« Ça avance bien », déclare la députée Francine Closener (LSAP) dans un entretien accordé au journal « Land ». Depuis début 2025, elle préside le Parlement du Benelux, l’organe consultatif de l’Union du Benelux. En décembre, le Luxembourg a pris la présidence du Comité des ministres, l’organe exécutif du Benelux. Présider ces deux instances est une source de satisfaction pour Mme Closener, qui estime qu’il faut saisir cette opportunité. Mardi dernier, deux fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères ont présenté les priorités à l’Assemblée interparlementaire, qui fait partie du Parlement du Benelux. En principe, ils souhaitent reprendre là où la présidence belge s’est arrêtée : élaboration d’un système de reconnaissance automatique des diplômes scolaires, accord contre la fraude aux prestations sociales, politique de sécurité transfrontalière. Ils souhaitent également mettre l’accent sur certains thèmes spécifiques – « L’IA sera un sujet majeur », a déclaré M. Closener.
Au-delà de la coopération régionale, le Benelux sert avant tout de forum et d’instrument permettant de négocier des positions communes afin de gagner en poids sur la scène européenne. Cela revêt une importance particulière pour le Luxembourg, qui souhaite ainsi se faire entendre. Le fait qu’un gouvernement populiste de droite et eurosceptique soit au pouvoir aux Pays-Bas et que le gouvernement belge ne fonctionne plus qu’à titre intérimaire depuis les élections de juin suscite des inquiétudes. « Mais ma question sur la manière de gérer cette situation complexe a été relativisée par les deux fonctionnaires. Au niveau du Benelux, ces circonstances n’auraient pas d’impact majeur », explique Meris Sehovic (Les Verts), qui a assisté à la réunion de la commission mardi. Interrogé par le journal sur la manière dont il comptait gérer cette situation, le ministère des Affaires étrangères n’avait pas répondu avant la clôture de la rédaction.
Malgré son optimisme, Mme Closener est consciente que des défis l’attendent. Le projet des Pays-Bas de ne proposer certaines filières qu’en néerlandais pose un problème au Luxembourg. En particulier depuis le Brexit, les Pays-Bas, seul pays voisin où il est possible de suivre des études en anglais, ont gagné en popularité en tant que destination universitaire. « On ne sait pas encore si cette question sera abordée au niveau bilatéral ou dans le cadre du Benelux », explique-t-elle.
Pour le député européen Charel Goerens (DP), la situation actuelle de l’Europe est un « défi qu’il faut relever. Les difficultés ne sont pas minces, mais ce n’est pas une raison pour rester figé par la peur. Il ne faut pas se laisser paralyser ». Outre les crises internes que traversent certains États membres, l’UE est confrontée à des questions fondamentales en matière d’élargissement, d’intégration et de gouvernance : neuf États ont le statut de pays candidats à l’adhésion, dont l’Ukraine et la Géorgie. « Tous les autres moteurs qui faisaient habituellement avancer l’UE sont tombés en panne. La relation franco-allemande ne fonctionne absolument pas pour le moment », explique M. Goerens. Il voit là une opportunité pour le Benelux de donner une impulsion afin de franchir une nouvelle étape d’intégration au sein de l’UE.
L’optimisme, c’est bien beau, mais d’un point de vue réaliste, le Luxembourg perd lentement mais sûrement ses alliés sur la scène européenne. Il n’est pas si facile de faire abstraction des divergences de valeurs entre les gouvernements des pays du Benelux. Penser que, dans la configuration actuelle, ces pays continueront à adopter une position commune dans le contexte européen relève du vœu pieux. D’autant plus si l’on considère que les Pays-Bas ont déposé en septembre une demande de dérogation aux règles de l’UE en matière d’asile.