Une musique pop résonne depuis les enceintes. Il y a une semaine samedi, environ 150 agriculteurs se sont rassemblés à Ettelbrück pour assister à un salon d’élevage organisé par Convis. Cinq vaches laitières Holstein pie noir et blanc tournent en rond dans la paille. Des projecteurs fixés au plafond éclairent l’arène, mettant en valeur les mamelles et les animaux fraîchement brossés. Les éleveurs tiennent les vaches par le licol et marchent devant elles. Les yeux grands ouverts, les vaches tentent d’observer les personnes qui se trouvent devant elles. Elles avancent néanmoins tranquillement en cercle et semblent sereines. Après quelques tours, la jurée décerne ses distinctions. Les cheveux blonds attachés, vêtue d’une veste noire et un micro à la main, elle explique ses choix : elle a constaté « une texture de pis fine » ou « des mouvements précis, beaucoup de calibre – une ligne supérieure ferme ». Elle a devant elle un « bon type laitier ». Une autre fois, elle fait l’éloge d’une vache : « Une très bonne qualité osseuse », « de bons membres » et « un charisme féminin » l’ont convaincue. Les agriculteurs tiennent entre leurs mains une brochure sur laquelle sont notés l’âge de la vache ainsi que son rendement laitier annuel – en moyenne, environ 9 500 litres. Les vainqueurs s’appellent souvent Pit Bosseler, de Limpach, ou Claude Thein, de Goebelingen.
Vêtu d’une chemise blanche et d’un harnais noir portant son numéro de dos, Marc Vaessen, président de la section « Vaches laitières » chez Convis, est adossé à une barrière. Pourquoi participe-t-il au concours d’éleveurs ? Entre les lignes, il laisse entendre que cette participation permet de renforcer sa réputation. Les récompenses ne se traduisent toutefois pas forcément en gains financiers. Les vaches primées lors du concours se vendent environ 3 000 euros. De plus, le concours est une tradition annuelle qui permet de rencontrer des collègues : « C’est surtout à cette période-là qu’on a le temps de faire ce genre de choses. » Et qu’en est-il du secteur laitier ? « Les bénéfices sont maigres. Si l’on additionne tous les coûts, la marge bénéficiaire s’élève à 5 centimes par litre. » Les exploitations vendent en effet le lait à 55 centimes le litre, mais il faut en déduire 50 centimes de frais. C’est ce qu’ont révélé les calculs de Convis. Il est toutefois difficile de faire des généralités, explique M. Vaessen. En agriculture, de nombreuses variables entrent en jeu, telles que l’amortissement des machines, la santé animale, les investissements et les achats malavisés, ainsi que les fluctuations des subventions et des primes. « Chaque exploitation est différente. » Le pic de l’épidémie actuelle de fièvre catarrhale ovine est désormais derrière nous. « Cet été, nous avons constaté des naissances prématurées dans deux cas sur dix et une baisse de production d’environ trois à quatre litres de lait par vache. »
Deux jours après le salon de l’élevage, les derniers chiffres du rapport économique agricole national (SER) seront présentés. Par rapport à l’année précédente, le résultat courant moyen (RC) de 2023 a baissé de 29 % pour s’établir à 83 400 euros par exploitation. En 2022, les prix à la production avaient toutefois été exceptionnellement élevés, ce qui explique que ce recul n’ait surpris personne dans le secteur. L’année dernière encore, c’est dans les secteurs de la production laitière et de l’élevage de vaches allaitantes que les prix à la production ont été les plus élevés. Actuellement, 37 % des exploitations sont spécialisées dans l’élevage laitier et 23 % dans l’élevage de vaches allaitantes. Le SER se montre optimiste pour l’année 2024 : une nouvelle hausse des bénéfices est prévue, car les prix des engrais et de l’énergie ont baissé. On ignore toutefois combien d’heures de travail ont été nécessaires pour générer le bénéfice de chaque exploitation – ces données ne sont pas systématiquement enregistrées dans les exploitations. On estime que les agriculteurs à titre principal travaillent environ douze heures par jour.
