« Alors Jo, t’es prêt ici ? », demande le présentateur de télévision Olivier Catani sur l’écran de la régie. « Oui, on t’entend », répond le producteur de terrain Roby Berg, qui se trouve actuellement à Bissen. « 2273, c’est bon », résonne dans la régie, où les essais de diffusion sont en cours. C’est le numéro de ligne qui permet d’établir la liaison avec Bissen. Assis devant un pupitre équipé d’environ 130 boutons bleus et jaunes lumineux, Patrick Chiapolino coordonne les réglages de caméra. À ses côtés se trouve Sabine Speicher, l’assistante de réalisation : elle surveille le déroulement de l’émission et tente d’éviter tout dépassement du temps d’antenne en chuchotant des instructions aux présentateurs via un écouteur.
« Cela fait trois mois que nous préparons l’émission du soir de la finale du Télévie », explique Jeff Spielmann, directeur des programmes télévisés. « J’ai la tête qui tourne en ce moment. » Il y a en effet beaucoup de choses à prendre en compte pour une émission en direct de quatre heures avec des reportages en extérieur. Au cours des semaines précédentes, il a surtout fallu recueillir des témoignages et les filmer sous forme de courts-métrages afin de rendre les maladies cancéreuses plus tangibles pour un large public. On constate toutefois de plus en plus que les personnes contactées se montrent réticentes : elles ne veulent pas passer devant la caméra ni parler publiquement de leur maladie, explique la directrice des programmes, Sandra Bintz. Elle suppose que cela est lié à une culture des réseaux sociaux où les commentaires dénigrants se seraient multipliés, ainsi qu’à une méfiance générale envers les médias traditionnels.
L’édition de la Télévie de cette année est également la dernière pour la présentatrice Caroline Mart : après 40 ans de carrière dans le journalisme, elle prend officiellement sa retraite (mais souhaite continuer à travailler sur des projets journalistiques). Le jeudi précédent, son émission phare, « Kloertext », a également été diffusée pour la dernière fois après 19 ans d’existence. Une émission que Caroline Mart a consacrée au thème du cancer. Elle a marqué une première en termes de profil démographique : Constance, âgée de 13 ans, était présente en tant que plus jeune invitée de l’histoire de l’émission. Elle a raconté comment elle avait vécu son lymphome de Hodgkin et comment elle en avait été guérie. Il y a 25 ans, lors de la première édition de Télévie, les enfants atteints d’un cancer étaient encore envoyés à l’étranger ; aujourd’hui, toute une série de cancers peuvent être traités au Luxembourg – un progrès considérable, notamment pour l’environnement social des enfants concernés. D’une manière générale, beaucoup de choses ont changé en matière d’offres thérapeutiques, explique Guy Berchem, oncologue au CHL, dans l’émission : « Il y a 25 ans, un patient atteint d’un cancer colorectal avec des métastases n’avait plus que six mois à vivre – aujourd’hui, on parle d’années. » Dans le même temps, on constate toutefois une augmentation du nombre de jeunes atteints d’un cancer ; « on ne comprend pas encore vraiment d’où cela vient, mais il y a des suspects : les PFAS et les néonicotinoïdes ne sont certainement pas bons pour nous. » Il a ensuite pointé du doigt la députée du CSV Nancy Kemp-Arendt et exigé que les responsables politiques « luttent » contre l’utilisation de substances nocives. Nancy Kemp-Arendt était invitée sur le plateau pour parler de son cancer de la peau – désormais guéri – et a dans un premier temps évité d’aborder la dimension politique du sujet.
De son côté, Sébastien Rinaldetti, hématologue au CHL, a déploré « l’attitude laxiste vis-à-vis du tabac ». Contrairement aux pays voisins, presque toutes les cigarettes électroniques sont autorisées dans notre pays. De plus, le Luxembourg serait pratiquement le seul pays de l’UE où la consommation d’alcool à forte teneur en alcool serait autorisée dès l’âge de 16 ans. « Madame Arendt, en tant que femme politique, vous êtes désormais mise à l’épreuve », s’adresse Mart à la députée du CSV. Elle donne « raison à 100 % » au docteur Rinaldetti. Le tabac et l’alcool génèrent certes d’importantes recettes fiscales, « mais au final, cela coûte aussi beaucoup à nos citoyens ». Dans l’émission « Kloertext », on voit également des images de Constance dans sa classe, en présence de plusieurs adultes : « Des gens viennent en classe pour expliquer ce qu’est le cancer », explique l’élève. Il y a 25 ans, une telle approche ouverte du cancer était encore impensable : « À l’époque, tout se passait de manière beaucoup plus paternaliste – certains proches voulaient même cacher la maladie au patient et demandaient au médecin de prétendre qu’il ne s’agissait que de l’ablation d’un kyste », se souvient Berchem lors de l’émission télévisée.
