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Économie nationale 6 min de lecture

Dans l’économie de la connaissance

Peut-être n'y a-t-il plus grand-chose à améliorer dans le système d'innovation luxembourgeois

Article paru dans Édition novembre 2025
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En juillet, la Commission européenne a publié le tableau de bord de l’innovation 2025. Celui-ci évalue les performances des pays de l’UE en matière d’innovation à l’aide de 33 indicateurs, allant du nombre de doctorats délivrés à la productivité du travail. Dans ce rapport, le Luxembourg est qualifié de « Strong Innovator » et occupe la septième place parmi les 27 États membres de l’UE (derrière la Belgique). Par rapport à 2018, son indice d’innovation n’a toutefois progressé que de 0,9 point de pourcentage, alors que celui de l’ensemble de l’UE a augmenté de 12,6 points. Le Luxembourg ne serait donc pas beaucoup plus innovant qu’il y a sept ans. À première vue, cela ne semble pas très encourageant.

Parmi les voix qui s’expriment le plus souvent en public sur le thème de l’innovation figure la Fondation Idea, un groupe de réflexion créé par la Chambre de commerce. Lors de la campagne électorale de 2018, Idea avait rédigé plusieurs articles sur le thème de la recherche et de l’innovation. Elle avait suggéré de doter la recherche publique d’une stratégie visant l’« excellence » et la « valorisation » de ses résultats, ainsi que de renforcer les incitations fiscales en faveur de la recherche et du développement (R&D) dans les entreprises. Et de veiller à la mise en place d’un plus grand nombre de partenariats public-privé, également accompagnés de subventions. Aujourd’hui, Vincent Hein, directeur d’Idea, constate : « Au fond, tout cela a été mis en œuvre. » Le fait que le Luxembourg doive développer une « économie de la connaissance » fait d’ailleurs l’objet d’un consensus politique.

Alors que tant d’efforts ont été déployés sur le plan politique, il est surprenant que le Luxembourg ne soit guère plus innovant qu’en 2018. La Commission européenne ne mesure-t-elle pas tous les aspects ? Ou bien le lien entre la connaissance et l’économie n’est-il peut-être pas correct ?

Il serait certainement erroné de supposer cela. La création de l’Université du Luxembourg en 2003 et celle de centres de recherche publics dans les années 90 ont constitué d’énormes avancées en matière de savoir pour la société, qui ont également contribué à renforcer la capacité d’innovation de l’économie. Le rapport de l’UE sur l’innovation en tient compte ; à cet égard, le Luxembourg obtient d’excellents résultats : en termes de nouveaux doctorats décernés, le Grand-Duché occupe la première place du classement. Il occupe la 2e place pour les publications scientifiques particulièrement citées. Il occupe également la 2e place pour les publications issues de partenariats public-privé (PPP). Et dans aucun autre État membre de l’UE, la proportion de doctorants étrangers n’est aussi élevée qu’ici. Étant donné que près de 70 % des titulaires d’un doctorat exercent ensuite leur activité professionnelle au Luxembourg, les écoles doctorales constituent un réservoir important de « talents ».

Le Luxembourg obtiendrait sans doute de bien meilleurs résultats dans les classements en matière d’innovation (celui de la Commission européenne n’est pas le seul) si le secteur privé investissait davantage dans la R&D. Le tableau de bord de Bruxelles qualifie ce point faible du Luxembourg de « talon d’Achille » (23e place), « qui nuit aux classements par ailleurs exceptionnels du pays ». Mario Grotz, PDG de l’agence d’innovation Luxinnovation, propose à cet égard une série d’explications liées à la structure économique particulière du pays (à partir de la p. 33). En 2018, Idea avait souligné que l’intensité des dépenses de R&D dans le secteur privé, par rapport au produit intérieur brut, avait diminué. Elle s’élevait encore à 0,95 % du PIB en 2010, contre 0,7 % en 2016. Aujourd’hui, le directeur d’Idea, M. Hein, ajoute : « En 2024, elle s’élevait à 0,48 % et les dépenses des entreprises avaient même diminué en volume. » Elles sont passées de 400 millions d’euros en 2023 à 380 millions l’année suivante.

Le fait que l’État propose des aides à l’innovation, notamment des aides très ciblées sur la numérisation et la transition énergétique, et qu’un abattement fiscal ait en outre été récemment mis en place pour ces deux domaines, va à l’encontre de cette tendance. Selon Vincent Hein, cela revient au « chèque » pour l’innovation que l’association Idea avait recommandé d’introduire en 2018. Cela se traduit peut-être par le fait que, selon le tableau de bord de la Commission européenne, l’indice de performance des petites et moyennes entreprises ayant innové en matière de produits et de processus était, en 2025, respectivement supérieur de 15 % et de 11 % à celui de 2024. De plus, les petites et moyennes entreprises innovantes coopèrent de plus en plus entre elles. Vincent Hein estime à environ 20 le nombre d’entreprises à forte intensité de R&D, que l’on trouve principalement dans le secteur industriel.

Cependant, le recul des dépenses de recherche et développement dans le secteur privé s’explique également par des décisions politiques, même s’il est difficile d’en évaluer l’ampleur. En 2003, par exemple, la part des dépenses privées de R&D s’élevait encore à 1,4 % du PIB, un chiffre énorme par rapport à aujourd’hui. On ignore toutefois les raisons exactes de ce recul constant, qui a conduit récemment à un niveau de 0,48 %. Mais la politique de recherche et d’innovation vise également à favoriser le transfert de technologies des universités et des instituts de recherche vers les entreprises. C’est de là que provient le financement des partenariats public-privé (PPP), notamment par le biais des programmes du Fonds national de la recherche (FNR). Lorsque, dans le cadre de ces PPP de recherche, des entreprises embauchent des doctorants, cela fait également l’objet d’un financement. Les dépenses publiques et privées en matière de recherche ne sont donc plus tout à fait dissociables. Les fonds publics réduisent les coûts des innovations dans le secteur privé et les rendent plus rentables. De plus, grâce à des dépenses ciblées en faveur de la numérisation et de la transition énergétique, l’État oriente politiquement les innovations vers un capitalisme vert, censé contribuer à la réalisation des objectifs climatiques tout en restant rentable. Si la première entreprise industrielle utilise l’hydrogène vert comme combustible, cela constituera une innovation majeure en matière de procédés
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Peut-être que le système d’innovation au Luxembourg fonctionne si bien qu’il n’y a plus grand-chose à améliorer. En tout cas, pas fondamentalement. Et si le Global Entrepreneurship Monitor 2024/2025, dont l’édition consacrée au Luxembourg est parue en octobre, a raison, alors l’esprit d’entreprise est en plein essor. Le Luxembourg participe à ce monitor, lancé en 1999 en tant que projet international, depuis 2013. Le Statec y contribue. Selon le nouveau GEM, les intentions déclarées de créer une entreprise ont atteint en 2024 un niveau jamais vu depuis l’adhésion du Luxembourg au projet GEM, dépassant ainsi nettement la moyenne de l’UE. La crainte d’échouer en tant qu’entrepreneur n’a jamais été aussi faible qu’en 2024. Le Global Entrepreneurship Monitor commente : « Cela fait du Luxembourg l’un des pays où la peur de l’échec a le plus fortement diminué, le plaçant ainsi en dessous de la moyenne européenne. » Pour une économie qui se veut innovante, c’est une bonne nouvelle, car les innovations peuvent bien sûr aussi échouer.