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Économie nationale 12 min de lecture

40 heures, ça ne peut pas durer

Le LSAP prépare le terrain pour relancer sa promesse électorale concernant la réduction du temps de travail avec maintien intégral du salaire. Cette fois-ci, les autres grands partis devraient être contraints de prendre position.

Article paru dans Édition mai 2022
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« J’ai l’impression que la campagne électorale a déjà commencé », a déclaré Jean-Paul Olinger, directeur de l’Union des entreprises luxembourgeoises, en jetant un regard en direction de Georges Engel, ministre du Travail du LSAP. C’était jeudi dernier, lors d’une émission « Kloertext » diffusée sur RTL et consacrée à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Olinger semblait s’en prendre un peu à Engel à cette occasion. Il y a quatre semaines, le ministre du Travail avait conclu, de manière on ne peut plus évidente, une alliance politique avec son prédécesseur, Dan Kersch, devant la Chambre des députés. Kersch, député depuis janvier, avait suggéré d’envisager une réduction générale du temps de travail, même si cela ne figure pas dans le programme de coalition. Engel avait alors annoncé une « étude » « afin d’objectiver le débat ». Deux semaines plus tard, lors du « Printemps des entreprises » organisé par la Fedil, le Premier ministre du DP, Xavier Bettel, a clairement indiqué que ce débat n’aurait pas lieu sous le gouvernement actuel. « Ceux qui souhaitent une réduction générale du temps de travail doivent l’inscrire dans leur programme électoral. »

Il y a donc bien sûr déjà un peu d’ambiance de campagne électorale. Dan Kersch, membre de l’aile gauche du parti et l’un des stratèges les plus doués du LSAP, a saisi l’occasion offerte par le passage à la semaine de travail de quatre jours dans le pays voisin, approuvé en mars par le gouvernement belge. « D’ailleurs », a déclaré M. Kersch au Parlement, la semaine de 38 heures est en vigueur en Belgique. Et il a ajouté que la semaine de 40 heures au Luxembourg ne pouvait « pas rester telle quelle ».

C’est ce qui figurait en 2018 dans le programme électoral du LSAP, qui promettait une semaine de 38 heures. Faire du droit du travail un thème de campagne électorale constituait une démarche assez spectaculaire, car ces questions relèvent principalement du dialogue social. La semaine de 40 heures est en vigueur au Luxembourg depuis les années 1970. Les conventions collectives peuvent prévoir une durée inférieure, tout comme les accords d’entreprise. Mais cela n’a rien à voir avec une réduction légale du temps de travail, qui s’accompagnerait d’une compensation salariale intégrale. Il s’agirait là d’une redistribution générale des gains de productivité. Le tête de liste Etienne Schneider a tenu à ce que cela soit bien compris : le LSAP serait « très clairement en faveur d’une réduction du temps de travail à salaire égal ». La numérisation, la robotisation et l’intelligence artificielle permettent des gains de productivité croissants avec moins de salariés. Il ne saurait « être question que cela profite uniquement aux entrepreneurs » (d’Land, 10 août 2018).

Le LSAP souhaite aujourd’hui revenir sur la promesse électorale de l’époque. Même s’il le fait avec prudence, afin de ne pas compromettre la cohésion de la coalition. « Je ne suis pas là pour jouer au jeu du couteau sous la gorge ! », affirme Georges Engel au journal *Le Land*. Il a bien sûr compris ce que le Premier ministre pense d’une réduction générale et légale du temps de travail. Il a toutefois été convenu dans l’accord de coalition de « discuter de l’organisation du temps de travail ». L’étude servira à cela et fournira des « données précises ».

Il semble qu’il n’y ait pas de données précises à ce sujet. Lorsque Georges Engel et Dan Kersch abordent la question du temps de travail, ils citent des chiffres anciens ou des sources secondaires. Au Parlement, M. Engel a fait référence à un document du Statec datant de 2019. Selon ce document, la durée annuelle moyenne de travail des salariés à temps plein au Luxembourg s’élevait à 1 701 heures. En Allemagne, elle était de 1 617 heures, en France de 1 544 et en Belgique de 1 495 heures. La différence par rapport à la Belgique correspond à 26 jours ouvrés, a résumé le ministre du Travail.

Dan Kersch a donné des chiffres tirés d’une enquête récente de la Chambre de commerce autrichienne. Par rapport au Luxembourg, les différences sont parfois plus marquées, parfois moins : On parle de 1 574 heures par an en Allemagne, 1 610 en France, 1 746 en Belgique et 1 791 chez nous. La moyenne dans la zone euro s’élève à 1 672 heures par an.