Vers 18 h 30, samedi soir, le présentateur Raoul Roos est en train de nouer sa cravate dans le foyer de RTL. Il est entouré de cinq autres collaborateurs de RTL. Ils se donnent des consignes, se concertent : dans 30 minutes, l’émission Télévie sera diffusée en direct. 67 collaborateurs de la chaîne sont à pied d’œuvre ; les reporters du magazine sont en déplacement dans les Centres de Promesse de Bissen, Fellen, Rodange et à la Belle Étoile. Le studio de télévision, en revanche, est encore plongé dans la pénombre. Il semble plus petit qu’à l’écran : cette illusion d’optique provient principalement d’une caméra panoramique grand angle sur grue, commandée à distance. Le studio a été réaménagé pendant cinq jours : en effet, c’est également à cet endroit que sont enregistrées les émissions électorales, les castings du LSC et le Kloertext .
« J’étais ici tous les soirs cette semaine à partir de 18 heures », raconte Fabienne. Elle est bénévole au centre d’appels administratif situé au premier étage. À côté d’elle sont assises d’autres bénévoles, toutes des femmes de plus de 40 ans. Comment ça se passe ? « En moyenne, les dons promis s’élèvent à 100 euros ; mais certains n’hésitent pas à donner 300 euros », précise Fabienne. La générosité des donateurs n’a pas diminué au fil des ans. « Et quand le Grand-Duc est là, encore plus de gens appellent, car ils veulent essayer de le joindre au téléphone. » Derrière elle, le solde du compte s’affiche à l’écran : il est encore inférieur à un demi-million d’euros. À la fin de l’émission, il atteindra 1 521 000 euros. L’année dernière, il s’élevait à environ 1 800 000 euros ; le montant record remonte à l’année 2022, avec un peu plus de deux millions d’euros. Dans le foyer du sous-sol, Claude Dublin, directeur de production, invite les invités – bénévoles et personnes concernées – à participer à l’événement peu avant le début de l’émission : « Quand les ambassadeurs de Télévie brandiront leur chèque sur le tapis rouge devant la caméra, vous devrez tous applaudir, d’accord ? »
Dans la salle d’attente, nous rencontrons les infirmières pédiatriques du CHL. Elles semblent très patientes. Vous n’êtes pas nerveuses ? « Oh non, c’est notre toute première apparition en direct, et nous voulons bien représenter l’oncopédiatrie », répond-elle. Guy Berchem, oncologue au CHL, avait déjà souligné à plusieurs reprises que les dons de Télévie avaient un impact concret sur la recherche contre le cancer : « Cela nous a permis de lancer des projets de recherche et de recruter des chercheurs. » Selon la Fondation Cancer, plus de 3 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année, et plus de 1 000 personnes décèdent chaque année dans notre pays des suites d’un cancer. En 2024, le cancer du poumon arrivait en tête des causes de décès liés au cancer chez les hommes, avec 122 décès, suivi du cancer de la prostate (65 cas) et du cancer du pancréas (51 cas). Chez les femmes, ce sont le cancer du sein (107 décès), le cancer du poumon (95) et le cancer du pancréas (46) qui ont été les plus fréquents.
