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Économie nationale 4 min de lecture

Unique au monde

transformation numérique

Article paru dans Édition mars 2026
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Entouré tour à tour d’élèves, de salariés et d’entrepreneurs en cravate, Luc Frieden incarne trois rôles différents dans une vidéo promotionnelle : celui de Premier ministre du CSV, celui de chercheur et celui d’astronaute. La vidéo a été présentée mercredi lors d’une conférence de presse au cours de laquelle le partenariat entre l’État luxembourgeois et Mistral, grand espoir européen en matière d’IA, a été expliqué. La porte-parole du Premier ministre, Stéphanie Bodoni, avait quant à elle troqué sa tenue soignée contre un sweat à capuche arborant le logo de la campagne : le robot Lumi. Avec son apparence ronde et mignonne, celui-ci rappelle un Teletubby. Ce n’est sans doute pas un hasard, car Frieden souhaite que sa campagne Ai4Lux soit perçue comme une révolution (inoffensive) « au plus près de l’humain ». Lumi est l’acronyme de « intelligence, innovation, lumière », a expliqué M. Frieden, qui a tenu la conférence en français, aux côtés d’Arthur Mensch, fondateur de Mistral, venu spécialement de Paris.

Le Luxembourg s’apprête à développer son « écosystème d’IA » afin de « renforcer le Lëtzebuerg ». Bientôt, tous les fonctionnaires de la fonction publique disposeront d’un chatbot qui les aidera à extraire plus rapidement des informations à partir de documents. Un chatbot spécialement adapté au site Legilux permettra bientôt d’effectuer des recherches plus ciblées dans les textes législatifs ; ce service s’adresse également aux entreprises et aux citoyens. Par ailleurs, un projet est en cours de développement avec Mistral afin de faire progresser la médecine personnalisée grâce aux données des patients. Dans ce cadre, Mistral permet de faire fonctionner ses systèmes d’IA sur l’infrastructure publique locale, ce qui « renforce l’autonomie stratégique », selon le communiqué publié mercredi. Dans la vidéo promotionnelle, M. Frieden a présenté ce partenariat comme « unique au monde ». « Il faut en être fier », a déclaré M. Frieden à propos de cette coopération, qui coûtera à l’État 40 millions d’euros répartis sur trois ans. M. Frieden peut désormais faire valoir auprès de ses électeurs potentiels qu’en tant que Premier ministre moderne doté d’un esprit d’entreprise, il a accompli un travail de pionnier sur toute la ligne.

Cela va d’ailleurs dans le sens de ce qu’il a déclaré mercredi au Learning Center de Belval, avec un enthousiasme presque débordant : « Je suis vraiment fasciné par cette évolution technologique. » Ici, à Esch-Alzette, on a « vue sur l’Arbed, un joyau de l’industrie européenne, et tout autour de moi se trouvent des livres qui alimentent cette nouvelle évolution ». La société est en pleine mutation. Ce sont toutefois de hauts fonctionnaires qui s’occupent des détails de ses ambitions en matière d’IA. Lorsqu’on lui demande combien de personnes travaillent au bureau de Mistral dans notre pays et s’il existe une coopération avec l’Uni.lu, M. Frieden répond : « Il faut que j’appelle Bob. » Ce dernier sait qu’il n’y a actuellement pas plus de quatre personnes qui travaillent ici, qu’un doctorant du SNT mène des recherches chez Mistral et que l’entreprise est disposée à se développer. On trouve en effet sur Internet des offres d’emploi de Mistral datant de plusieurs mois, destinées à recruter de nouveaux collaborateurs chargés de « faire le lien entre les clients et les équipes internes de Mistral ». Certaines déclarations d’Arthur Mensch ressemblaient d’ailleurs à un discours destiné aux investisseurs. Il a ainsi expliqué que Mistral était ouverte aux clients du secteur privé, comme les banques. Apparemment, l’entreprise de M. Mensch souhaite développer de nouveaux services destinés au secteur financier. Alors que le politicien Frieden a profité de la conférence de presse pour se mettre en avant et chercher le dialogue avec le public, Arthur Mensch, titulaire d’un doctorat en mathématiques, semblait plutôt ennuyé : il faisait défiler son téléphone portable et détournait le regard.

Luc Frieden, qui se présente toujours en public comme un techno-optimiste, a toutefois déclaré mercredi, dans une remarque en passant, qu’il se réunirait la semaine prochaine avec la fédération des entreprises et les syndicats lors d’un « KI-Dësch » afin de discuter des répercussions des nouvelles technologies sur le monde du travail. La députée du CSV-Sud, Françoise Kemp, avait déjà souhaité savoir, la veille de la conférence de presse, dans quelle mesure le gouvernement « prenait au sérieux » les préoccupations des salariés. Et lundi, le journal Reporter avait rapporté que le ministre des Finances, Gilles Roth, souhaitait, dans une note interne, limiter les nouvelles embauches dans la fonction publique « au strict minimum » et appelait à « améliorer l’efficacité » grâce à des solutions d’IA.