On remarque que le ministre et son prédécesseur établissent des comparaisons avec les pays voisins. Ils pourraient également mentionner que, selon Eurostat, l’office statistique de l’UE, la durée hebdomadaire moyenne du travail à temps plein au Luxembourg s’élevait à 41,2 heures en 2021. Dans la partie économiquement forte de l’Europe, elle n’était plus longue qu’en Suède (41,6), en Autriche (41,8) et en Suisse (43,3). Mais cette référence aux pays voisins vise à élever le débat à un niveau supérieur : avant que l’on ne reparle peut-être, lors de la campagne électorale, de progrès social et de répartition des gains de productivité, comme en 2018. Aujourd’hui, Engel et Kersch tentent de présenter la durée du travail comme un facteur d’attractivité. Le Luxembourg doit « rester attractif », affirme Engel. « Nous voulons attirer des talents. » Mais peut-être que des Belges, des Françaises ou des Allemands, en constatant la durée du temps de travail au Luxembourg, en viendraient à conclure qu’ils préfèrent chercher un emploi dans leur pays d’origine. Le trajet domicile-travail passé dans les embouteillages pèse également dans la balance.

Compte tenu du désaccord avec l’OGBL concernant l’accord tripartite et l’indice, le LSAP a bien besoin d’un sujet susceptible de favoriser une réconciliation avec le plus grand syndicat, qui lui est traditionnellement proche. C’est peut-être pour cette raison que Georges Engel va assez loin pour un ministre du Travail, dont la mission est en réalité de mettre en œuvre l’accord de coalition. À propos de l’étude prévue, il a déclaré au Luxemburger Wort le 13 mai dans une interview : « L’objectif est très clairement une réduction du temps de travail. Il reste à déterminer comment elle sera mise en œuvre. » Et bien qu’en Belgique, on travaille 26 jours de moins qu’au Luxembourg, le pays « n’est pas à genoux sur le plan économique ».

Dans les milieux d’affaires, cela suscite des réactions : « On poursuit ici un objectif qui ne figure pas dans l’accord de coalition », déplore le directeur de l’UEL, M. Olinger, dans une interview accordée au journal *Land*. « On veut financer avec des fonds publics une étude qui servira la cause du LSAP pendant la campagne électorale. » Le débat sur une réduction légale du temps de travail dès à présent est quelque chose « dont nous n’avons absolument pas besoin ». Là où le temps de travail peut être réduit dans les entreprises, on peut le faire et on le fait. Le réduire de manière générale poserait à de nombreuses entreprises des problèmes organisationnels pratiquement insurmontables : « Il faudrait alors davantage de personnel. Or, nous sommes pratiquement en situation de plein emploi. Comment cela serait-il possible ? »

C’est dans ce contexte que, depuis plus de 20 ans, une réduction générale du temps de travail est jugée irréalisable. En 1998, un accord tripartite avait prévu une flexibilisation du temps de travail. En contrepartie, une réduction du temps de travail avait été promise aux syndicats. Mais aucun gouvernement n’a ensuite été disposé à tenir cette promesse. Depuis lors, la réduction du temps de travail s’appelle « horaires de travail plus flexibles ». Ceux-ci peuvent être négociés au niveau de l’entreprise ou du secteur et sont inscrits dans un plan d’organisation du temps de travail (Pot). Mais même le ministre ignore où cela a exactement mené jusqu’à présent : l’institut de recherche Liser serait en train d’étudier les répercussions de la dernière mise à jour de la loi sur le POT en 2016. « À ma connaissance, 130 entreprises ont été analysées jusqu’à présent », déclare Georges Engel.

Au sein de l’OGBL, on ne se fait pas beaucoup d’illusions quant à la possibilité de voir s’engager prochainement un débat sur la réduction du temps de travail avec maintien intégral du salaire. « Le fait que ce sujet soit abordé sur le plan politique est bien sûr une bonne chose », déclare Frédéric Krier, responsable de la politique du travail au sein de l’exécutif de l’OGBL. « Mais on nous avait d’abord promis une étude. Ce sera donc une tâche pour le prochain gouvernement. » M. Krier rappelle que l’OGBL avait réclamé, pendant la campagne électorale, une sixième semaine de congés payés. Sous la nouvelle coalition DP-LSAP-Verts, ce sont finalement un 26e jour de congé légal et un jour férié supplémentaire le 9 mai qui ont été accordés. M. Krier sait que la question du temps de travail est complexe : dans les conventions collectives en vigueur, le temps de travail est calculé sur la base de « périodes de référence » allant d’une semaine à douze mois. La norme légale est d’un mois. Depuis 2016, des jours de congé supplémentaires doivent être accordés à titre de compensation en cas de dérogation à la norme. « La grande majorité des entreprises sont restées sur un mois », explique M. Krier. Ainsi, une réduction générale du temps de travail, si elle venait à être mise en place, devrait modifier le cadre et adapter les périodes de référence, qui sont un concept issu de la directive européenne sur le temps de travail.