Derrière le comptoir, pendant le salon Holstein, se trouvent les collaborateurs de Convis : des agronomes spécialisés dans l’élevage bovin, l’alimentation animale, le placement d’animaux et l’insémination. 12 000 exploitations sont affiliées à Convis, une coopérative. Vêtus de blousons imperméables, les employés servent du vin chaud et sortent des bouteilles de bière du réfrigérateur. Les agriculteurs sont venus vêtus de doudounes sombres. Dehors, le thermomètre frôle la barre des zéro degré. Dès 1874, des ventes aux enchères de bétail d’élevage étaient organisées. Ce n’est toutefois qu’en 1923 qu’une organisation faîtière nationale, l’Association du livre généalogique, a vu le jour, dont est issue Convis en 2005. Les premières ventes aux enchères de bétail d’élevage voyaient encore parfois participer les bovins ardennais roux indigènes. À l’époque, il s’agissait avant tout d’identifier de bons taureaux reproducteurs. Dans le Luxemburger Wort , on trouvait encore, au milieu du XXe siècle, la liste des prix atteints lors des ventes aux enchères, ainsi que les noms et lieux de résidence des acheteurs. Lors de la vente aux enchères de juillet 1951 sur le Glacis, on trouve par exemple le nom d’un oncle du député européen DP Charles Goerens, qui a acheté une vache pour 17 000 francs. Les acheteurs venaient de villages agricoles typiques. Sur la liste figuraient des localités telles que Cruchten, Rippweiler, Schandel, Berdorf, Michelbuch, Ospern et Consdorf.
Alors qu’à ses débuts, l’association du livre généalogique, c’est-à-dire Convis, était axée sur le placement de bétail, elle s’est diversifiée dans les années 1980 en proposant des services de conseil. Depuis le début du millénaire, la collecte de données pour la protection de l’eau et de l’air fait également partie des missions de la coopérative. L’association d’éleveurs est devenue un véritable partenaire de recherche : Convis intègre ses conclusions dans les travaux du List (Luxembourg Institute of Science and Technology). Par ailleurs, dans le cadre d’un projet pilote, l’alimentation animale est analysée sur huit exploitations afin d’évaluer les teneurs en azote. Des résultats significatifs sont attendus pour juillet 2025. Contexte : ces dernières années, la question de l’ammoniac a fait l’objet de débats de plus en plus nombreux, notamment parce que la Commission européenne a convenu avec le gouvernement tripartite de l’époque que le Luxembourg devait réduire ses émissions d’ammoniac de 22 % d’ici 2030 par rapport à 2005.
L’ammoniac est une forme d’azote réactif qui est principalement libéré par le fumier et le lisier et qui est produit lors de l’élevage en stabulation des animaux de rente. Les résidus de fermentation issus des installations de biogaz ainsi que les engrais azotés minéraux constituent également des sources d’ammoniac. L’ammoniac, qui est un élément nutritif, devient un polluant lorsqu’il est présent en quantités excessives : en tant que composant des particules fines, il a des effets néfastes sur les voies respiratoires. Un document publié cette année par le programme européen d’observation de la Terre Copernicus indique qu’environ 300 000 personnes meurent prématurément chaque année dans l’UE en raison de la pollution aux particules fines. Dans les cours d’eau, l’ammoniac peut favoriser la prolifération des algues et la formation de protoxyde d’azote.
