Salut à tous, c’est la période des fêtes. (Et un grand bonjour à Jos Nickts). Voici donc un petit résumé. Parce qu’à l’époque, il était lui aussi de la partie : Luc F.
Dee Luc F. a été dauphin, a été ministre, et s’est occupé des dossiers relatifs à la justice et à la police. Il s’est mêlé à l’affaire. Aujourd’hui encore, il y a des gens au Palais de justice qui peuvent raconter comment ça s’est passé lorsque ces deux hommes se sont affrontés : Luc F. et le procureur Biever. Si cela n’avait tenu qu’à F., ce dossier en question aurait enfin été classé. Lorsque nous, journalistes, avons entendu parler de cette dispute, nous avions du mal à y croire. Jusqu’à ce que nous recevions nous-mêmes, à plusieurs reprises, des messages privés de la part de F., toujours le même refrain, ce texte : « Tu n’as rien de mieux à faire que de te plonger dans ces vieilles histoires ? Il y a pourtant des choses bien plus intéressantes. Notre économie, par exemple, a de nouveau obtenu la note AAA. »
Le témoignage de Luc F. n’a pas été bien accueilli lors du procès Bommeleeër. Il a toutefois de nouveau évoqué les agissements de l’ancien chef de la police Pierre Reuland à l’encontre des enquêteurs. Ceux-ci voulaient les freiner. En recourant à toutes les ruses et menaces possibles. Sans succès, d’ailleurs. Roby Biever leur a apporté son soutien et a rédigé une lettre incendiaire, à l’intention précisément de Luc F. Suite à quoi Pierre Reuland a démissionné en 2008 et se retrouve dans une situation très délicate lors du premier procès des « Bommeleeër ». Et cela l’a ramené ce jour devant le tribunal : la UKLO lui reproche 33 faux témoignages. La procureure Dominique Peters lui a d’ailleurs infligé une véritable leçon dans son réquisitoire : Depuis des années, il se moquerait de la justice, l’aurait boycottée et aurait fait preuve d’une certaine « effronterie ». Pierre Reuland n’était pas le seul à se faire réprimander. Il s’est en effet passé quelque chose d’inédit : une procureure en exercice a prononcé un réquisitoire cinglant à l’encontre de l’ancien chef de la gendarmerie. Ainsi, ces personnes – le parquet et la gendarmerie –, qui font habituellement front commun, sont devenues ici des ennemis. La procureure a reproché aux anciens responsables de la gendarmerie des déclarations erronées, des contradictions et des omissions.
Quel genre de pays était-ce donc, celui où nous vivions depuis 1984 ? C’était un pays dont la sécurité intérieure reposait sur des mensonges. Il existe parmi les membres des forces de l’ordre une conviction unique, partagée par tous, lorsqu’on évoque les poseurs de bombes : leurs bombes étaient une aubaine pour la gendarmerie et la police. On peut notamment le lire dans la monographie intitulée « La Gendarmerie au Luxembourg 1797-1997 ». On y trouve, à la page 363, un graphique illustrant l’évolution du budget de la gendarmerie, qui a littéralement explosé au milieu des années 80 (hum, quel mot, mais c’était bien le cas). Cette tactique mafieuse consistant à créer de l’insécurité pour soi-disant garantir davantage de sécurité a fonctionné. Dans ce livre – que certains enquêteurs qualifient de « Bible de la gendarmerie » – on trouve de très nombreuses photos sur lesquelles figurent tous ces hommes qui, selon le procureur, devraient désormais se retrouver en prison. Car ils auraient enfreint le huitième commandement dans l’État du CSV, en pensées, en paroles et en actes. Il faut réfléchir sérieusement à ce que cela signifie pour le pays et pour ses habitants.
Cela n’a pas toujours été le cas. En 2013, Luc F. a dû faire face à une motion de censure à la Chambre à la suite de l’affaire des bombes. Le CSV et le LSAP l’ont sauvé ; mais lors des affaires SREL, lui et toute l’équipe JCJ ont failli être politiquement anéantis. Miraculeusement, F. est toutefois ressuscité d’entre les morts. Il s’est réinventé : « Le nouveau Luc », s’est-il soudain exclamé. Les accusés dans le procès Bommeleeër-bis devraient eux aussi tenter leur chance : le nouveau Pierre, le nouveau Aloyse qui aura bientôt cent ans, le nouveau Guy, le nouveau Armand.
La procureure a requis la réclusion. « C’est un exercice pénible que de requérir des peines », a-t-elle déclaré, en évitant d’utiliser le mot « Schraasseg ».