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Économie nationale 5 min de lecture

Le marché volatil

Les prix actuels du gaz laissent entrevoir une hausse structurelle, selon le PDG d'Enovos Luxembourg

Article paru dans Édition mars 2024
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Lundi, les ministres de l’Énergie de l’UE se sont réunis à Bruxelles. Ils ont convenu que les États membres devaient continuer à maintenir leur consommation de gaz à un niveau inférieur d’au moins 15 % à la moyenne enregistrée entre le 1er avril 2017 et le 31 mars 2022. Par « continuer », on entend jusqu’au 31 mars 2025.

On pourrait trouver cela exagéré. Sur le marché à terme néerlandais TTF, considéré comme la référence pour le marché de gros du gaz en Europe, le prix d’un mégawattheure de gaz s’élevait en milieu de semaine à environ 26 euros pour des commandes passées un à deux mois à l’avance. C’est le cas depuis novembre, et ce prix n’est guère plus élevé qu’en juillet. Même en Allemagne, où la situation est particulièrement sensible depuis la disparition du gaz bon marché en provenance de Russie, on parlait il y a quatre semaines d’une « détente sur le marché du gaz » et on se demandait s’il était réellement nécessaire de construire autant de nouveaux terminaux d’importation de GNL que prévu.

Selon Erik von Scholz, directeur général d’Enovos Luxembourg, il faut toutefois distinguer si le gaz risque de venir à manquer physiquement ou s’il risque de devenir plus cher sur le marché. « Je considère qu’une pénurie est moins probable sur le plan physique que sur le plan des prix », déclare M. von Scholz au journal *Der Land*. Les nouvelles infrastructures mises en place en Europe permettent d’intégrer du GNL dans le réseau. L’obligation, entrée en vigueur en 2022, de maintenir en permanence le niveau de remplissage des stockages de gaz à au moins 90 % avant le début de la saison hivernale porte ses fruits. À l’échelle de l’UE, les stocks sont actuellement encore remplis à 65 %, tandis qu’en France, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, le taux de remplissage s’élève à 60 %. Des économies de gaz sont également réalisées. Au Luxembourg, par exemple, la consommation cumulée à la fin février était inférieure de 25,7 % à celle de la période de référence sur laquelle s’appuie l’objectif de 15 % fixé par l’UE.

Pourtant, selon Erik von Scholz, « les prix du gaz, tels qu’ils sont aujourd’hui, laissent présager une hausse structurelle ». La demande de gaz serait actuellement « relativement faible » en raison de la situation économique générale. À cela s’ajoute le fait que l’hiver qui touche à sa fin a été plus doux que la moyenne des températures enregistrées au cours des mois d’hiver des cinq années précédentes. « Si l’économie redémarre, le prix augmentera. Si les prochains hivers sont à nouveau similaires à ceux des cinq dernières années, il augmentera également. » En l’absence d’événements perturbateurs, les prix ne devraient pas connaître de fluctuations majeures au cours des prochains mois, mais cela pourrait changer par la suite.

La disparition du gaz bon marché en provenance de Russie et la part croissante du GNL importé ont rendu le marché européen du gaz davantage dépendant des évolutions mondiales. En janvier, la part du GNL dans les importations de gaz de l’UE s’élevait à environ 37 %, tandis que celle du gaz naturel en provenance de Norvège était d’environ 50 %. Les opérateurs présents sur les marchés à terme intègrent également dans leurs prix la probabilité qu’une demande croissante en Asie attise la concurrence pour le GNL. Si l’activité économique reprend en Chine, cela pourrait bien se produire. Les événements au Moyen-Orient ont également un impact : la guerre dans la bande de Gaza a fait grimper le prix du gaz sur les marchés à terme à 50 euros le mégawattheure en octobre. Mais ce n’était que temporaire : en novembre, il est retombé à 25 euros.

Selon Erik von Scholz, « l’incertitude des acteurs du marché est nettement moindre qu’en 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie ». Au début de cette année, ils ne se sont pas non plus laissés déstabiliser par les débats aux États-Unis concernant les exportations de GNL : fin janvier, le gouvernement américain a décidé que, outre les exportations existantes, de nouvelles exportations ne seraient autorisées que vers les pays avec lesquels les États-Unis ont conclu un accord de libre-échange. Pour tous les autres – et donc également pour l’UE –, les nouvelles exportations ont été provisoirement interdites. Le gouvernement américain a toutefois laissé entendre que cette mesure s’appliquerait pendant neuf mois, période durant laquelle il examinerait les répercussions de ces exportations sur l’économie américaine. Les négociants des places de marché européennes du gaz ont compris que Joe Biden souhaitait, jusqu’aux élections, rassurer les écologistes proches de son parti, qui préfèrent garder le gaz chez eux afin d’éviter l’ouverture de nouveaux sites d’extraction de gaz de schiste. L’industrie gazière américaine exporte volontiers vers l’Europe, car cela rapporte davantage. L’avenir nous dira ce qu’il en sera après les élections. Si Donald Trump l’emporte, les freins à l’exportation de GNL devraient être levés. Les prix sur le marché de gros européen sont donc restés inchangés.