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Économie nationale 5 min de lecture

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À la Foire agricole, la politique a également joué un rôle. En tout cas, un peu.

Article paru dans Édition juillet 2024
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© Olivier Halmes

« L’agriculture et la nature, ça va de pair ! » C’est avec ce slogan que Serge Wilmes, ministre de l’Environnement du CSV, a inauguré la 41e Foire agricole à Ettelbruck, sur les Däichwisen. Mais aussi évidente que cette affirmation puisse paraître, la réalité de la politique agricole actuelle est bien plus complexe. Au Luxembourg, où environ 50 % du territoire est consacré à l’agriculture, ce lien est au cœur du débat.

Pendant trois jours, des représentants du secteur agricole, du commerce et de la recherche scientifique ont attiré les visiteurs à la Foire agricole pour leur présenter fièrement ce que le Luxembourg et la région frontalière ont à offrir. Ettelbrück, qui se qualifie volontiers de « capitale » du Grand-Duché pendant cette période, a une nouvelle fois battu plusieurs records : sur une superficie sans précédent de 9,2 hectares, environ 47 000 visiteurs se sont pressés – un chiffre qui a dépassé les attentes, après les 45 000 visiteurs recensés l’année dernière. 350 exposants avaient installé leurs stands, et plus de 40 producteurs locaux proposaient leurs produits sur un marché. Par ailleurs, le plus grand événement « anti-Gaspill » du Grand-Duché a célébré plusieurs anniversaires, dont les 130 ans de Luxlait.

Et pourtant, ce salon n’a pas seulement servi de vitrine aux innovations et aux traditions agricoles : il a également donné lieu à des critiques à l’égard de la politique agricole.

Le matin précédant l’inauguration, la Centrale des agriculteurs s’est plainte dans son journal *De Lëtzebuerger Bauer* que « le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Environnement ne semblent toujours pas s’entendre mieux qu’à l’époque de Gambia ». Mais lors de l’inauguration de la Foire agricole, Serge Wilmes a souligné que la ministre de l’Agriculture et le ministre de l’Environnement travaillaient en étroite collaboration pour soutenir les agriculteurs face à la crise climatique, mettant ainsi en avant leur front commun. « C’est agréable d’entendre que cela se fait ensemble », s’est réjoui le présentateur. Car cela ne va pas de soi : les nombreuses contraintes environnementales imposées par l’UE posent des défis considérables aux agriculteurs pour leurs exploitations, ce qui a donné lieu, en début d’année, à de nombreuses manifestations et blocages, comme récemment en février à Bruxelles. Pour les partis populistes de droite, cette situation offre une occasion de gagner des voix : en Allemagne, lors des dernières élections européennes, de nombreux agriculteurs ont voté pour l’AfD. Aux Pays-Bas, le Parti des agriculteurs fait partie du nouveau gouvernement de droite.

En tant que spécialiste en agronomie, ancienne directrice du Lycée technique agricole et actuelle ministre de l’Agriculture, Martine Hansen (CSV) était tout à fait dans son élément. Après l’inauguration, elle s’est mêlée à la foule lors du « Patt ». Interrogée sur les allégations parues dans le Lëtzebuerger Bauer, elle a répondu : « Ce ne sont que des rumeurs. »

Christian Wester, président de la Fédération des agriculteurs, a donné libre cours à sa colère sur Radio 100,7 au lendemain de la Foire agricole. Il a critiqué non seulement la lenteur des améliorations apportées à la situation des agriculteurs, mais aussi la loi européenne sur la renaturation récemment adoptée, ainsi que l’absence de progrès dans la simplification des projets de construction dans les zones vertes.

Le Conseil de l’agriculture, qui s’est réuni le 4 mars, avait décidé de simplifier les procédures relatives aux projets de construction dans les zones vertes afin de faciliter la planification pour les agriculteurs. Mais « certaines choses n’avancent tout simplement pas aussi vite que nous l’aurions souhaité », explique M. Wester au journal Land. Par exemple, les directives précises relatives à la construction dans les zones vertes resteraient encore floues et « peu transparentes ». Lors de la table ronde agricole, la Fédération des agriculteurs et d’autres associations ont plaidé en faveur de fermes plus spacieuses, tant pour les logements que pour les bâtiments d’exploitation tels que les étables, afin que plusieurs générations de familles d’agriculteurs puissent travailler et vivre sur une même exploitation.

La loi européenne sur la renaturation a été soutenue non seulement par diverses organisations de la société civile au Luxembourg, telles que le Mouvement Écologique et Natur an Ëmwelt, et en particulier par les Verts, mais aussi au sein du Conseil des ministres de l’Environnement de l’UE, où elle n’a toutefois été adoptée qu’à une très courte majorité. Ce projet a longtemps été au cœur de polémiques au sein de l’UE, où, notamment en Autriche, la ministre de la Protection du climat, Leonore Gewesseler, a été accusée d’abus de pouvoir pour avoir approuvé la loi européenne sur la renaturation. En effet, cette loi exige que les États membres de l’UE restaurent, d’ici 2030, au moins 30 % des habitats jugés en « mauvais état » pour leur redonner un état plus naturel, comme par exemple les forêts, les tourbières, les prairies, les lacs et les rivières. Cela pose donc également des défis aux agriculteurs. Selon Christian Wester, cela pourrait « restreindre » encore davantage les agriculteurs, notamment en ce qui concerne l’utilisation « de produits phytosanitaires et d’engrais minéraux ».

Il n’est pas étonnant que les nouvelles responsabilités et dispositions de la loi européenne sur la renaturation suscitent des craintes chez les agriculteurs, car ceux-ci doivent s’adapter et repenser l’avenir de leurs exploitations. Il est donc important d’intensifier le dialogue entre les acteurs de la protection de la nature et de l’environnement, d’une part, et le secteur agricole, d’autre part. Si, d’une part, l’avenir de l’agriculture réside dans des pratiques durables et que, d’autre part, le Luxembourg est un pays où les salaires sont élevés, il n’est peut-être pas exagéré d’affirmer que l’agriculture doit être réinventée dans notre pays.Comme les agriculteurs souhaitent rester des entrepreneurs et ne veulent pas se transformer en défenseurs de la nature mandatés par l’État, le débat politique à ce sujet s’annonce houleux. L’image d’Ettelbrück, capitale agricole, n’est donc pas si éloignée de la réalité pendant ces trois jours de salon agricole. p