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Institutions et démocratie 19 min de lecture

Candidats touchés par la Covid

Neuf médecins se présentent aux élections du 8 octobre, un nombre jamais atteint auparavant. En 2018, ils étaient six. Mais même si la profession médicale jouit d’une grande considération au sein de la société et qu’il…

Article paru dans Édition septembre 2023
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Neuf médecins se présentent aux élections du 8 octobre, un nombre jamais atteint auparavant. En 2018, ils étaient six. Mais même si la profession médicale jouit d’une grande considération au sein de la société et qu’il semble donc logique que les partis présentent des médecins, ceux-ci parviennent rarement à entrer au Parlement. En 2018, le chirurgien Martin Kox, originaire d’Esch, aurait pu devenir député des Verts, mais il a renoncé à son siège au profit de son frère Henri, originaire du district Est. Edy Mertens, médecin généraliste d’Ulflingen, a manqué de peu le mandat qu’il avait occupé de 2013 à 2018 pour le compte du DP. Si bien qu’aucun médecin ne siège au sein de la Chambre sortante. La forte présence de médecins cette année sur les listes des quatre grands partis s’explique sans doute par l’importance croissante de la politique de santé : deux candidats se présentent pour le CSV, le LSAP et les Verts, et trois pour le DP. Dans le cas des trois médecins, le calcul de leurs partis est sans doute également lié au fait que ces candidats se sont fait connaître, voire sont devenus véritablement populaires, pendant la pandémie de coronavirus. C’est des objectifs politiques qu’ils défendent dont il est question ici.

Romain Nati (LSAP)

« Pas seulement « Santé » »

Si la ministre de la Santé appartient au même parti, qu’elle est en outre tête de liste et qu’elle doit nourrir des ambitions pour le poste de Premier ministre, on peut se demander pourquoi le directeur général du CHL se présente aux élections. Souhaite-t-il devenir ministre de la Santé, si les circonstances le permettent, et y a-t-il des scénarios envisagés avec Paulette Lenert à cet effet ?

« Je n’ai pas connaissance d’une telle chose », répond Romain Nati avec dignité et l’assurance d’un homme politique chevronné. Bien sûr, les élections législatives auront lieu le 8 octobre ; il ne serait pas de bon ton de commencer dès maintenant à évoquer des postes au sein du gouvernement. Romain Nati ne souhaite même pas mettre en avant la politique de santé comme le domaine dans lequel il se voit principalement agir : son objectif est de devenir député et de « travailler en équipe au sein du groupe parlementaire du LSAP, sans dire que mon domaine d’action est précisément tel ou tel ».

Pourtant, il est l’un des meilleurs connaisseurs du système au sein du LSAP, voire le meilleur. La pandémie de Covid-19 lui a valu un regain de popularité, comme il le dit lui-même, et il estime que « sans le Covid », le parti ne lui aurait peut-être pas demandé de se porter candidat. Il s’était déjà présenté en 2004 ; à l’époque, il avait terminé avant-dernier sur la liste du centre. En 2011, il s’est présenté aux élections communales pour le LSAP dans sa commune d’origine, Bartringen. Il avait obtenu le deuxième meilleur résultat de la liste du LSAP, mais son score n’atteignait qu’à peine la moitié de celui du premier élu. Être médecin et directeur d’hôpital – à l’époque, Nati était directeur médical du CHL – ne garantit pas automatiquement un grand nombre de voix.

Entre-temps, sa notoriété s’est accrue, et bon nombre d’électeurs et d’électrices pourraient associer une idée politique à sa personne (directeur général de la CHL depuis 2012). Début mars 2020, il avait écrit sur Twitter : « On est en guerre ! » Au vu des images en provenance de Bergame et de Colmar, et parce qu’au CHL, des plans de triage avaient déjà été élaborés avec la commission d’éthique pour déterminer quels pa-
devraient bénéficier d’un lit en soins intensifs et lesquels non. C’était également le cas dans les autres hôpitaux. Il n’a pas été nécessaire d’y recourir, le confinement ayant fait baisser le nombre de cas.

