Le 21 janvier, la majorité gouvernementale et le LSAP ont adopté une motion au Parlement. Dans celle-ci, ils réclamaient l’interdiction de « l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans ».
Une telle interdiction est en vigueur depuis 57 ans. L’article 342-1 du Code du travail interdit, jusqu’à l’âge de 15 ans, « tout travail rémunéré accompli par des enfants ainsi que tout travail non rémunéré mais accompli de manière répétée ou régulière ».
L’Essentiel, RTL et Paperjam vivent des recettes publicitaires. Ils doivent attirer leurs lectrices et leurs auditeurs vers la publicité. Pour ce faire, ils comblent l’espace entre les annonces et le temps d’antenne entre les spots publicitaires avec des contenus adaptés. Pour ce travail, ils versent un salaire ou des honoraires aux journalistes et aux animateurs.
Les réseaux sociaux tirent eux aussi leurs revenus de la publicité. Ils ne se contentent pas de vendre aux annonceurs des espaces publicitaires et du temps d’antenne. Ils leur vendent également des groupes cibles : avec toutes les données collectées sur les plateformes concernant la personnalité des utilisateurs, leur comportement de consommation, leurs habitudes, leurs centres d’intérêt et leur cercle de connaissances. Cela permet aux grandes marques de diffuser des publicités personnalisées sur les écrans.
À l’instar des journaux gratuits et des chaînes privées, les réseaux sociaux doivent eux aussi attirer les consommateurs vers la publicité. Pour ce faire, ils comblent l’espace entre les publicités avec des contenus adaptés. Pour cela, ils dépendent des publications des utilisateurs. Mais ils ne versent ni salaire ni rémunération en contrepartie.
Les utilisateurs n’achètent rien. Ce ne sont pas des clients. D’un point de vue économique, ce sont des travailleurs non rémunérés. Ils produisent des textes, des images et des vidéos grâce auxquels Facebook, Instagram et TikTok peuvent tirer profit de la publicité. Beaucoup le font en violation de l’article 342-1 relatif au travail des enfants. Ils paient eux-mêmes leurs outils de travail, leurs ordinateurs et leurs téléphones portables.
Ils prennent plaisir à ce travail déshumanisé devant un écran. On leur retire 100 % de valeur ajoutée. D’autres entrepreneurs ne peuvent qu’en rêver. En 2024, Facebook a réalisé un bénéfice net de 91 milliards de dollars grâce à la vente de profils d’utilisateurs et à la diffusion de publicités (businessofapps.com). Cela correspond au produit intérieur brut du Luxembourg.
Les réseaux sociaux sont des usines informatiques dotées de serveurs, de logiciels et de bureaux. Les propriétaires de ces moyens de production décident de leur accès, de leur fonctionnement, de la protection des données et de la liberté d’expression. Les plus grandes entreprises sont des quasi-monopoles comptant entre deux et trois milliards d’utilisateurs. À l’exception de TikTok, elles appartiennent à des milliardaires américains : Mark Zuckerberg (Facebook, WhatsApp, Instagram), Larry Page (YouTube), Bill Gates (LinkedIn), Elon Musk (X). Donald Trump est leur président. Lors de sa prestation de serment, ils occupaient les places d’honneur.
Elon Musk, figure d’extrême droite, a racheté la plateforme déficitaire Twitter. Car les réseaux sociaux remplissent également une fonction idéologique. En tant que « mécanisme médiatique, sémantique et social destiné à capter, reproduire et amplifier la bêtise individuelle et collective. […] Et c’est à partir d’une stupidité psychique que naît, dans cette machine, la stupidité politique » (Georg Seeßlen, Blödmaschinen II, Berlin 2025, p. 329).
Au Parlement, les députés ont déploré que les jeunes ne se sentent pas bien dans leur peau. Parce que les réseaux sociaux, les téléphones portables et le « doomscrolling » provoqueraient des troubles psychologiques. Les politiciens ne veulent pas reconnaître aux jeunes le droit d’éprouver une peur justifiée face à la guerre, à la catastrophe climatique, au chômage et à la pauvreté.
Les réseaux sociaux ne font que refléter la brutalité, le sexisme et le racisme réels d’une société compétitive. Ils attisent l’hystérie grâce au travail non rémunéré d’adultes et d’enfants afin d’accroître l’attention, et donc le volume publicitaire.
Le Premier ministre Luc Frieden a promis au Parlement « la souveraineté numérique […] en matière de données, d’intelligence artificielle et de technologie quantique » (13 mai 2025). Alors que l’on reproche aux élèves de « passer trop de temps devant les écrans », le ministre de l’Éducation, Claude Meisch, leur met des iPad entre les mains. Afin de les former à une productivité conforme aux exigences du marché du travail. Les moins productifs peuvent s’inscrire à l’agence pour l’emploi via myguichet.lu à l’aide d’un formulaire en ligne.