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Politique 4 min de lecture

souveraineté monétaire

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition octobre 2025
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Avec le « Zukunftspak », le DP, le LSAP et les Verts ont créé en 2014 un fonds souverain intergénérationnel. Celui-ci a pour objectif de placer les recettes supplémentaires de l’État au profit des générations futures. La semaine dernière, dans son discours sur le budget, Gilles Roth a évoqué les actifs du fonds : « Il y a déjà un pour cent en bitcoins là-dedans. »

L’enthousiasme d’un ministre des Finances chrétien-social pour le bitcoin peut surprendre. Le CSV défend traditionnellement un État fort. C’est pendant la crise financière de 2008 que des informaticiens anonymes ont créé cette cryptomonnaie. Comme une attaque libertaire contre l’État et sa souveraineté monétaire. À l’instar de la monnaie privée que l’Arbed a imprimée à la fin de la Première Guerre mondiale pour payer les salaires. Comme une contribution à la privatisation de la monnaie réclamée par Friedrich Hayek.

Un bitcoin est « une monnaie électronique sous la forme d’une chaîne de signatures numériques » (Satoshi Nakamoto, Bitcoin : A Peer-to-Peer Electronic Cash System, 2008, p. 2). Sans contre-valeur matérielle, sans garantie de l’État, ce code cryptographique n’est qu’un jeton de casino pour les spéculateurs. Une chaîne de lettres accumulées pour former une pyramide de Ponzi. Sans oublier les opérations à terme, les ventes à découvert et l’évasion fiscale. En raison de l’évolution erratique de son cours, il ne peut servir ni d’étalon de valeur, ni de moyen de paiement. Sa nature cryptique le rend d’autant plus prisé pour les transactions criminelles.

Mettre en circulation ces « pièces électroniques », en créer une pénurie artificielle, nécessite des ressources informatiques et financières croissantes, centralisées entre les mains d’une poignée de personnes. Le prix est déterminé par les paris des spéculateurs d’aujourd’hui sur la cupidité des spéculateurs de demain. La spéculation sur les cryptomonnaies représente la consommation électrique d’un État européen de taille moyenne.

Le secteur financier local veut lui aussi en tirer profit. Du commerce des bitcoins et des ethers, en passant par le système bancaire parallèle avec les stablecoins. Le gouvernement et le Parlement s’empressent de mettre en place le cadre réglementaire nécessaire. Dès 2014, l’autorité de surveillance bancaire CSSF avait qualifié les cryptomonnaies de « monnaie », leur avait attesté leur sérieux et avait agréé les premiers opérateurs de cryptomonnaies. En 2015, lors du salon ICT Spring, elle s’était engagée à délivrer des licences aux opérateurs de cryptomonnaies dans un délai de 24 heures, ou de six mois au maximum.

Le 30 décembre 2024, un règlement européen relatif à la « Markets in Crypto-Assets Regulation » (MiCAR) est entré en vigueur. 23 jours plus tard, le Parlement a adopté une loi correspondante. Dans un élan de consensus national, seuls deux députés de gauche se sont abstenus en silence. Même si Franz Fayot (LSAP) a approuvé le texte « avec toutefois un petit pincement au cœur ». Mais selon André Bauler (DP), la « mise en œuvre rapide des réglementations européennes » revêtirait une « importance stratégique » pour le secteur financier local.

Comme pour les banques et les fonds d’investissement, le règlement instaure des « passeports européens » : lorsque les opérateurs de cryptomonnaies obtiennent une licence dans un pays, celle-ci leur permet d’exercer leurs activités dans toute l’Union européenne. Des procédures d’agrément plus rapides et plus souples visent à attirer les opérateurs de cryptomonnaies au Luxembourg – plutôt qu’en Irlande, à Malte ou en Estonie. L’ajout de 1 % de bitcoins dans le fonds générationnel sert d’argument publicitaire.

Dans une déclaration datée du 15 septembre, les autorités de surveillance bancaire françaises, autrichiennes et italiennes constatent que « les premiers mois d’application du règlement ont permis de constater de fortes divergences dans sa mise en œuvre entre les autorités nationales ».

Avec Coinbase, l’un des plus grands opérateurs de cryptomonnaies au monde s’est désormais implanté au Luxembourg. Il compterait 108 millions de clients et détiendrait 12 % de l’ensemble des bitcoins et 11 % de l’ensemble des ethers. En 2023, l’autorité américaine de surveillance des marchés financiers a poursuivi Coinbase pour des opérations illégales sur les marchés boursiers, de compensation et de change. Après la réélection de Donald Trump, elle a dû classer l’affaire. Le président américain, adepte des « meme coins », et le règlement Micar en Europe attisent une nouvelle fois la spéculation sur les cryptomonnaies.

« Le Luxembourg a pris une très bonne décision en s’intéressant au bitcoin. Il se positionne et pourrait à nouveau devancer les autres places. » C’est ainsi que Norbert Becker (Ernst & Young, Atoz, Rothschild, PayPal, DP) félicite le gouvernement, ainsi que lui-même (Paperjam, 25/10).