Lorsque Nati intervenait dans les médias pendant la pandémie de coronavirus, il soulignait souvent l’importance d’un « système de santé publique résilient ». Il affirmait que le Luxembourg disposait heureusement d’un tel système et que la pandémie avait démontré la nécessité d’hôpitaux performants. Lorsqu’il aborde ce sujet aujourd’hui, il associe le système public à un « État fort » : si l’on souhaite développer les soins de santé en dehors des hôpitaux, il faut réglementer ce secteur. « Cela n’a rien à voir avec une économie planifiée socialiste », explique-t-il, il s’agit simplement d’un « cadre » nécessaire. Il reste « encore du travail à faire » pour le secteur extrahospitalier. Quant à savoir s’il doit être aussi strictement réglementé que les cliniques, il n’en est « pas sûr ». En tout état de cause, les deux secteurs doivent être « étroitement imbriqués à l’échelle nationale ».

Ce sont là des mots assez abstraits. Ils figurent déjà dans l’accord de coalition du gouvernement actuel. À la fin de la législature, le LSAP n’a pratiquement rien à montrer – si ce n’est la loi improvisée de Paulette Lenert sur les antennes hospitalières. Nati prend la défense de sa collègue du parti : À peine était-elle entrée en fonction début février 2020 que la pandémie de Covid a éclaté. Ce qui ne change bien sûr rien aux faits ni à la position défensive dans laquelle se trouve désormais le parti, qui a eu les rênes du ministère de la Santé et de la Sécurité sociale pendant deux décennies consécutives.

C’est peut-être aussi l’une des raisons pour lesquelles Nati tient à souligner que ses compétences politiques sont vastes et qu’il ne se concentre pas uniquement sur la « santé ». Non pas pour se dérober, mais pour des raisons tactiques : si le LSAP revient au gouvernement, il devra faire des compromis. Il peut donc être judicieux de ne pas laisser entrevoir, dès la campagne électorale, les domaines dans lesquels il sera difficile de s’imposer. Dans son programme électoral, le LSAP mentionne par exemple un « statut uniforme et attractif » pour les médecins hospitaliers. Il s’agit bien de leurs conditions de travail, mais en fin de compte, on pourrait y voir une forme de médecine salariée, explique Nati. Au Luxembourg, où la grande majorité des médecins hospitaliers exercent à titre libéral, c’est une idée audacieuse. Il précise qu’il n’a pas rédigé lui-même le chapitre « Santé » du programme et qu’il n’en a pas non plus été le « rédacteur en chef ». Il s’agit d’un travail collectif. Mais le directeur général du CHL, membre du LSAP, comprend sans doute particulièrement bien que la forte concentration des soins dans les hôpitaux cache également une volonté de maîtriser les coûts globaux de la santé. Quant au surcoût éventuel lié à l’ouverture du secteur extrahospitalier, personne ne s’est encore exprimé publiquement à ce sujet.

Mais Nati ne souhaite pas pour autant mettre la santé au premier plan. L’égalité des chances est également un sujet important, tout comme l’éducation. Nati se présente lui-même comme un exemple d’ascension sociale : d’enfant d’ouvriers (son père était électricien, sa mère vendeuse) à médecin puis directeur d’hôpital. Il était apparemment déjà engagé politiquement dès son adolescence : il a adhéré à la Jeunesse socialiste à 16 ans, puis au parti mère à 18 ans. Il a recueilli des signatures contre la centrale nucléaire de Cattenom et contre l’apartheid en Afrique du Sud. Il a été président de l’Union des étudiants de gauche (Unel) et de la Conférence nationale de la jeunesse. De retour en 1995 après ses études et son travail à l’étranger, il est devenu membre de la direction du LSAP en 2004. Lorsque le LSAP est revenu au gouvernement après les élections de 2004 et que Nicolas Schmit est devenu ministre, le LSAP a nommé Nati au Conseil d’État. Il en a fait partie jusqu’en octobre 2019, occupant en dernier lieu le poste de vice-président.

Après son départ, il s’est demandé : « Quelle suite donner à son engagement politique ? » Puis la Covid est arrivée. Aujourd’hui, le timing lui convient, s’il venait à être élu : en mars, il quitterait de toute façon ses fonctions de directeur général de la CHL pour prendre sa retraite. Il n’a pas à se demander s’il est possible d’être à la fois directeur et député. Et quand on l’entend vanter le fait qu’au cours de ses 15 années au Conseil d’État, il a également acquis des compétences juridiques et qu’il y a été président de la Commission du développement durable et des infrastructures, on a un peu l’impression qu’il se présente, fort de ses nombreux talents – on ne sait jamais –, pour plusieurs postes ministériels…

Jean-Claude Schmit (LSAP)

« C’est maintenant ou jamais ! »

