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Économie nationale 11 min de lecture

Lorsqu’un 5 précède la virgule

Règle budgétaire et trajectoire « plate » de la dette. Gilles Roth et les finances publiques

Article paru dans Édition mai 2026
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Lorsqu’un 5 précède la virgule
Le budget de l'État pour 2026 prévoit un déficit de 1,489 milliard d'euros © Photo : Sven Becker

De quelle marge de manœuvre dispose le ministre des Finances pour faire des concessions lors de la réunion tripartite qui débutera mardi prochain ? Sans grande surprise, Gilles Roth (CSV) déclare au journal *Le Land* : « Je ne peux pas me prononcer là-dessus. Nous verrons bien ce qui se passera. »

La semaine dernière, on aurait pu penser que le déficit ne serait pas très important. Le Conseil national des finances publiques (CNFP) venait en effet de publier le solde nominal des finances publiques, comme il le fait chaque année en avril et en octobre : Par rapport à octobre 2025, où le solde s’élevait à –706 millions d’euros, il s’est détérioré pour atteindre –1 756 millions en avril. « 1,05 milliard entre deux dates d’enquête : une telle détérioration est sans précédent », a noté laconiquement le CNFP.

Gilles Roth est-il en train de perdre le contrôle des finances publiques ? Lui qui, en tant que député de l’opposition, avait exigé de penser à « l’Apel fir den Duuscht » et de ne laisser en aucun cas la dette publique dépasser 30 % du PIB ? – Les chiffres du Statec, sur lesquels le CNFP fonde ses calculs, semblent encore plus alarmants. En effet, il n’est pas question ici de concepts budgétaires européens tels que le solde nominal et le solde structurel, mais d’excédents ou de déficits au niveau de l’État central, des communes et de la sécurité sociale. Le Statec les communique à Eurostat, avec d’autres données comptables, dans un formulaire identique pour tous les États membres de l’UE. Dans le formulaire du 31 mars, le déficit de l’État central pour 2025 est estimé à 2,335 milliards d’euros. Ce chiffre est provisoire ; le chiffre définitif ne sera connu qu’à l’automne. Ce chiffre provisoire est toutefois près de deux fois supérieur aux 1,206 milliards que le ministère des Finances avait inscrits dans le projet de budget de l’État pour 2026. À ce sujet, Gilles Roth avait déclaré lors de son discours sur le budget au Parlement le 8 octobre que « le déficit pour 2025 ne devrait pas dépasser les 1,29 milliard », chiffre qui avait été avancé un an auparavant.

Un déficit de 2,335 milliards au lieu de 1,206 milliard ?

« Je ne commente pas les chiffres de Statec », déclare M. Roth au journal *Der Land*. « D’une part parce qu’ils sont encore provisoires, et d’autre part parce que ce n’est pas le ministère des Finances qui en est responsable. » Mais indirectement, il les commente tout de même. Car personne ne sait ce qui va ressortir de la Tripartite, et le CNFP parle tout à fait officiellement d’une « détérioration » d’un milliard. Il réalise son analyse deux fois par an, comme le prévoit la loi de 2014, qui a transposé les règles budgétaires de l’UE. En l’état actuel des choses, l’objectif budgétaire à moyen terme fixé par les règles de l’UE ne sera pas atteint en 2025 : le « solde structurel » des finances publiques n’est pas de 0,00 % du produit intérieur brut, mais s’élève désormais à –0,2 % du PIB. Le solde nominal de –1 756 millions d’euros correspond à moins deux pour cent du PIB. Le solde structurel est calculé après ajustement des effets conjoncturels.

–0,2 % reste un chiffre modeste. Pas suffisamment pour que Gilles Roth doive y remédier au moyen d’un « mécanisme de correction » dans le prochain budget pluriannuel 2027-2030. Cela ne serait nécessaire que si, en octobre, le CNFP, s’appuyant sur les chiffres du Statec – « dont le ministère des Finances n’est pas responsable » –, indiquait un solde structurel de –0,5 % du PIB. Ou de –0,25 % en moyenne sur deux ans. Ce scénario est peu probable : en 2024, le seuil de 0,00 % avait encore été respecté.

