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Économie nationale 8 min de lecture

Le coût élevé de l’énergie

Le gouvernement ne peut pas faire l'impasse sur de nouvelles mesures concernant les prix de l'énergie. Le CSV fait quatre propositions. Deux d'entre elles sont sérieuses.

Article paru dans Édition février 2022
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« Pas un mot » de la part du gouvernement sur la hausse des prix de l’énergie, s’est plainte mercredi Martine Hansen, coprésidente du groupe parlementaire du CSV. Mais son indignation n’était pas si grande que ça, car le silence du gouvernement fait bien sûr le bonheur de l’opposition.

Le CSV a su tirer parti de cette situation mercredi en présentant un « ensemble de mesures visant à faire face à la crise des prix de l’énergie ». Le timing était lui aussi judicieux : dans la nuit de lundi à mardi, le gouvernement belge s’était mis d’accord sur un « triple booster pour le pouvoir d’achat des ménages ». Le gouvernement luxembourgeois en est encore au stade de la réflexion. Lundi, dans le Quotidien, une longue interview du ministre de l’Énergie Claude Turmes (Verts) a été publiée, mais elle ne faisait aucune mention de la hausse des prix. Turmes a évoqué la transition énergétique en Allemagne, le nucléaire en Europe, ainsi que la participation citoyenne à des projets solaires et éoliens au Luxembourg. Mais on ne lui a d’ailleurs posé de questions que sur ces sujets-là.

Cela tient peut-être au fait que les ménages luxembourgeois sont mieux à même d’encaisser la hausse des prix observée depuis octobre dernier que, par exemple, les ménages belges. Le Luxembourg est un pays où la fiscalité sur l’énergie est faible. Le taux de TVA sur l’électricité y est de 8 %, contre 21 % en Belgique. La réduction de ce taux à 6 % fait partie de la première mesure du plan de relance du pouvoir d’achat adopté en début de semaine ; celle-ci ne devrait toutefois s’appliquer que d’avril à juin.

La presse allemande a publié cette semaine des comparaisons des prix des carburants réalisées par l’Automobile Club d’Allemagne (AVD) : au moment où ces chiffres ont été recueillis, parmi les pays voisins de l’Allemagne, l’essence n’était moins chère qu’au Luxembourg qu’en Autriche, en République tchèque et en Pologne, tandis que le diesel ne l’était qu’en Autriche et en Pologne. C’est aux Pays-Bas que les prix sont les plus élevés. Là-bas, le litre d’essence super coûte 50 centimes de plus qu’au Luxembourg, et le litre de diesel 26 centimes de plus. Le fait que la part du prix de l’essence dans l’indice des prix à la consommation ait augmenté de 40 % au cours des 13 derniers mois dans notre pays, et celle du prix du diesel de 45 %, représente une hausse considérable en pourcentage. Cette situation trouve toutefois son origine dans les prix historiquement bas liés à la pandémie de coronavirus.

Mais tout cela ne signifie pas pour autant qu’aucune mesure ne s’impose au Luxembourg face à la hausse des prix. Plusieurs raisons justifient d’agir. D’une part, personne ne peut prédire combien de temps cette flambée des prix va encore durer. L’automne dernier, la Banque centrale européenne affirmait encore que l’inflation, due principalement aux prix de l’énergie, allait bientôt reculer. La BCE ne soutient plus cette thèse depuis longtemps ; aujourd’hui, les marchés de l’énergie intègrent la crise ukrainienne dans leurs cours. Deuxièmement, les prix de l’énergie ont d’autres répercussions sur l’économie ; ils se répercutent notamment sur les prix des denrées alimentaires. Les entreprises luxembourgeoises se plaignent elles aussi, notamment dans le secteur industriel. Selon la Fedil, bon nombre d’entre elles comptaient sur une nouvelle baisse des prix. Lorsqu’elles ont renouvelé leurs contrats à long terme fin 2021, car cela ne pouvait plus être reporté, les prix étaient si élevés que la facture d’électricité de certaines entreprises a été multipliée par six.

Troisièmement, enfin, certaines sources d’énergie utilisées au quotidien ont particulièrement augmenté, comme le fioul domestique. Le groupe parlementaire du CSV avait raison lorsqu’il a calculé mercredi qu’un remplissage de 4 000 litres pour une maison individuelle chauffée au fioul coûtait désormais 3 600 euros au lieu de 1 820 euros. Et un foyer sur cinq dans le pays se chauffe encore au fioul. Ce constat est préoccupant. L’histoire des Gilets jaunes en France a montré comment les hausses des prix de l’énergie, même si elles sont causées par une petite taxe supplémentaire, peuvent donner naissance à un mouvement de protestation. Pour les membres verts du gouvernement en particulier, cela constitue une quatrième raison de prendre des mesures pour atténuer la hausse des prix : ne pas le faire pourrait mettre en péril la politique climatique.