Des rumeurs selon lesquelles le directeur du Service de la santé publique serait attiré par la politique, aux côtés de la ministre de la Santé, dont il serait le « bras droit », et donc au sein du LSAP, circulaient déjà depuis près d’un an. Comme l’explique Jean-Claude Schmit lui-même, ce n’est pas le LSAP qui l’a recruté, mais l’inverse : « Même si certaines personnes m’ont contacté, l’initiative est venue de moi. » Cela s’est un peu passé comme lors de son passage du Luxembourg Institute of Health (LIH), dont il était le PDG jusqu’à fin 2015, à la tête de la Direction de la Santé : « Personne ne voulait que je quitte le LIH. À la Direction de la Santé non plus, personne ne veut que je parte. À l’époque, j’avais envie d’essayer quelque chose de nouveau, et c’est toujours le cas aujourd’hui. J’ai maintenant 61 ans et je me suis dit : « C’est maintenant ou jamais ! »

Cet épisode sur la planification de sa vie, raconté avec une touche d’exubérance juvénile, est tout à fait remarquable. Schmit n’est pas n’importe quel fonctionnaire, mais le plus haut responsable de la santé publique du pays, doté des pouvoirs d’enquête d’un officier de la police judiciaire. Un tel décideur souhaiterait-il siéger à la Chambre des députés ? Il n’« exclut » bien sûr « pas » de devenir ministre, rétorque Schmit. Mais cela serait « bien trop spéculatif pour l’instant ». De plus, il est tout nouveau au sein du parti, « il y en aurait certainement d’autres ». Jean-Claude Schmit explique toutefois que c’est précisément le fait d’avoir remarqué qu’un fonctionnaire, fût-il le chef du service de la santé publique, prépare les décisions ministérielles, mais que c’est finalement le ministre ou la ministre qui prend la décision, qui l’a poussé à se porter candidat. Il vise donc bel et bien le poste de ministre. D’une certaine manière. Et au sein du LSAP, c’était « évident » : « Je n’ai frappé à la porte d’aucun autre parti ». Ce qui est tout à fait logique, puisque la ministre de la Santé est membre du LSAP.

S’il était élu à la Chambre et s’il acceptait le mandat, il devrait quitter ses fonctions de directeur de la Santé. Il estime que la recherche d’un successeur s’avérerait alors probablement difficile. Les médecins spécialisés en santé publique ne sont pas nombreux, cette spécialité ne faisant pas partie de toutes les formations médicales. Par ailleurs, le recrutement de médecins pour la fonction publique est généralement difficile. Notamment en raison des salaires. M. Schmit estime qu’à l’extérieur, un médecin gagne facilement 5 000 à 6 000 euros de plus que le directeur de la Santé.

Schmit s’est fait connaître pendant la pandémie de Covid. Environ une fois par mois, il intervenait sur RTL pour répondre aux questions des auditeurs. On pouvait également le voir en direct sur Internet. Du coup, les gens l’interpellaient aussi dans la vie de tous les jours. « Au début, la plupart me posaient des questions, mais rares étaient ceux qui se montraient agressifs. » Avec le temps, l’agressivité sur les réseaux sociaux s’est intensifiée. « Certains anti-vaccins m’attaquent encore aujourd’hui. » Dans l’ensemble, le Luxembourg s’en est « plutôt bien » sorti pendant la pandémie : « La surmortalité statistique a été chez nous relativement faible par rapport à d’autres pays, les écoles ont rouvert plus tôt, l’économie s’est redressée plus rapidement. » Bien sûr, c’est aussi un avantage de ce petit pays où les distances sont courtes. Contrairement à la Belgique ou à l’Allemagne, avec leurs structures fédérales et régionales et leurs « couches de décideurs ».

Il n’a pas connu de véritable politisation. Au CHL, il a travaillé pendant vingt ans au Service national
des maladies infectieuses. Spécialisé dans le VIH, il a mis en place un laboratoire de recherche en rétrovirologie au Centre de recherche public – Santé, précurseur du LIH. « J’avais choisi la médecine du VIH lorsque l’épidémie a éclaté au milieu des années 80. Je trouvais cela particulièrement important sur le plan social. J’ai également choisi en toute conscience de travailler au CHL, car j’y associais une certaine conception de la médecine : soigner, former, faire de la recherche. »