Satellite, Vefa, énergie solaire…

Une partie de cette détérioration s’explique par des différences d’approche : l’UE tient compte des dates de comptabilisation. « Nous comptabilisons les flux de trésorerie », explique le ministre des Finances. Un satellite militaire, par exemple, qui a coûté 215 millions d’euros, a été comptabilisé en août 2025, mais avait déjà été payé l’année précédente. Du point de vue de l’UE, selon la norme comptable SEC2010, les dépenses de l’État central en 2025 dépassaient le budget de 400 millions d’euros, tandis que les recettes étaient inférieures de 650 millions aux prévisions. « Mais ces dépenses supplémentaires étaient presque exclusivement des dépenses d’investissement », souligne Gilles Roth. Au total, 5 % du PIB ont été consacrés aux investissements en 2025, un niveau jamais atteint au cours des 20 dernières années. Par « dépenses d’investissement supplémentaires », M. Roth entend 136 millions d’euros supplémentaires alloués au fonds spécial pour le climat, dont 117 millions destinés à l’augmentation des primes pour l’énergie solaire. 162 millions ont en outre été consacrés au programme de rachat de logements Vefa. 48 millions supplémentaires ont été consacrés à l’aide internationale au développement climatique, et l’aide militaire à l’Ukraine a été portée de 80 à 144 millions d’euros au cours de l’année 2025.

Les recettes de l’État central, quant à elles, s’élèveraient en 2025 à –650 millions d’euros selon la norme SEC2010, soit un résultat moins favorable que celui de –400 millions d’euros selon la méthode « Cash ». La norme SEC2010 n’enregistre pas nécessairement les recettes fiscales sur une année civile. Les mois de forte recette au titre de l’impôt sur les sociétés (IRC) au début de l’année 2025 ont dû être comptabilisés en 2024. « De ce fait, selon la norme SEC, les recettes de l’IRC étaient inférieures de 250 millions d’euros à celles indiquées par « Cash ». » Parmi les 400 millions d’euros de manque à gagner selon la comptabilité « Cash » par rapport au budget 2025, Roth cite : 300 millions d’euros de moins provenant des impôts sur le capital et de l’impôt sur la fortune des sociétés ; il s’agit là d’impôts généralement « volatils ». –350 millions provenant de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, car l’indexation du barème fiscal de 2025 a produit pleinement ses effets, davantage d’intérêts débiteurs ont pu être déduits et la croissance de l’emploi n’a atteint que 1,1 %. Les recettes provenant des droits d’enregistrement ont été inférieures de 100 millions à l’objectif, car les allègements fiscaux liés à l’achat d’un logement ont été prolongés de six mois. Les recettes de la TVA ont été inférieures de 200 millions d’euros aux prévisions, « car la croissance brute a été plus lente qu’en 2024 et qu’un contribuable a bénéficié de remboursements exceptionnellement élevés ». Au total, l’écart par rapport au budget 2025 s’est élevé à environ un milliard. Des recettes supplémentaires de 600 millions provenant de l’impôt sur les sociétés et des accises sur le tabac ont partiellement compensé cet écart. Mais seulement en partie.

Et maintenant, que faire ?

La question se pose inévitablement de savoir s’il est vraiment judicieux, compte tenu de la guerre en Iran, de la crise énergétique, de la prochaine réunion tripartite et d’une économie qui reste fragile, de réduire encore d’un point de pourcentage le taux de l’impôt sur les sociétés en 2027. Et puis, il y a aussi la réforme fiscale avec la classe d’imposition unique. Mardi, le Conseil d’État a adopté l’avis sur le projet de loi de Gilles Roth. Dans l’ensemble, celui-ci s’est révélé positif. Cependant, le Conseil d’État cite le CNFP et ses évaluations de l’automne dernier concernant le budget pluriannuel 2026-2029. Ce dernier ne tenait pas encore compte de la réforme fiscale, et les dépenses militaires supplémentaires n’avaient pas encore été inscrites au budget. Si l’on ajoute le coût annuel de la réforme, d’environ 850 millions d’euros et les dépenses militaires prévues, dont la trajectoire devrait atteindre 5 % du RNB d’ici 2035, cela pourrait se traduire en 2029 par des dépenses supplémentaires comprises entre 1,3 et 1,7 milliard d’euros. Le déficit des finances publiques pourrait alors grimper à 2,6 à 3 milliards. Ou atteindre jusqu’à 2,7 % du PIB, ce qui serait dangereusement proche du critère de déficit fixé par le traité de Maastricht.

Roth maintient le cap sur la réforme fiscale. Celle-ci est censée être le cadeau électoral du CSV, même si, jusqu’à présent, c’est le DP qui a su le mieux en tirer un capital politique. À la question du financement compensatoire, le ministre des Finances continue de répondre par la progression à froid : Sur les huit tranches d’indexation qui devaient être compensées dans le barème fiscal lors de l’entrée en fonction du gouvernement CSV-DP, car la promesse « Méi Netto vum Brutto » avait été faite pendant la campagne électorale, il en reste encore 1,5. Avec celle qui devrait intervenir le 1er juin et éventuellement une autre cette année, on en compterait 3,5, puis 5,5 au total avec une tranche supplémentaire en 2027 et une autre en 2028. Le calcul pourrait ainsi tenir la route. Si l’on fait abstraction du fait qu’un allègement fiscal profitera en premier lieu aux contribuables de la classe 1. Pour le reste, le ministre des Finances et le CSV devront s’expliquer sur le plan sociopolitique.