Pour autant, ce n’est pas comme si rien n’avait encore été entrepris. À l’automne dernier, le gouvernement a relevé l’allocation de compensation de la hausse des prix à au moins 200 euros par membre du foyer. La surtaxe par kilowattheure d’électricité, qui alimente un fonds de compensation servant à financer le prix d’achat plus élevé et garanti de l’électricité verte produite localement, a été réduite de moitié. Comme l’a rapporté paperjam.lu cette semaine en citant l’autorité de régulation ILR, les consommateurs économiseraient ainsi 1,8 cent par kilowattheure. Cela compense presque entièrement la hausse de deux cents des prix de l’électricité enregistrée en début d’année.

Que pourrait-on faire d’autre ? Au sein de l’UE, une « boîte à outils » a été adoptée mi-octobre, à laquelle les États membres pourraient avoir recours : des aides directes aux ménages à faibles revenus et aux petites entreprises pourraient être mises en place, tout comme des allègements fiscaux. Dans tous les cas, ces mesures devraient être limitées dans le temps ; en octobre, la Commission européenne estimait encore que les prix allaient bientôt redescendre. En plus de la réduction de la TVA sur l’électricité pendant quatre mois, le gouvernement belge a décidé en début de semaine d’octroyer à chaque ménage un « chèque chauffage » de 100 euros, ainsi qu’une réduction de 100 euros sur les cotisations de sécurité sociale pour les personnes à faibles revenus. Au total, cela représenterait cette année un allègement moyen de 260 euros par foyer belge.

D’un point de vue politique, une question importante est de savoir dans quelle mesure l’aide doit être « socialement sélective ». Contrairement à la taxe sur le CO₂, qui, lors de son introduction au Luxembourg début 2021, avait entraîné une hausse de quelques centimes du prix de l’essence, du diesel, du fioul domestique et du gaz, la situation a complètement changé depuis l’automne dernier, notamment pour le gaz et le fioul domestique : ces deux produits servent au chauffage, et il fait froid dehors. Si la taxe carbone a pu être entièrement compensée pour le quintile de revenus le plus bas grâce à l’augmentation du crédit d’impôt sur le revenu et à une allocation de vie chère élargie, et presque entièrement pour le quintile de revenus supérieur, les hausses des prix de l’énergie, dictées par le marché depuis octobre, se répercutent désormais jusqu’au sein de la classe moyenne.

Le CSV s’est donc amusé mercredi à présenter deux propositions à caractère socialement sélectif, ainsi que deux autres qui ne relèvent pas du tout de cette catégorie, mais qui sont généralement bien accueillies par les automobilistes et les électeurs : Le CSV souhaiterait relever l’indemnité kilométrique pour la fonction publique de 30 centimes à 40 centimes, comme c’était le cas avant le « Zukunftpak » de Pierre Gramegna. Et il alignerait « par étapes » l’indemnité kilométrique forfaitaire, qui n’a jamais été adaptée à l’inflation. Le coprésident du groupe parlementaire, Gilles Roth, a estimé que si cette mesure était mise en œuvre d’un seul coup, l’État risquerait de perdre 300 millions de recettes fiscales.

Cette initiative en faveur de l’indemnité kilométrique met le gouvernement sous pression pour qu’il revienne sur l’accord de coalition : celui-ci prévoit en effet que, parallèlement à l’indemnité kilométrique accordée aux personnes se rendant au travail en voiture, un « budget mobilité » serait mis en place pour les personnes ne possédant pas de voiture. En raison de la pandémie de coronavirus et de l’abandon de la grande réforme fiscale, il n’en était plus question.

Les propositions du principal parti d’opposition, qui visent plus spécifiquement les prix de l’énergie, consistent à plafonner le prix du fioul à 95 centimes le litre (il s’élève actuellement à 90 centimes) et à maintenir cette mesure jusqu’en juin. Pour lutter contre la hausse générale des prix de l’énergie, le CSV proposerait de modifier la base de calcul de l’indemnité de vie chère : au lieu de prendre comme référence le salaire minimum non qualifié, celle-ci devrait être calculée sur la base du salaire minimum qualifié. « Pour une famille avec deux enfants, le seuil d’éligibilité s’élèverait alors à 5 700 euros de revenu mensuel brut, soit environ 4 500 euros nets », a déclaré Gilles Roth.

Le gouvernement devrait probablement prendre une décision allant dans ce sens. Quoi qu’il en soit, ces mesures devraient être financées par le Trésor public, de sorte que la question n’est pas de savoir s’il faut agir, mais quoi faire et quand. Le 2 mars, la Commission européenne et les ministres de l’Énergie prévoient de se réunir à nouveau pour discuter de la « boîte à outils » d’octobre. Il semble que la Commission ait perdu quelques illusions, et peut-être que les prix resteront élevés encore plus longtemps.