclaré le 19 juin lors de la présentation des priorités de campagne du CSV. « Nous devons atteindre au moins 30 % d’ici 2030. »

On lui a sans doute fait savoir par la suite que le gouvernement avait déjà publié en avril un avant-projet de mise à jour du Plan national énergie-climat (Pnec), dans lequel l’objectif pour 2030 est fixé entre 35 et 37 %. Car Luc Frieden ne cesse de faire des promesses de plus en plus ambitieuses. Dans la vidéo de campagne électorale diffusée sur le site web du CSV, il évoque un quadruplement « au cours des dix prochaines années ». Et dimanche dernier, interrogé par RTL sur ce à quoi devrait ressembler le Luxembourg en 2030, il a répondu : « Je voudrais un Luxembourg moderne, qui vive dans la paix, la liberté, la sécurité et la prospérité. Et cela signifie que nous avons besoin d’un pays où règne une bonne cohésion sociale, où les services publics fonctionnent bien, où les gens bénéficient d’une bonne qualité de vie, et où 70 % de l’énergie provient de sources renouvelables (…). »

70 % : un chiffre peut-être difficile à battre en campagne électorale. Il est d’autant plus surprenant que le CSV ne se prononce pas clairement dans son programme électoral, dont la version complète a enfin été rendue publique en début de semaine. À la page 55, on peut simplement lire : « Le CSV s’engage résolument en faveur du développement des énergies renouvelables. Nous voulons atteindre les objectifs convenus par l’UE le plus rapidement possible. » Il est regrettable que cela contredise les déclarations de son tête de liste. Cela devrait toutefois contribuer à maximiser la capacité du parti à former une coalition.

À cela s’ajoute toutefois le fait qu’il est plus facile de promettre un objectif ambitieux en matière d’énergies renouvelables que de l’atteindre réellement. Le problème réside dans le fait que leur part est calculée par rapport à la consommation totale d’énergie, et non pas uniquement par rapport à la consommation d’électricité, comme pourraient le laisser penser les panneaux solaires et les éoliennes. La consommation totale est élevée dans notre pays : en 2021, elle s’élevait à environ 48 000 gigawattheures. Près de 30 000 en provenaient des produits pétroliers. Parmi ceux-ci, les deux tiers ont été consommés dans le secteur des « transports » sous forme de diesel et d’essence. Les trois quarts de cette quantité (15 000 GWh) étaient quant à eux imputables au « tourisme à la pompe ».

Le tourisme à la pompe représente donc 30 % de la consommation totale d’énergie. Il ne s’agit pas seulement du poste le plus important du bilan carbone luxembourgeois ; c’est aussi l’éléphant dans la pièce lorsqu’il s’agit d’augmenter la part des énergies renouvelables dans les statistiques. Plus précisément, elle s’élevait à 11,7 % en 2021, comme l’indique le dernier rapport d’Eurostat sur l’énergie verte. Même si cela peut sembler être la « lanterne rouge », 11,7 % représentent une part non négligeable lorsque la consommation totale est élevée. En 2021, avec 5 616 gigawattheures, cette consommation était presque équivalente à celle des ménages (5 900 GWh). Les quelque 15 000 gigawattheures imputables au tourisme à la pompe étaient quant à eux supérieurs à la consommation énergétique de l’industrie (7 390 GWh) et du secteur tertiaire (6 673 GWh) réunis.

Pour changer fondamentalement la donne, il faut une stratégie énergétique. Le Plan national intégré en matière d’énergie et de climat en est un exemple. Sa première version est en vigueur depuis mai 2020. Le Conseil d’État a adopté le projet définitif de mise à jour le 21 juillet, à l’issue d’une consultation publique. Les émissions de CO₂ du Luxembourg doivent être réduites de 55 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005 ; c’est ce qui figure déjà dans le premier Pnec de 2020. La consommation totale d’énergie doit baisser de 44 % par rapport à une référence de 2007 ; le premier plan prévoyait encore une baisse de 40 à 44 %. L’objectif en matière d’énergies renouvelables a été relevé de 25 % à 35 à 37 %.

La consommation d’énergie constitue à cet égard un lien essentiel avec le CO₂ et les énergies renouvelables : la consommation totale, qui n’est actuellement couverte qu’à hauteur de 11,7 % par des sources renouvelables, est très gourmande en CO₂. Si cette consommation est réduite, les émissions diminuent elles aussi. La part des énergies renouvelables augmentera quant à elle, même si aucune nouvelle installation n’était mise en service. Si tout se déroule conformément au plan actualisé, la consommation énergétique totale du Luxembourg ne dépasserait pas 35 430 gigawattheures en 2030. Soit près de 13 000 de moins que les 48 000 gigawattheures enregistrés en 2021. Ou, si l’on préfère, avec une part du tourisme à la pompe réduite de 15 000 à seulement 2 500 gigawattheures.