Sur le plan politique, le débat sur le temps de travail est désormais considéré comme une question d’« équilibre entre vie professionnelle et vie privée ». Cela sonne bien, un peu ésotérique, et ne fait pas penser à une lutte des classes pour des gains de productivité. Tout le monde peut s’y rallier. Même le DP, qui ne veut pas entendre parler de réduction du temps de travail avec compensation salariale intégrale. Lors d’une conférence de presse conjointe avec Georges Engel jeudi dernier, la ministre de la Famille et présidente du DP, Corinne Cahen, a répondu à la question du journal « Land » sur ce qu’elle pensait des réflexions d’Engel concernant la réduction du temps de travail : « la réforme du congé parental », qui a eu lieu en 2016, « me tenait particulièrement à cœur ». Elle voyait déjà les choses ainsi lorsqu’elle était encore chef d’entreprise et membre de la Chambre de commerce.

En effet, c’est surtout chez les trentenaires que semble prévaloir le sentiment de trop travailler. Dans l’indice de qualité du travail calculé par l’Université du Luxembourg pour la Chambre des salariés, on demande également aux participants à l’étude, depuis 2018, si leur temps de travail effectif correspond à leur « temps de travail souhaité ». « Une part croissante des personnes interrogées répond par la négative », explique Philipp Sischka, chercheur au département de recherche sur le comportement et la cognition de l’université. Alors qu’en 2018, un tiers des personnes interrogées répondaient par la négative, ce chiffre n’a cessé d’augmenter depuis. Ils étaient près de 44 % en 2021. « Ce sont surtout les femmes et les personnes âgées de 35 à 44 ans qui s’expriment ainsi », précise M. Sischka. Il suppose qu’il s’agit de personnes dans la trentaine qui doivent concilier vie professionnelle et vie familiale, et que cette tendance serait plus évidente si l’on redéfinissait les tranches d’âge.

L’indice « Quality of Work » fournit toutefois d’autres résultats : ceux qui souhaitent travailler moins veulent souvent réduire leur temps de travail de manière significative. En 2021, la médiane de la réduction souhaitée du temps de travail s’élevait à cinq heures : la moitié des personnes interrogées souhaiterait réduire son temps de travail de plus de cinq heures, tandis que l’autre moitié souhaiterait le réduire de cinq heures au maximum, voire moins. De plus, parmi les frontaliers interrogés dans le cadre de cet indice, un Belge sur deux et un Français sur trois estimaient travailler trop.

La question est de savoir si cela tient uniquement à la durée du temps de travail, jugée trop longue, ou davantage au long trajet jusqu’à Luxembourg. On peut également se demander si cela peut être considéré comme un désavantage concurrentiel pour la région. Selon les résultats des élections législatives qui se tiendront le mois prochain en France, le salaire minimum pourrait y être revu à la hausse. Si l’on ajoute à cela la semaine de 35 heures et les embouteillages sur l’A3 en direction du Grand-Duché, la France pourrait bien devenir un lieu de travail plus attractif.

Cette étude apportera peut-être des éclaircissements supplémentaires au ministre du Travail. On ignore encore quand elle sera disponible et qui sera chargé de la réaliser ; le ministère est encore en train de rédiger le cahier des charges de cette mission. Il y a en tout cas beaucoup à examiner. Par exemple, l’impact des comptes de temps de travail introduits il y a deux ans dans le secteur privé. Cet outil est si récent que même le ministre ne peut pas dire d’emblée comment il fonctionne dans la pratique. « Mais je peux faire en sorte que cela soit étudié. » Au final, ce sera surtout au LSAP de décider ce qu’il fera de cette étude. Et s’il promet à nouveau une réduction du temps de travail avec compensation salariale intégrale, s’il en fera une « ligne rouge » pour d’éventuelles négociations de coalition. En 2018, elle s’en était abstenue. De sorte que l’on a pu attribuer aux électeurs ou aux partenaires de coalition la responsabilité du fait que rien n’avait changé concernant la semaine de 40 heures. En 2023, il se pourrait que les autres partis soient contraints de se positionner. C’est sans doute là que réside le calcul de Dan Kersch. Le directeur de l’UEL n’en présage rien de bon. « Après tout, nous sommes aussi en guerre ! »