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Économie nationale 11 min de lecture

Le minimum

Un salarié sur six touche le salaire minimum. Ce sont surtout les travailleurs non qualifiés

Article paru dans Édition avril 2026
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En 2022, dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, un salarié sur deux percevait le salaire minimum © Photo : Sven Becker

En août 2025, 67 902 des 455 033 salariés que comptait alors le marché du travail percevaient le salaire minimum (SSM). Cela représentait 15 pour cent. 38 463 personnes percevaient le salaire minimum non qualifié de 2 704 euros, tandis que 29 439 percevaient le salaire minimum qualifié (3 244 euros). Ce sont les chiffres les plus récents fournis par l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS).

Il y a trois ans, la Chambre des salariés (CSL) avait rédigé un « Portrait de la population percevant le salaire minimum ». Sa présentation, fin octobre 2023, a coïncidé avec la période des négociations de coalition entre le CSV et le DP ; c’est sans doute pour cette raison que ce rapport de 180 pages n’a pas reçu l’attention qu’il aurait méritée. En effet, personne n’avait encore entrepris une description aussi minutieuse et exhaustive.

Sur la base des chiffres de 2022, ce portrait met en évidence que les personnes percevant le salaire minimum sont, par rapport à l’ensemble des salariés, plus jeunes, moins expérimentées et occupent généralement des emplois manuels dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée. La CSL a établi une distinction entre les « cols bleus » (activités principalement manuelles) et les « cols blancs » (activités principalement intellectuelles) selon la Classification internationale des professions du Bureau international du travail. Selon la CSL, la proportion de femmes est plus élevée parmi les personnes percevant le salaire minimum : alors qu’en 2022, environ 60 % de l’ensemble des salariés étaient des hommes, la proportion d’hommes parmi les personnes percevant un salaire minimum qualifié s’élevait à 57 %, et n’était plus que de 51 % pour celles percevant un salaire minimum non qualifié. Et tandis que, globalement, les salariés sont particulièrement concentrés dans le secteur des « services divers », qui regroupe des professions très variées allant de l’avocate à l’agent de sécurité en passant par l’agent immobilier, la plupart des personnes rémunérées au salaire minimum travaillent dans le commerce. Être luxembourgeois ne garantit d’ailleurs pas un salaire plus élevé. En revanche, on trouve parmi les bénéficiaires du SSM de nombreux ressortissants portugais.

En comparant les années 2012 et 2022, la CSL a constaté que le salaire minimum s’était généralisé dans les secteurs où sont exercées des activités de cols blancs. Dans le secteur des « services divers », par exemple, il était 21 % plus fréquent en 2022 qu’en 2012. Et alors que l’emploi a particulièrement progressé dans des secteurs tels que « l’administration publique » et « la santé et l’action sociale », les embauches au salaire minimum ont augmenté encore davantage, notamment celles au niveau non qualifié, le SSM NQ.

Ce n’est pas vraiment un salaire de débutant

L’analyse de la CSL selon laquelle le salaire minimum pour les emplois non qualifiés ne peut pas vraiment être considéré comme un salaire d’entrée dans la vie active s’est avérée particulièrement intéressante. Parmi les personnes embauchées en 2011 au SSM NQ, un tiers percevait un salaire plus élevé un an plus tard. Cinq ans plus tard, ce chiffre s’élevait à 69 %, et dix ans plus tard, à 78 %. La CSL a ainsi calculé que le marché du travail luxembourgeois est très dynamique et que, en raison de l’emploi de frontaliers, les entrées et les départs sont « très fréquents », comme elle l’a noté. Cependant, selon ses calculs, au sein du « noyau » des salariés, un peu plus d’un sur cinq reste coincé au salaire minimum non qualifié, même après dix ans. Le portrait ne précise pas dans quels secteurs cela se produit principalement : il n’est pas rare que les salariés percevant le salaire minimum changent de secteur. Cela rend une telle analyse difficile.

Étant donné que le salaire minimum s’inscrit dans un problème social et politique complexe, qui touche notamment au logement et à la politique fiscale et soulève des questions relatives à l’organisation des entreprises, à leurs perspectives de croissance et au dialogue social, il serait certainement utile de disposer de rapports réguliers et détaillés à ce sujet. La CSL a traité les microdonnées de l’IGSS. Elle a ainsi pu fournir des informations allant bien au-delà de ce que l’IGSS publie tous les six mois dans le « Tableau de bord du marché du travail luxembourgeois ».

