D’un noir chatoyant, orné de motifs dorés : le prestigieux piano à queue de la célèbre maison Bösendorfer, installé dans le hall d’entrée du Parlement à Vienne, séduit pleinement le président du Conseil national, Wolfgang Sobotka, par sa splendeur étincelante inspirée de l’Art nouveau. L’ancien ministre autrichien de l’Intérieur, qui avait imposé à son Parti populaire une ligne dure en matière d’ordre public, notamment dans le domaine de la politique migratoire, a finalement acquis lui-même ce piano à queue et se présente désormais comme un esthète : Face aux critiques virulentes concernant les coûts élevés, Sobotka a fait usage de son pouvoir de décision dans le cadre de la rénovation du Parlement autrichien et a apporté sa touche artistique personnelle. Ce parlementaire de longue date et musicien de 67 ans fait fi avec nonchalance des débats autour du coût de 3 000 euros de loyer par mois.
À l’occasion de la réouverture, après cinq ans de travaux de rénovation et de transformation, Sobotka a toutefois exprimé le souhait de voir s’instaurer quelque chose d’immatériel, à savoir un nouveau ton au sein de l’hémicycle : davantage de respect mutuel, davantage de consensus, davantage de débats objectifs doivent s’inviter dans le processus politique parallèlement à la rénovation des locaux. Des sondages récents ont montré que le parlementarisme en Autriche, du moins son image auprès des citoyennes et citoyens, n’est pas en très bonne posture. L’institut d’études de marché Soras a révélé en début d’année que seuls 38 % des personnes interrogées faisaient confiance au Parlement, soit huit pour cent de moins que l’année précédente. Lors de l’inauguration du bâtiment, l’ancienne candidate à la présidence et députée Irmgard Griss a d’ailleurs appelé à davantage « d’attention, de bienveillance et de courtoisie ».
Mais venant précisément de la bouche de Sobotka, de telles mises en garde ont semblé pour le moins surprenantes aux yeux de beaucoup. Ce même Sobotka, en tant que président, s’était en effet montré tout sauf subtil à l’égard de l’un des instruments parlementaires les plus importants, la commission d’enquête. Cette commission, mise en place à la suite de l’affaire d’Ibiza, avait pour mission d’enquêter sur la corruption, notamment au sein du Parti libéral et du Parti populaire de Kurz. Cependant, un manque de volonté de dialogue, des débats de procédure chronophages et des trous de mémoire, notamment dans les rangs conservateurs, ont fait que la commission est restée bien en deçà de son potentiel, jusqu’à ce qu’elle doive être dissoute sans possibilité de prolongation, à la suite d’une manœuvre administrative orchestrée par Sobotka.
La position de Sobotka était en contradiction flagrante avec une annonce du gouvernement, dont la ministre de la Justice Alma Zadic, des Verts, a tiré parti : En collaboration avec Karoline Edtstadler, ministre des Affaires européennes et de la Constitution, elle a présenté de nouvelles lois anticorruption qui tirent les leçons des affaires faisant l’objet d’enquêtes et qui, par exemple, érigent en infraction pénale l’achat de mandats. Lors d’une réunion à huis clos du gouvernement en début d’année, les membres de la coalition se sont efforcés de faire preuve d’un élan commun et d’une unité sans faille. Le chancelier Karl Nehammer et le vice-chancelier Werner Kogler ont présenté un plan de travail ambitieux qui, outre la lutte contre la corruption, vise avant tout à faire progresser la transition énergétique.
Les dirigeants n’ont laissé planer aucun doute sur le fait que la collaboration ne serait pas aisée compte tenu des différences fondamentales de mentalité entre les partis au pouvoir. Ils se sont toutefois montrés tout aussi déterminés dans leur intention de mener à bien l’intégralité de leur mandat. Si les annonces actuelles ne font pas état de « projets phares » spectaculaires, des avancées plus modestes, notamment en matière de régimes de retraite, témoignent bel et bien d’un consensus et d’une réflexion commune des parties prenantes pour trouver des solutions face aux multiples crises, allant de la hausse des prix à la pénurie de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs du monde du travail. Selon le calendrier prévu, il reste encore environ 18 mois de collaboration aux partenaires de la coalition – suffisamment de temps pour s’épuiser dans des détails fastidieux ou, au contraire, pour se rapprocher encore davantage. Les prochaines élections auront lieu au plus tard à l’automne 2024.
Cependant, les élections de ce week-end dans l’important Land de Basse-Autriche, où l’ÖVP a jusqu’à présent traditionnellement exercé le pouvoir avec une confortable majorité, envoient des ondes perturbatrices vers la ville voisine de Vienne. Là-bas, c’est une fois de plus la question de l’asile et de la migration, qui refait surface, qui domine l’opinion publique – ainsi que le débat autour des militants pour le climat de « Letzte Generation », qui cherchent à mettre la question climatique au premier plan par des actions spectaculaires, comme se coller à la chaussée.
L’ÖVP se démarque avec véhémence ; la présidente du Land, Johanna Mikl-Leitner, réclame des sanctions nettement plus sévères à l’encontre des « collants climatiques » et des « perturbateurs climatiques ». Les Verts, en revanche, fidèles à leurs racines issues du mouvement écologiste, font preuve de compréhension face à ce sentiment d’alerte. La ministre de l’Environnement, Leonore Gewessler, estime qu’une limitation de vitesse à 100 kilomètres par heure sur les autoroutes est « tout à fait judicieuse » et rappelle le soutien accordé aux installations photovoltaïques ainsi que la simplification des procédures d’autorisation pour les centrales éoliennes et solaires. Pour l’ÖVP, en revanche, la clé d’une solution à la question climatique réside plutôt dans l’innovation – en tenant compte des nombreux navetteurs de la Basse-Autriche, un Land très étendu.
Dans ce contexte tumultueux, le Parti libéral, qui a entre-temps traversé une crise, revient en force sous la houlette de son président Herbert Kickl. Une fois de plus, le chef du parti, M. Kickl, place la question de l’asile et de l’immigration au premier plan de l’actualité, mettant ainsi sous pression l’ÖVP, mais plus encore le SPÖ. Les sondages placent le FPÖ en deuxième position en Basse-Autriche, nettement devant le SPÖ.