À sept heures et demie, dans le hall d’accueil, un monsieur d’un certain âge s’apprête à prendre un selfie avec son smartphone : derrière lui, le Grand-Duc Guillaume descend l’escalier. Il n’est pas le seul : plusieurs appareils photo sont braqués vers lui. Alors que Guillaume se tient sous un écran, le journal télévisé de RTL est en cours de diffusion. À quelques pas de là, dans le studio d’information, Raphaëlle Dickes présente un reportage sur « l’explosion d’une bombe à Völklingen ». S’ensuit une rétrospective sur les 40 ans de carrière de Caroline Mart. Elle s’y qualifie elle-même de « dinosaure du personnel de RTL ». Son collègue Christophe Hochard commente en voix off qu’elle a guidé ses téléspectateurs à travers les émissions « avec finesse » et « beaucoup de charme ». Si elle s’est forgé une réputation comme l’une des meilleures intervieweuses politiques, c’est grâce à un travail acharné : il y a trois ans, elle confiait au journal « Le Land » qu’elle enchaînait des « journées de 17 heures à la Juncker ». Mais le groupe médiatique ne doit pas pour autant perdre son esprit critique : « Pour tous les politiciens qui pensent qu’il faut se débarrasser de cette femme désagréable – la relève est prête », a averti Mart à la fin de son dernier Kloertext. À partir de septembre, une nouvelle émission-débat politique devrait prendre le relais, animée en alternance par Claude Zeimetz et Pit Everling. Raphaëlle Dickes a déjà pris sa place dans l’émission annuelle Télévie samedi soir, vers la fin de la retransmission.
Le député du DP, Luc Emering, fait désormais son apparition à RTL-City ; avec d’autres bénévoles, il a récolté 240 665 euros à Dippach. De son côté, le Premier ministre du CSV, Luc Frieden, s’est rendu cet après-midi à la Belle Étoile où il a pédalé sur un vélo elliptique. « Un engagement incroyable pour faire avancer la recherche contre le cancer », a-t-il écrit plus tard en légende d’une vidéo documentant son action caritative, qu’il a mise en ligne sur Instagram. Les responsables politiques ne sont pas invités en tant qu’élus ; ils ne peuvent participer au marathon caritatif qu’en tant que simples citoyens, explique la directrice des programmes Sandra Bintz. En Belgique, cette limite a toutefois été franchie : le Premier ministre de la N-VA, Bart De Wever, était au téléphone depuis le studio et a recueilli des dons. La Belgique est le berceau du Télévie. C’est là-bas qu’en 1989, des dirigeants du groupe RTL se sont associés au vice-président du Fonds national de recherche contre le cancer pour lancer cet événement caritatif consacré aux traitements destinés aux enfants atteints de leucémie. En 2002, RTL Luxembourg s’est associé à la fondation Kiwanis et soutient désormais les laboratoires de recherche locaux.
« Un mélange de perles de verre, de perles de Murano, de perles d’eau douce et de pierres minérales », explique Émilie Heinz en nous présentant les bracelets qu’elle déballe devant nous dans le hall d’entrée – « tous réalisés avec beaucoup d’amour ». Il lui arrive parfois de rester chez elle jusqu’à deux heures du matin pour confectionner des bracelets destinés à la collecte de fonds de la Télévie. Il y a quelque temps, on lui a retiré des tissus cancéreux du sein. Elle fait partie d’une équipe de dix bénévoles qui s’est formée autour de Mara Cruciani ; toutes unies par leur expérience du cancer du sein. Mara Cruciani sort son smartphone et nous montre ses poupées et ses peluches au crochet – parmi lesquelles un lion auquel elle a ajouté une crinière bouclée en laine épaisse. Elle a passé plus de 60 heures à réaliser une poupée brodée de perles ; elle ne souhaite pas la vendre à moins de 500 euros. Derrière nous, sur un grand écran, on aperçoit les collaborateurs de la CHL rencontrés dans les coulisses, assis dans le fauteuil de Caroline Mart dans le studio – mais on ne les entend pas, le son est coupé.
Mara Cruciani bénéficie-t-elle du soutien de la coordinatrice Diane Wunsch dans son travail ? « Oui, beaucoup. » La coordinatrice rend régulièrement visite aux bénévoles. « C’est avec beaucoup de passion » que Mme Wunsch s’investit tout au long de l’année, salue Sandra Bintz. Il y a onze ans, alors qu’elle était dans sa voiture, elle a entendu à la radio l’annonce d’un poste au Télévie : « C’est là que je me suis dit : « Diane, c’est ça qu’il me faut » », a-t-elle expliqué cette semaine dans un reportage. Il ne faut pas hésiter à prendre dans ses bras des personnes malades qui traversent des moments difficiles ; on est porté par la force des nombreux bénévoles. Mais après onze ans, il est désormais temps de passer le relais – « il faut faire place à de nouvelles idées ».
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