Pourtant, les chiffres budgétaires du premier trimestre 2026, présentés par Gilles Roth au Parlement il y a trois semaines, n’étaient pas forcément encourageants. Fin mars, l’État central affichait un excédent de 59 millions d’euros, mais ce chiffre était inférieur de 278 millions à celui de l’année précédente. Et ce, alors que les dépenses continuaient de croître de manière « dynamique », avec une hausse de 8,6 %, comme l’a souligné le ministère des Finances.

M. Roth ne souhaite pas en tirer de conclusions pour cette année. « Ce serait prématuré. » Le fait que les recettes issues de l’impôt sur les sociétés (IRC) aient baissé de 11,6 % ou de 161 millions d’euros inférieures à celles de fin mars 2025, et que celles issues de la taxe professionnelle (ICC, qui repose sur la même assiette) aient baissé de 56 millions, soit 9,4 %, il ne faut pas s’y laisser tromper. Les chiffres encore officieux du mois d’avril seraient bien meilleurs. Tout dépend du moment où les grandes entreprises s’acquittent de leurs impôts. « Au cours des deux dernières années, les recettes de l’IRC ont augmenté de plus de 1,1 milliard. » Selon M. Roth, la baisse du taux d’imposition ne constitue pas seulement un allègement pour les entreprises, mais contribue également à la croissance. Les grandes entreprises dans lesquelles l’État détient une participation verseront cette année des dividendes considérables. La Spuerkeess a réalisé en 2025 un bénéfice net de 530 millions d’euros. BGL BNP Paribas a enregistré 514 millions, la BIL 210 millions et Cargolux 465 millions de dollars américains.

Les cinq chiffres avant la virgule

Mais on peut se demander si la « norme budgétaire » fixée à 4,5 % maximum d’augmentation des dépenses, que Mme Roth a communiquée début février dans une circulaire, pourra être respectée. En raison de la crise énergétique, de la tripartite et du fait que la croissance au Luxembourg n’est plus supérieure à la moyenne de la zone euro, mais inférieure. La tripartite aura en tout cas un coût. Son ordre du jour n’est pas encore fixé ; le gouvernement se prononcera à ce sujet aujourd’hui ou ce week-end. En ce qui concerne l’énergie, Mme Roth indique que la Commission européenne accepte aussi bien les aides « liées aux prix » que celles « liées aux revenus », à condition qu’elles restent « temporaires ». Ce que pratiquement personne au Luxembourg n’envisage autrement. Mais si les prix de l’énergie restent élevés et que l’inflation atteint 4 %, comme l’a modélisé le Statec dans un « scénario haut », il n’y aurait pas seulement une nouvelle tranche d’indexation cette année. En réalité, a déclaré mercredi sur RTL le directeur du Statec, Tom Haas, le Luxembourg est déjà en proie à une sorte de stagflation depuis quatre ans. Le Statec publiera ses prochaines projections économiques le 2 juin, avant la reprise des travaux de la Tripartite mardi prochain.

Roth insiste sur l’objectif de stabilisation du déficit d’ici 2030 et d’une trajectoire de la dette publique « aussi plate que possible » : la note AAA l’exige. Sans évoquer le chiffre de 30 %, sur lequel le DP s’était appuyé lors de la précédente coalition pour empêcher le LSAP de se faire des idées saugrenues, M. Roth s’exprime ainsi : « Si nous parvenons à ce que la croissance des dépenses soit précédée d’un cinq avant la virgule, la stabilisation est réalisable.» Ce ne sera pas le cas avec un huit, comme dans la hausse de 8,6 % enregistrée fin mars. Quoi qu’il en soit, dans le prochain budget pluriannuel prévu à l’automne, il devra non seulement intégrer de nouvelles dépenses militaires, mais aussi sa réforme fiscale. Les députés de l’opposition lui reprocheront alors de ne pas « mettre de côté pour les mauvais jours ». Mais cela pourrait lui être politiquement profitable si l’opposition appelle à l’austérité et qu’il n’a pas à le faire lui-même. Et si tout échoue, il pourra retirer la réforme fiscale et dire : « J’ai tout essayé. »

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