L’azote n’est pas une substance rare, mais il est rarement disponible. L’air est composé à 78 % d’azote inactif. Lorsque nous inspirons, cet azote ne subit aucune transformation : nous l’expirons simplement, car il est solidement lié à d’autres atomes d’azote dans l’air. Au début du XXe siècle, les scientifiques allemands cherchaient activement des moyens de rendre l’azote utilisable chimiquement. En 1909, le professeur de chimie Fritz Haber s’écria avec enthousiasme depuis son laboratoire : « Venez, il y a de l’ammoniac ! » Comme on peut le lire dans *Die Salze der Erde* de Kerstin Hoppenhaus. La production d’ammoniac s’avérait toutefois extrêmement difficile, car les molécules d’azote présentes dans l’air sont très stables. Pour les séparer, il fallait des catalyseurs capables de résister à des températures de 500 degrés Celsius et à une pression élevée. Après la Première Guerre mondiale, l’azote synthétique a été de plus en plus utilisé comme engrais minéral. Le plus grand fabricant était BASF, l’entreprise chimique pour laquelle Haber travaillait. Le spécialiste de l’énergie Vaclav Smil estime que sans la production d’azote synthétique, la croissance démographique du XXe siècle n’aurait pas été possible. Mais le nom de Fritz Haber n’est pas seulement synonyme de progrès : chez lui, la vie et la mort se rejoignent d’une manière singulière. Pendant la Première Guerre mondiale, il a participé au développement d’armes chimiques et a supervisé, en 1915, la première utilisation du chlore gazeux à Ypres, en Flandre.
Aujourd’hui, c’est surtout l’azote réactif présent dans l’urine qui pose problème, car celle-ci libère de l’ammoniac lorsqu’elle est décomposée par des enzymes à la surface du sol. Lundi dernier, lors de la « Journée de l’agriculture », Marie-Josée Mangen, titulaire d’un doctorat en sciences agronomiques, a présenté les derniers chiffres concernant la réduction des émissions d’ammoniac. Sur les 22 % de réduction totale à atteindre d’ici 2030, la moitié a déjà été réalisée. L’interdiction du disque d’éparpillage, qui projette le lisier sur une vaste superficie du champ, apporte un allègement considérable. Comme cela est désormais bien documenté en Europe du Nord, l’épandage du lisier près du sol permet de réduire considérablement les émissions d’ammoniac. Pour 2022, Mme Mangen, collaboratrice de la SER, avait déjà constaté dans le Journal une baisse imputable à la hausse des prix : en raison de l’inflation liée à la guerre, les achats d’engrais azotés ont diminué de 40 % et ceux d’aliments concentrés riches en protéines ont également baissé. Les chiffres pour 2023 n’ont pas encore été publiés officiellement, mais ils seront également inférieurs aux niveaux d’avant 2022.
Mercredi, à Ettelbruck, les agronomes Charel Thirifay et Jeff Petry ainsi que Tom Dusseldorf, directeur de Convis, sont réunis dans une salle de réunion. Une figurine de cochon et une autre de vache décorent la pièce peinte en jaune. « On pourrait investir dès maintenant dans des solutions techniques coûteuses pour séparer l’urée du lisier. Mais plutôt que d’imposer des coûts supplémentaires aux agriculteurs, nous recherchons des approches plus simples », explique Charel Thirifay. Son collègue Jeff Petry ajoute : « Le principal levier réside dans l’alimentation. Une alimentation pauvre en protéines libère moins d’azote. « Nous recommandons à nos exploitations de produire, dans la mesure du possible, des fourrages de base de très haute qualité, c’est-à-dire du foin et de l’ensilage de maïs. » Les scientifiques en Europe et en Amérique du Nord continuent toutefois de rechercher l’alimentation idéale – celle qui concilie bien-être animal, rentabilité et aspects environnementaux. Ce n’est pas chose facile, car de nombreux facteurs entrent en jeu : « La digestion de la vache est très complexe, et la qualité du fourrage varie considérablement d’une exploitation à l’autre en fonction des conditions météorologiques et des sols », explique Petry. Le tourteau de soja est également un aliment très apprécié en Europe, notamment pour les porcs et la volaille, mais aussi, dans une certaine mesure, pour les bovins. « Mais les vaches n’ont pas forcément besoin de soja », ajoute Dusseldorf.
