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Économie nationale 3 min de lecture

En tournant en rond

Des débuts difficiles pour le gouvernement noir-bleu. Depuis des semaines, on ne parle que de l'interdiction de la mendicité. Les allègements fiscaux sur lesquels Luc Frieden avait axé sa campagne électorale semblent…

Article paru dans Édition janvier 2024
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Les coulisses du gouvernement : Lydie Polfer (DP) et les ministres Lex Delles (DP) et Léon Gloden (CSV) © Photo : Sven Becker

Des débuts difficiles pour le gouvernement noir-bleu. Depuis des semaines, on ne parle que de l’interdiction de la mendicité. Les allègements fiscaux sur lesquels Luc Frieden avait axé sa campagne électorale semblent intéresser la population moins que prévu. Mardi dernier, les Verts et les Pirates ont invité le ministre de l’Intérieur et de la Police, Léon Gloden (CSV), à une réunion conjointe des commissions de l’Intérieur et de la Sécurité, une séance à huis clos demandée par le CSV et à laquelle le public n’avait pas accès – une situation qui a déplu à l’opposition. Il y était notamment question du fait que, dans le cadre de l’interdiction de la mendicité, des policiers devront être redéployés depuis d’autres régions du pays. D’où exactement, cela reste pour l’instant caché au public. Léon Gloden a indiqué qu’il n’avait jusqu’à présent donné aucune directive écrite à la police. De plus, aucun mendiant n’aurait jusqu’à présent été verbalisé par la police. Avant de prendre sa décision mi-décembre, Léon Gloden s’était simplement concerté avec le Premier ministre Luc Frieden (CSV) et la maire de la capitale, Lydie Polfer (DP). Mardi matin, la députée du LSAP Paulette Lenert s’était dite préoccupée, sur RTL, par la « ténacité » avec laquelle les responsables défendent leur position dans le débat et avait dénoncé le manque de respect envers l’État de droit et la séparation des pouvoirs. L’opposition (à l’exception de l’ADR) exige une prise de position du Premier ministre et la mise en œuvre de l’un des deux scénarios suivants : la création d’un cadre juridique pour l’interdiction de la mendicité ou le retrait de l’article. Les preuves relatives à la « mendicité organisée » sont quasi inexistantes. Elle est pourtant déjà interdite. Elle est néanmoins régulièrement invoquée pour justifier la nouvelle réglementation policière qui interdit toutes les formes de mendicité, bien que la « simple mendicité » ne soit plus punissable depuis 2008, date à laquelle elle a été supprimée par inadvertance du Code pénal. L’argumentation de Polfer et Gloden se heurte désormais à une opposition plus forte (à l’échelle luxembourgeoise), y compris de la part du pouvoir judiciaire. Après les déclarations du procureur Georges Oswald la semaine dernière, la procureure générale Martine Solovieff est revenue hier matin sur la jurisprudence sur Radio 100,7 : « On est censé respecter les jugements rendus par nos tribunaux, qu’ils nous plaisent ou non. (…) Pour moi, c’est relativement clair. »

Une pétition contre cette interdiction a recueilli en un temps record suffisamment de signatures pour être débattue au Parlement, et deux manifestations contre l’interdiction de la mendicité auront lieu dans les prochains jours. Ce vendredi, le collectif « Actioun geint d’Heescheverbuet » appelle à manifester ; lundi, les sections jeunesse de la gauche, des Verts et des socialistes organisent une manifestation sur le Knuedler, une heure avant le début de la séance du conseil communal. La motion déposée par l’opposition communale, composée des Verts, de la Gauche, des Pirates et du LSAP, visant à supprimer l’article 42 du règlement de police, sera alors soumise au vote.