Au cours des prochaines années, l’État consacrera 600 millions d’euros à la lutte contre la pauvreté, sous forme de crédits d’impôt, d’allègements fiscaux et de prestations sociales. Ces mesures figurent dans le budget pluriannuel 2026-2029. À partir de 2027, 400 millions supplémentaires viendraient s’y ajouter, a déclaré lundi Max Hahn, ministre de la Famille du DP, lors de la présentation du premier plan d’action contre la pauvreté. L’importance de ces transferts ressort clairement du plan : sans eux, près d’un quart de la population (24,8 %) aurait été menacé de pauvreté financière en 2024, car son revenu disponible aurait été inférieur à 60 % de la médiane nationale. Grâce à ces transferts, ce chiffre est tombé à 18,1 %.
C’est pourquoi les professionnels du travail social apprécient particulièrement dans ce plan d’action le fait que les prestations soient désormais versées de manière uniforme, sans avoir à en faire la demande individuellement. « Le Fonds national de solidarité (FNS) est l’organisme qui dispose de toutes les informations », explique Ginette Jones, présidente de l’Association des services sociaux
. « Nous avons conseillé à Max Hahn de regrouper les aides au sein du FNS. C’est désormais le cas, et c’est une bonne chose. » Une personne qui ne gagne que le salaire minimum et doit payer 1 200 euros de loyer, par exemple, a besoin d’une aide rapide. « Mais la procédure est compliquée. Huit mois peuvent s’écouler avant que l’aide ne soit versée. » Et notons bien, précise Mme Jones, que « nous parlons ici de personnes qui ont un emploi ». Le Luxembourg est en tête de l’UE en matière de « travailleurs pauvres » : en 2024, 13,4 % de la population active était menacée de pauvreté financière.
Les aides, qui seront désormais regroupées, visent à réduire le taux de non-recours : en 2022, on estimait que 75 % des personnes théoriquement éligibles n’avaient pas eu recours à la subvention de loyer ; en 2024, 40 % n’avaient pas sollicité l’allocation de renchérissement et 38 % n’avaient pas demandé le Revis. Pour remédier à cette situation, il est désormais prévu, par exemple, de mettre en place un site Internet où chacun pourra simuler sa situation, ainsi qu’une ligne d’assistance téléphonique. Le plan d’action appelle cela le « GPS social ».
Ce plan comprend 106 mesures réparties dans 27 domaines d’action, assorties de délais de mise en œuvre et de l’engagement de l’évaluer au bout de cinq ans. Certaines mesures ont un caractère préventif. Les allocations familiales augmentent de 45 euros pour les enfants jusqu’à douze ans, et de 60 euros pour les plus âgés. Une nouvelle mesure incitative vise à garantir que les enfants âgés de deux à quatre ans soient suivis par un pédiatre ; jusqu’à présent, cela ne concernait que les enfants de moins de deux ans. D’autres mesures relèvent de promesses politiques : la loi Revis doit être réformée. C’est « absolument nécessaire » et le plan est donc déjà une bonne chose, a déclaré mardi Raoul Schaaf, président du Comité national de défense sociale, sur la radio 100,7. Ginette Jones, de l’Association des services sociaux, souligne également de manière positive au journal « Le Land » que les services sociaux seront désormais informés par la CNS lorsqu’une personne perdra son affiliation à l’assurance maladie. « Il se peut que ces personnes viennent nous voir lorsqu’elles sont gravement malades. Mais elles devront alors respecter un délai de carence de trois mois avant que la CNS ne reprenne la prise en charge de leurs frais. » Les Médecins du Monde, quant à eux, se félicitent que le plan prévoie de faire passer la couverture universelle des soins de santé, dont bénéficient par exemple les sans-abri, du statut de projet pilote à celui de prestation réglementée par la loi. L’organisation attend toutefois avec impatience de connaître les « critères précis » que la ministre de la Santé et des Affaires sociales, Martine Deprez (CSV), proposera à cet effet. La définition de la santé donnée par l’OMS est en effet la suivante : « La santé est un état de bien-être physique, mental et social complet, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »
Le plan d’action consacré au thème du « travail » est relativement peu concret. Et ce, non seulement parce que le ministre du CSV, Georges Mischo, qui avait déjà démissionné, était absent lors de la présentation. Ce n’est qu’au cours de la séance de questions-réponses qui a suivi la conférence de presse que Max Hahn, s’exprimant au nom de M. Mischo, a mentionné la mise en œuvre de la directive européenne sur le salaire minimum ; la manière dont ce salaire minimum sera calculé sera décidée en janvier. Et comme on pouvait s’y attendre, le sujet qui fâche, à savoir les prix des logements, n’a été abordé qu’avec prudence. Le gouvernement souhaite mettre en place des mesures incitatives pour que les propriétaires procèdent à des rénovations énergétiques, afin de lutter contre la précarité énergétique, notamment chez les locataires. Mais il n’y aura davantage de logements sociaux qu’« à moyen terme », a admis le ministre du Logement, Claude Meisch (DP), précisant que « cela ne se fait pas du jour au lendemain ». Le plan d’action prévoit un projet de loi sur un plafonnement des loyers, mais pas avant 2027. D’ici là, les importantes sommes allouées par l’État – et ce n’est pas comme si le gouvernement CSV-DP n’avait encore rien entrepris contre la pauvreté – serviront également à une redistribution au profit des propriétaires de plusieurs logements.