Le Statec a consacré une analyse au tourisme à la pompe et à son évolution potentielle. Parmi les 201 mesures que la mise à jour du Pnec prévoit pour atteindre cet objectif et qui couvrent les domaines des transports, du bâtiment, de l’industrie, de l’agriculture ainsi que du traitement des eaux usées et des déchets, certaines n’étaient pas encore connues lorsque le premier plan a été élaboré. Dans le domaine des transports, par exemple, l’interdiction, décidée au niveau de l’UE, des nouvelles immatriculations de voitures particulières à moteur thermique à partir de 2035. La décision du gouvernement luxembourgeois de ne pas maintenir la taxe sur le CO₂ à son niveau actuel de 30 euros par tonne, mais d’anticiper politiquement la décision du prochain gouvernement et d’inscrire dans le Pnec qu’elle doit augmenter de cinq euros chaque année, en est un autre exemple.

Les modélisations du Statec prévoient que les ventes de carburant aux non-résidents pourraient passer de 1 350 millions de litres en 2020 à 1 000 millions en 2030. Cela peut sembler peu, mais l’année 2020, marquée par la pandémie de coronavirus et ses restrictions, n’est probablement pas le meilleur point de référence. En 2015, 2 300 millions de litres ont été vendus dans le cadre du tourisme à la pompe. Selon le Statec, il est difficile de prévoir exactement ce qui changera d’ici la fin de cette décennie. Cela dépendra fortement de la taxation du CO₂ que les pays voisins mettront en place. Le rythme auquel les voitures particulières à moteur thermique seront remplacées par des véhicules électriques, et les camions diesel par des camions fonctionnant à la batterie ou à l’hydrogène, jouera également un rôle. La question des intentions politiques du Luxembourg se posera également : si les prix finaux du litre de carburant dans notre pays étaient supérieurs de 15 à 20 centimes à ceux des pays voisins, le tourisme à la pompe prendrait certainement fin. Il en serait de même, bien sûr, pour les recettes fiscales provenant de cette activité et alimentant le Trésor public.

Bien que le tourisme à la pompe suscite tant d’incertitudes, la réduction de la consommation totale de près de 13 000 gigawattheures entre 2021 et 2030 devrait néanmoins être atteinte grâce à une seule réduction de 10 000 gigawattheures dans le secteur des transports. Les attentes en matière de décarbonisation du parc automobile luxembourgeois n’en sont que plus élevées. Les exigences en matière d’infrastructures le sont tout autant : les besoins d’investissement supplémentaires engendrés par cette mise à jour sont estimés à 8,44 milliards d’euros d’ici 2030 dans le projet de Pnec. Avec 5,02 milliards, la majeure partie de ces investissements concernerait le secteur des transports, par exemple pour le développement de l’infrastructure de recharge. Le nombre de points de recharge (qu’il s’agisse de bornes murales à domicile ou de bornes publiques) devra augmenter « proportionnellement » au nombre de voitures électriques nouvellement immatriculées.

Le Statec estime qu’en 2030, une voiture particulière sur deux nouvellement immatriculée sera électrique. Si cela se concrétise, cela ne se traduira pas seulement par une réduction des émissions de CO₂. En raison du rendement supérieur des moteurs électriques par rapport aux moteurs à combustion, l’électrification devrait également permettre au parc automobile de s’agrandir tout en dissociant cette évolution de la consommation d’énergie.

C’est l’un des principes fondamentaux du Pnec : il doit permettre la croissance. Le produit intérieur brut (PIB) et la population doivent pouvoir augmenter, mais sans que cela s’accompagne d’une hausse des émissions de CO₂ et de la consommation d’énergie. Pour la mise à jour du Pnec, on a supposé que le PIB aurait augmenté de 87 % entre 2005 et 2030, et la population résidente de 63 %. En 2050, année où la « neutralité climatique » devrait être atteinte, le PIB serait supérieur de 222 % à celui de 2005, et la population aurait augmenté de 117 %. Pour rester dans le domaine des transports : le nombre de voitures nouvellement immatriculées chaque année pourrait également augmenter parallèlement à la population : passant d’un peu moins de 40 000 en 2022 à 55 000 en 2030 et à 70 000 en 2050. Ce parc automobile, alors plus important, serait toutefois trois fois plus efficace, car électrique, et le même kilométrage serait parcouru avec trois fois moins d’énergie, selon le Statec.