Tom Dusseldorf voit de nombreux avantages dans les prairies : « Elles permettent d’utiliser des engrais organiques, constituent un puits de carbone et ne nécessitent pas de produits phytosanitaires chimiques. Nos prairies produisent un excellent fourrage pour les bovins. » De plus, la plupart des terres de notre pays ne se prêtent pas à la culture des grandes cultures. Si l’on se rend en Belgique ou en France, la situation est tout autre. « Ça ne sert donc à rien de se lamenter », estime Dusseldorf. L’introduction d’une meilleure gestion du troupeau constitue quant à elle un autre chantier pour Convis. Concrètement, cela signifie pour Convis : conseiller plus fréquemment les agriculteurs et « assurer le suivi », précise M. Düsseldorf. Il s’agit également de promouvoir une analyse ciblée de toutes les données disponibles – les contrôles laitiers permettent en effet d’évaluer la santé des animaux, la teneur en protéines et la consistance du lait. « Convis renforce constamment son service de conseil. Aujourd’hui, nous mettons moins l’accent sur l’augmentation de la production et davantage sur l’amélioration de l’efficacité », explique Düsseldorf. À l’avenir, l’entreprise se consacrera davantage aux thèmes du bien-être animal et de l’éthique.
Début novembre, Martine Hansen, ministre de l’Agriculture du CSV, a défendu sur RTL Radio une position similaire à celle de Convis en matière d’alimentation animale : plutôt que d’acheter des aliments riches en protéines, les agriculteurs pourraient tirer l’essentiel de l’alimentation de leurs prairies, afin de réduire ainsi les niveaux d’ammoniac. Mme Hansen considère les bovins comme de véritables « machines à merveilles » qui transforment l’herbe en protéines exploitables par l’homme. Afin de réduire les émissions d’ammoniac, le gouvernement précédent avait prévu, dans la nouvelle loi agricole adoptée par le Parlement en 2023, de plafonner le cheptel. En tant que politicienne de l’opposition, Mme Hansen s’était alors indignée en déclarant : « Les exploitations sont menées à la ruine ». Elle avait également mis en garde contre une alimentation plus intensive, dans le cadre de laquelle les agriculteurs tentent d’augmenter la productivité par animal. Certaines critiques de la politicienne de l’opposition étaient fondées : la densité d’élevage serait plus importante que le cheptel, et les émissions des exploitations ne seraient pas nécessairement liées au nombre de bovins. Le débat n’a toutefois pas abordé le fait que le plafonnement du cheptel visait à soulager les exploitations familiales de la pression liée à la production. La ministre de l’Agriculture Hansen s’est désormais rangée à la législation et a effectué en septembre une tournée aux Pays-Bas et en Allemagne avec le groupe de travail sur l’ammoniac. Sur le fond, ce voyage n’a réservé aucune surprise : selon le site web du ministère de l’Agriculture, les discussions ont porté sur « l’optimisation de l’alimentation animale, la gestion du lisier, l’utilisation de nouvelles technologies dans les étables et les techniques d’épandage ».
Convis compte désormais 85 collaborateurs. Au rez-de-chaussée du bâtiment de Convis se trouve le laboratoire chargé du contrôle laitier. Là où s’est déroulé samedi le concours Holstein, meugle une vache qui a entre-temps trouvé refuge chez Convis, en attendant que son acheteur vienne la chercher. Dans une autre pièce attenante, on conserve la semence : « Le marché de la semence est international : nous pouvons nous approvisionner aux États-Unis et au Canada, mais la plupart du temps, nous trouvons ce qu’il nous faut en France et en Allemagne », explique Charel Thirifay. Il montre un tableau accroché au mur ; un kit de semence coûte entre 18 et 60 euros. La semence est conservée dans de petits flacons aussi fins qu’un cure-dent, stockés sous azote. Au XIXe siècle, lorsque se tenaient les ventes aux enchères de bétail d’élevage, il était nécessaire pour les petites exploitations agricoles individuelles de s’assurer des taureaux pour la reproduction. En 1952, la « Bauernzentrale » a mis en place au Waldhof un premier centre d’insémination artificielle et a réalisé, la même année, 1 300 premières inséminations. En 1982, ce chiffre s’élevait déjà à 55 000. Les ventes aux enchères de bétail d’élevage ont été remplacées par le Holstein-Show, où le prestige et la rencontre sociale occupent aujourd’hui le devant de la scène – car la reproduction est organisée de manière assez peu spectaculaire grâce à quelques outils techniques.