Mais les tableaux fournissent eux aussi des informations intéressantes. Par exemple, la part des salariés percevant le salaire minimum reste relativement stable. Elle s’est maintenue entre 14 et 15 % entre 2016 et 2025, alors que le nombre total de salariés a augmenté d’environ un quart au cours de cette période. Le pourcentage de salariés qui occupent un nouvel emploi rémunéré uniquement au salaire minimum n’est quant à lui pas aussi constant. Il a oscillé entre 27 et 35 % entre 2016 et 2025. Les derniers chiffres de l’IGSS vont dans ce sens : entre juin 2024 et juin 2025, 143 200 postes ont été pourvus par des salariés. Pour 49 590 postes (34,5 %), le salaire minimum a été convenu dans le contrat de travail. Le salaire minimum concernait 24,6 % des postes non qualifiés et 9,9 % des postes qualifiés.

En savoir plus sur le salaire minimum non qualifié

C’est à peu près ainsi que cela se passe depuis dix ans. L’écart entre les embauches et l’emploi au SSM se traduit par des fluctuations au niveau des postes et par une tendance à la hausse des salaires. Mais il semble que les recrutements pour des postes non qualifiés au salaire minimum augmentent progressivement. Les recrutements pour des postes qualifiés ont toujours représenté entre 9 et 10 % entre 2016 et 2025, tous secteurs confondus ; en 2017, ce chiffre était de 8 %. En revanche, les recrutements pour des postes non qualifiés au salaire minimum pouvaient être inférieurs à 20 % dans les années 2010. Depuis le début des années 2020, cela n’a plus jamais été le cas, et ils se rapprochent des 25 %, un seuil qui a failli être atteint en août 2025.

Cette tendance est principalement portée par deux secteurs : l’hôtellerie-restauration (Horeca) et le secteur « Commerce et réparation d’automobiles et de motos ». Certes, d’autres secteurs recrutent également au salaire minimum dans une proportion supérieure à la moyenne : le bâtiment, l’industrie manufacturière, le secteur « Transports et entreposage » (également désigné par le terme « logistique ») ainsi que celui de la « Santé et action sociale ». Mais l’Horeca et le commerce/les garagistes se démarquent. Dans le secteur Horeca, plus de 60 % des recrutements ont systématiquement abouti à un emploi au salaire minimum au cours des cinq dernières années. En janvier 2025, ce chiffre s’élevait à 65 %, dont 54 % au salaire minimum pour les emplois non qualifiés. Le fait que plus de 50 % des recrutements dans le secteur de l’hôtellerie-restauration se fassent au salaire minimum pour les emplois non qualifiés est la norme depuis 2021. Au cours de la seconde moitié des années 2010, ce chiffre était inférieur d’une dizaine de points de pourcentage.

Dans le secteur du commerce et des garages, plus de 50 % des embauches ont été effectuées au salaire minimum au cours des cinq dernières années ; au cours du semestre s’achevant en janvier 2025, ce chiffre s’élevait à 53 %. La part des embauches au salaire minimum pour les emplois non qualifiés s’est située entre 41 et 42 %. Au cours de la seconde moitié des années 2010, ce chiffre était inférieur de cinq à dix points de pourcentage.

Commerce et secteur de l’hôtellerie-restauration

Le fait que, dans le secteur du commerce, le nombre total de recrutements ait également fortement augmenté – passant de 13 390 en 2016 à 17 300 en janvier 2025 –, explique probablement pourquoi ce secteur concentre la plus grande part des emplois rémunérés au salaire minimum. Ou, comme l’IGSS l’appelle, sa part dans le « stock » des salariés percevant le salaire minimum : 24 % selon les derniers chiffres de janvier 2025. L’IGSS ne fait pas de distinction entre les salariés qualifiés et non qualifiés percevant le salaire minimum dans ce « stock ». Avec 16 %, le secteur de l’hôtellerie-restauration occupe la deuxième place.