Le concept de découplage se retrouve dans les cinq secteurs décrits par le Pnec. Il doit être rendu possible en premier lieu par un « changement de combustible » en faveur des sources renouvelables : électricité verte, hydrogène vert, biogaz, copeaux de bois ainsi que les biocarburants mélangés aux carburants traditionnels. L’objectif de 37 % fixé pour 2030 s’applique globalement aux trois domaines que sont l’électricité, le chauffage et les carburants de transport. En 2030, 37,3 % des besoins en électricité devraient être couverts par des énergies renouvelables, et 40,3 % des besoins en chaleur. Les carburants traditionnels contiendraient 18 % de biocarburants.

En y regardant de plus près, on constate que l’évolution des besoins en électricité du Luxembourg a été sous-estimée dans le premier plan énergie-climat. En 2020, celle-ci avait été estimée à 6 700 gigawattheures pour la fin de la décennie – à peine supérieure à la consommation des dernières années, qui oscillait autour de 6 500 gigawattheures. La mise à jour du Pnec table sur une demande de 8 100 gigawattheures en 2030, en raison des prévisions de croissance, des efforts visant à remplacer les systèmes de chauffage au fioul et au gaz par des pompes à chaleur, ainsi que pour permettre la décarbonisation des processus industriels grâce à l’électrification (ce que l’électricité ne pourrait pas assurer seule ; à partir de 2035 environ, l’hydrogène prendrait le relais).

En conséquence, la production nationale d’électricité verte doit augmenter considérablement. 960 gigawattheures ont été produits en 2021. Le premier Pnec prévoyait de plus que doubler ce chiffre pour atteindre 2 200 gigawattheures d’ici 2030, mais la mise à jour prévoit désormais 3 000. Ce ne sera pas facile à atteindre. Le ministère de l’Énergie ne pense pas que la part de l’énergie solaire puisse augmenter davantage que ce qui avait été prévu en 2020, et même les 1 100 gigawattheures issus du photovoltaïque prévus pour 2030 représenteraient sept fois plus que la production de 2021. Une marge de progression devrait exister pour l’énergie éolienne : le Pnec de 2020 tablait sur 674 gigawattheures pour 2030, tandis que la mise à jour prévoit 1 000. Il n’y aurait toutefois pratiquement pas de nouveaux sites éoliens ; une production plus élevée pourrait être obtenue grâce au « repowering » des installations existantes, visant à augmenter leur puissance connectée et à améliorer leur rendement. Après cela, ce serait terminé.

Comme d’autres sources, telles que l’hydroélectricité locale ou les centrales de cogénération alimentées aux copeaux de bois, ne permettent pas de réaliser des progrès significatifs, le gouvernement mise, dans la mise à jour du Pnec, sur un approvisionnement supplémentaire en électricité verte en provenance d’Europe. L’UE autorise par exemple les transferts statistiques d’énergie renouvelable produite dans un État membre au-delà de son objectif annuel vers un autre État membre. En 2020, le Luxembourg avait ainsi acheté 650 gigawattheures à la Lituanie et à l’Estonie. Un accord similaire est en vigueur avec le Danemark jusqu’en 2025. Des discussions en vue de la conclusion d’accords sont en cours avec le Portugal, l’Estonie et la Lituanie. En Finlande, le Luxembourg a quant à lui participé, via un appel d’offres, au financement d’une centrale électrique (le Pnec ne précise pas de quel type il s’agit). Ainsi, 80 % de sa production est statistiquement attribuée au Grand-Duché.

Au total, ce n’est que grâce aux mécanismes de coopération que le Luxembourg pourra atteindre 37 % d’énergies renouvelables par rapport à sa consommation totale en 2030. Sur son territoire seul, ce chiffre ne serait que de 26,1 %. La coopération devrait être particulièrement poussée dans le secteur de l’électricité : grâce aux livraisons issues de la coopération, les besoins dans ce domaine devraient être couverts à hauteur de 60 % par des énergies renouvelables en 2030.

Peut-être que Luc Frieden y avait pensé lorsqu’il s’est exprimé dimanche dernier sur RTL au sujet des énergies renouvelables. Et qu’il a ajouté dix points de pourcentage, car c’est la période de campagne électorale. Mais il est probable que le CSV puisse également approuver le nouveau plan énergie-climat. Il est conforme aux lois du marché, mise sur les technologies et vise à favoriser la croissance. Et pour les citoyennes et citoyens, il prévoit des aides plutôt que des obligations, sans parler d’interdictions.