Il se présente aux élections sur la liste centrale du LSAP en s’engageant à œuvrer en faveur d’un « système de santé bien organisé, des hôpitaux, des soins ambulatoires et du secteur libéral ». Des réorganisations seront inévitables. La médecine évolue rapidement, tout comme la répartition de la population sur le territoire, ce qui soulève la question de la proximité, notamment en ce qui concerne les centres médicaux, qu’ils soient consacrés à la médecine générale ou « pluridisciplinaires ». Il ne doit pas y avoir d’opposition entre les hôpitaux, mais plutôt une mise en réseau. La question de savoir comment les cliniques peuvent se spécialiser se pose également. Les « réseaux de compétences », prévus depuis la loi sur les hôpitaux de 2018, commencent lentement à se mettre en place. Trois d’entre eux sont « plus ou moins opérationnels » : l’un pour le traitement des maladies rhumatismales, un autre pour les maladies neurodégénératives et un troisième pour la prise en charge de la douleur. Si tout cela a pris autant de temps, c’est en raison de la complexité de l’entreprise : « Les hôpitaux pensaient que cela ne concernait qu’eux. Mais ce n’est pas le cas, il s’agit de chaînes de soins impliquant différents acteurs. De nombreux patients souffrant de douleurs, par exemple, doivent être pris en charge à domicile. »

La formation est pour lui un autre sujet important : « Actuellement, l’université assure les trois premières années d’études de médecine, jusqu’au bachelor. Si nous voulons passer au master, les hôpitaux doivent s’impliquer davantage. » C’est aussi une question de qualité. « Il faudrait en effet que nous prouvions que nous sommes compétents. »

À la question de savoir quelle importance revêt la politique de santé en tant que thème de campagne pour le LSAP, Jean-Claude Schmit répond : « Nous en discutons encore ». Comme Romain Nati estime lui aussi qu’il existe d’autres thèmes, cela constitue un indice supplémentaire que le parti souhaite éviter que la politique de santé ne soit encore davantage utilisée à son encontre.

Si son élection ne se concrétise pas, Jean-Claude Schmit envisage de continuer à exercer ses fonctions de directeur de la santé publique. Il ne pense pas qu’il aurait dû démissionner peu avant d’annoncer sa candidature. Il affirme n’avoir plus beaucoup été présent sur la scène publique. Et les ministres, par exemple, qui souhaitent être réélus, ne démissionnent pas non plus…

Gérard Schockmel (DP)

« J’aimerais bien avoir Impakt »

C’était sans doute celui qui savait expliquer la pandémie : l’infectiologue Gérard Schockmel. Grâce à sa manière pour ainsi dire prévenante de mettre ses téléspectatrices et ses auditeurs à l’aise, là où ils en étaient, et à l’expertise qui se cachait derrière. Ce médecin, qui exerce aux Hôpitaux Schuman, a acquis cette expertise au fil des différentes étapes de sa carrière. En tant que clinicien, il traite les maladies infectieuses, non seulement virales, mais aussi bactériennes, par exemple. Il a travaillé chez le laboratoire pharmaceutique suisse Roche dans le développement de médicaments, où il s’est consacré aux protéines recombinantes, également utilisées dans les vaccins contre la Covid. Il a participé à la mise au point d’un test PCR pour le VIH, qui était le plus sensible au monde et qui indiquait également l’efficacité des médicaments. De retour au Luxembourg en 2002, il a d’abord mis en place le laboratoire de l’Hôpital de Kirchberg, puis l’a étendu à l’ensemble du groupe Schuman.

Fort d’un tel savoir-faire en matière d’infections, de diagnostic, de traitement, de biologie moléculaire et de biotechnologie, cet homme de 62 ans était pour ainsi dire prédestiné à intervenir à la radio et à la télévision ou à répondre aux questions des journalistes. Même si : « À l’époque, je faisais ça à titre accessoire. Je ne faisais pas partie du groupe de travail sur le Covid, je continuais à exercer mon métier à l’hôpital. » Pendant deux ans, il aurait travaillé environ 20 heures supplémentaires par semaine. « À la fin, j’étais complètement épuisé. » Mais qu’importe : s’il avait travaillé 38 heures par semaine, comme le prévoit la convention collective pour le personnel hospitalier, « je n’aurais rien accompli de ma vie ».

