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Économie nationale 5 min de lecture

Couvrir, couvrir, couvrir

Peut-être que l'électricité ne sera plus jamais aussi bon marché qu'au début de l'année 2021

Article paru dans Édition février 2024
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Les petits consommateurs se verront créditer cette année 115,50 euros par mégawattheure d'électricité. Un foyer type consomme chaque année © Photo : Sven Becker

Lorsque la Tripartite a décidé, en septembre 2022, de plafonner les prix de l’électricité et du gaz pour les petits consommateurs, cette mesure était prévue pour une durée limitée jusqu’à fin 2023 : pendant cette période, le prix du gaz ne devait pas dépasser de plus de 15 % le niveau de septembre 2022 sur la facture. Quant au prix de l’électricité, il ne devait pas augmenter du tout.

Mais quatre mois plus tard à peine, Claude Turmes (Les Verts), alors ministre de l’Énergie, déclarait au journal *d’Land* qu’il s’attendait à ce que les prix de l’énergie « restent élevés en 2024 et 2025 et que les mesures de soutien doivent être maintenues » (d’Land, 13 janvier 2023).

Turmes semble donc avoir eu raison. La prolongation jusqu’à fin 2024 a été décidée par la Tripartite en mars 2023. En vue d’une prolongation jusqu’à fin 2025, le ministre de l’Économie Lex Del-
les (DP) compte soumettre prochainement une proposition au Conseil d’État. Comme il y a un an, on redoute le « choc inflationniste » qui pourrait se produire dès que les plafonds de prix seront levés. La semaine dernière, le Statec avait calculé que l’évolution de l’inflation au cours des derniers mois avait été plus modérée que ce qui avait été prévu à l’automne. Ainsi, en l’état actuel des choses, il faudrait s’attendre à un taux d’inflation annuel de 2,2 % pour 2024. En revanche, elle devrait dépasser les 3 % tout au long de l’année 2025 si les plafonds tarifaires venaient à être supprimés au 1er janvier. Les prix du gaz sur les factures pourraient alors augmenter de 17 %, et ceux de l’électricité, jusqu’à 60 %.

Le gouvernement est bien sûr inquiet, car de tels scénarios s’apparentent à des hausses indexées. Sans les plafonds de prix, comme l’indique le Statnews 05/2024 du 8 février, le taux d’inflation annuel aurait atteint 7,6 %, 6,6 % l’année dernière et s’élèverait probablement à 3,3 % cette année. Ce qui aurait donné lieu à sept tranches d’indexation entre mars 2022 et le dernier trimestre de cette année. Grâce à ces plafonds, le taux d’inflation dans notre pays est toutefois l’un des plus bas de la zone euro ; le Statec ne prévoit pas de nouvelle tranche d’indexation avant le quatrième trimestre de cette année, et si les plafonds venaient à expirer en fin d’année, la prochaine tranche ne devrait intervenir qu’au troisième trimestre 2025.

La semaine précédant Noël, on avait déjà pu entrevoir comment la suppression des plafonds se répercuterait concrètement sur les factures : l’autorité de régulation ILR a fixé le montant du crédit dont bénéficieront les consommateurs sur leur facture grâce au plafond tarifaire de l’électricité. Alors que le prix du gaz est réduit grâce à des versements du Trésor public aux fournisseurs, le plafonnement du prix de l’électricité s’effectue par le biais du fonds de compensation. Les petits comme les grands consommateurs versent des contributions à ce fonds afin de compenser les surcoûts supportés par les gestionnaires de réseau lorsqu’ils injectent dans le réseau de l’électricité verte produite au Luxembourg à des tarifs préférentiels, au lieu de l’acheter sur la bourse de l’électricité, où elle est souvent (mais pas toujours) moins chère. Ceux qui consomment moins de 25 mégawattheures par an – ce qui concerne non seulement les particuliers, mais aussi les petites entreprises – se verront créditer cette année 115,50 euros par mégawattheure. Pour un foyer type consommant quatre mégawattheures par an, cela représente 462 euros. Sans le plafonnement du prix de l’électricité, la facture serait déjà plus élevée de ce montant.

Si le plafonnement des prix est prolongé jusqu’à fin 2025, la question passionnante de savoir comment les choses évolueront en 2026 pourrait se poser dans un an. Peut-être. En effet, dans sa Note de conjoncture 1/2023, le Statec avait constaté que les fournisseurs d’électricité luxembourgeois s’approvisionnent à très long terme sur le marché européen : « Les volumes d’électricité sont en effet acquis quelques années avant la date où ils sont fournis » (p. 100).

La date à laquelle les commandes ont été passées pourrait s’avérer déterminante. À l’heure actuelle, sur la bourse européenne de l’électricité EEX, dans le cadre des contrats à terme, une livraison prévue pour l’année prochaine coûte 81 euros le mégawattheure d’électricité de base et 91 euros pour l’électricité de pointe. Il s’agit là des prix pratiqués sur le marché allemand ; le Luxembourg fait partie de la « zone de régulation » allemande. Pour 2026, les prix sont plus bas : 76 euros le mégawattheure d’électricité de base, et un peu moins de 87 euros pour l’électricité de pointe.

Ce prix reste nettement supérieur aux 50 euros que coûtait un mégawattheure de base avant l’été 2021, avant que les marchés de l’énergie ne soient bouleversés à l’échelle mondiale. Il y a un an, cependant, un mégawattheure de base se négociait à 160 euros sur l’EEX. À l’époque, cela était considéré comme « rassurant », car le prix s’élevait encore à 220 euros fin 2022 (d’Land, 17 février 2023). Mais depuis début 2023, 2026 n’est plus si loin, d’autant plus que les fournisseurs commandent leur électricité « quelques années » à l’avance. À cela s’ajoute le fait que la bourse de l’électricité intègre également dans ses prix le coût de la mise en œuvre de la « transition énergétique » en Allemagne. Tout comme elle avait intégré l’année dernière, sur le marché à terme français, les coûts liés aux réparations nécessaires des centrales nucléaires. Il est fort possible que le prix de l’électricité au Luxembourg augmente de manière structurelle et qu’il ne redescende plus jamais au niveau où il se situait avant l’été 2021.