La CSL avait procédé à une analyse encore plus détaillée dans son portrait. En 2022, le secteur « Commerce/Garages », avec 11,7 % de la masse salariale totale, représentait deux fois et demie la part du secteur Horeca (4,7 %). Sur cette base, près d’un salarié sur deux dans le secteur de l’hôtellerie-restauration percevait le salaire minimum (48,7 %), contre un peu moins d’un sur trois dans le commerce (30,6 %). Parmi ces salariés, environ trois quarts percevaient le salaire minimum pour les emplois non qualifiés dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, contre environ 60 % dans le commerce. Ce qui faisait de l’hôtellerie-restauration, à elle seule, le secteur du salaire minimum.

Steve Martellini, secrétaire général de l’association professionnelle Horesca, souhaite faire une brève remarque au sujet du salaire minimum. « Nous avons demandé à l’IGSS des données actuelles plus détaillées, mais nous ne les avons pas encore reçues. » D’une manière générale, on peut dire qu’il existe une rotation considérable du personnel sur les postes rémunérés au salaire minimum. Il est toutefois vrai que les salariés relevant du SSM perçoivent un meilleur salaire. Cela peut même « aller très vite », ajoute-t-il à propos de la « persistance » au salaire minimum décrite par la CSL dans son portrait. Le secteur Horeca ne dépendrait « pas tant que ça » des frontaliers. « Nous travaillons beaucoup avec des étrangers résidant au Luxembourg. »

Le secteur « Commerce et réparation d’automobiles et de motos » est représenté par la Confédération luxembourgeoise. Son directeur, Tom Baumert, souligne qu’il faut savoir exactement de quoi on parle. « Le grand public assimile souvent le terme “commerce” au commerce de détail. » En revanche, l’IGSS et Statec utilisent les codes NACE, et le code « Commerce et réparation d’automobiles et de motos » englobe de nombreux secteurs qui emploient au total 52 000 personnes. « Le commerce de détail compte 23 000 salariés, les pharmacies 1 000, les garages 5 000 et les stations-service 2 500. » Sans oublier le commerce de gros et les grossistes, qui emploient jusqu’à 18 000 personnes, ainsi que le commerce en ligne, dont même la Confédération ignore le nombre exact de salariés. « Il devrait y en avoir environ 4 000. »

En vertu d’une convention collective, à partir du salaire minimum

La voie officielle pour passer d’un salaire minimum à un meilleur salaire passe par les conventions collectives. Dans le commerce, selon le code NACE, dans ce qu’on pourrait appeler le « commerce classique », les trois quarts des salariés seraient couverts par des conventions collectives, explique Tom Baumert. Cela concerne le commerce de détail dans les chaînes de supermarchés, mais aussi dans des enseignes telles que Massen, Pall Center ou Lafayette. Les pharmacies et les garages sont régis par des conventions collectives sectorielles. « Ces conventions permettent bien sûr de dépasser rapidement le salaire minimum au bout de quelques années. » Mais qu’il y ait ou non une convention collective, le montant du salaire minimum joue un rôle très important pour toutes les entreprises. Pour celles qui n’ont pas de convention collective, une augmentation du salaire minimum a un impact immédiat sur la structure salariale. Celles qui sont couvertes par une convention collective calculeraient « presque toujours » l’évolution des carrières à partir du salaire minimum non qualifié. Selon Statec, précise M. Baumert, près de 76 % de la valeur ajoutée créée par une entreprise du secteur serait consacrée aux coûts de personnel en 2023.

Ce qui touche au débat sur une augmentation structurelle du salaire minimum, débat qui n’est probablement pas encore clos. On peut également se demander si le salaire minimum luxembourgeois devrait être revu à la hausse afin de rester attractif pour les frontaliers, lorsque le salaire minimum augmente dans leur pays de résidence. Selon Statec, la part des frontaliers dans le secteur du commerce et des garages s’élève à 61 %. « Nous sommes donc en concurrence directe avec les salaires minimums des pays voisins », explique M. Baumert. Mais bien que ceux-ci aient augmenté ces dernières années, « nous continuons à bien recruter ». D’autant plus que l’exonération fiscale du salaire minimum se traduit par « un salaire net plus élevé ».