Un médecin membre du LSAP ne tiendrait pas ce genre de propos, ou alors seulement en privé. Or, Gérard Schockmel se présente aux élections sous la bannière du DP, au centre. Il aurait également été approché par le CSV et les Verts. Il a décliné l’offre du CSV en raison de l’affaire « Frëndeskreess » : « Tous les membres du Frëndeskreess auraient dû démissionner. » Et parce qu’au Parlement européen, le groupe du Parti populaire européen s’est allié à des forces telles que l’AFD allemande contre la législation sur la renaturation, les deux députés luxembourgeois du PPE ont ainsi voté en faveur de cette position. La protection de la nature et du climat est très importante pour Gérard Schockmel. Mais les Verts lui semblaient finalement trop à gauche, trop hostiles au grand capital. « Or, nous avons besoin du grand capital pour la protection du climat, nous avons besoin d’un capitalisme vert ! »

Venons-en maintenant au DP. Dans le chapitre consacré à la santé de son programme électoral, plusieurs idées et propositions remontent à Schockmel. Par exemple, celle selon laquelle chaque groupe hospitalier devrait disposer d’un médecin spécialiste en infectiologie. En réalité, dit-il, cela ne suffit pas : il faudrait qu’il y en ait un par hôpital. C’est ce que prévoient les directives de l’ECDC, l’agence européenne de prévention et de contrôle des maladies, qui a d’ailleurs déjà adressé un avertissement au Luxembourg à ce sujet. La Direction de la Santé, dirigée par Jean-Claude Schmit, collègue de Gérard Schockmel, en est consciente, mais « rien n’a été fait ». Or, des connaissances spécialisées approfondies sont nécessaires non seulement pour le traitement des maladies infectieuses, mais aussi pour la prévention des infections. « Au Luxembourg, il y a des infirmiers-hygiénistes dans les hôpitaux. Mais cela ne suffisait pas, il faudrait un médecin-hygiéniste par établissement. » Notamment parce que ce type de prévention reviendrait à se mettre à dos les médecins. « Il vaut mieux qu’un médecin s’en charge. »

La création d’un « centre d’excellence » revêtirait également une grande importance à ses yeux. Dans le programme du DP, ce terme apparaît au pluriel à la page 70, et désigne des centres dédiés à des spécialités cliniques. Gérard Schockmel voit les choses différemment : il estime qu’un centre est nécessaire pour collecter des données sur les traitements, et ce à très grande échelle. Qu’il s’agisse des patients hospitalisés ou de ceux des cabinets médicaux, tous les diagnostics, traitements, analyses, etc. Ce centre doit être indépendant, souligne Gérard Schockmel, sans le moindre lien avec le ministère de la Santé ou la CNS. C’est la seule façon de garantir la transparence et de pouvoir gérer des ensembles de données qui, bien qu’énormes, seraient maîtrisables grâce à des algorithmes ; des données qui seraient complètes, permettant ainsi de voir « où nous en sommes, quels problèmes il y a peut-être, ce que nous pouvons améliorer ». Au Luxembourg, il règne un grand manque de transparence. « Nous disposons de services nationaux, mais nous ne savons pas de quoi ils sont capables. » C’est dangereux si l’on souhaite développer la formation universitaire en médecine. Il estime qu’il faudrait également plus de transparence pour les patients. « Une personne qui doit se faire opérer devrait savoir combien d’opérations de ce type un médecin a déjà pratiquées. »

Gérard Schockmel insiste sur le fait que sa vision du système de santé diffère de celle du LSAP « comme le jour et la nuit ». Mercredi soir, lors d’un « Face à Face » avec Jean-Claude Schmit sur RTL, M. Schockmel avait lui aussi évoqué un « plan national » qui serait nécessaire pour réglementer le secteur en dehors des cliniques. Cependant, les « initiatives privées » telles que Hygie Imagérie à Esch ne devraient pas être contraintes de fonctionner uniquement en tant qu’antenne d’un hôpital, mais pourraient également opérer en dehors d’un plan national. Gérard Schockmel ne mettrait pas de bâtons dans les roues aux investisseurs et aux acteurs étrangers. « Ils viendront de toute façon ! »

Le LSAP, affirme Gérard Schockmel, propose désormais toutes sortes de bonnes idées, mais n’a rien fait pendant des années. Il a négligé la croissance démographique, au lieu d’adapter les structures et l’organisation des soins de santé. Il ne fait aucun doute que cet infectiologue, fort d’un parcours varié allant d’Oxford aux grandes entreprises pharmaceutiques en passant par les start-ups, souhaite se faire élire. Mais dans quel but, se demande-t-il toutefois. Il aimerait avoir de l’« impact ». Au sein d’un Parlement comptant 60 députés, en tant que membre d’un groupe parlementaire et intégré à une coalition, si cela devait se produire, il n’en aurait sans doute pas, songe-t-il.