Sous le titre « Les inégalités éducatives au Luxembourg – causes, analyses et pistes de solution », la Fondation Robert Krieps, proche du LSAP, a publié en collaboration avec le SEW/OGBL un livret de 77 pages comprenant dix articles. La date de publication a été choisie de manière à coïncider avec celle du rapport national sur l’éducation, présenté il y a dix jours par le Lucet et le Script. La parole y est donnée non seulement à des syndicalistes, mais aussi à des chercheurs du Liser et de l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de la qualité scolaire, à un journaliste du Tageblatt ainsi qu’à des chercheurs de l’Uni.lu. Certains d’entre eux ont contribué au rapport national sur l’éducation.
Il est logique que, sous le gouvernement libéral de droite de Luc Frieden, la gauche politique cherche à nouer de nouvelles alliances ou à redynamiser les anciennes. Les désaccords passés entre les syndicats et les socialistes doivent être mis de côté, comme l’indiquent Max Leners et Marc Limpach dans leur avant-propos. Un discours de jeunesse, quelque peu empreint de pathos, de Robert Krieps est cité, dans lequel celui-ci souligne l’importance de la coopération : « Leur amour de la liberté, leur sens de la justice les ont toujours unis. Ils ont toujours trouvé les mêmes ennemis. Voilà pourquoi les intellectuels de gauche devront se décider à collaborer avec les syndicats, loyalement et fraternellement.»
Cet ouvrage propose des pistes d’explication et met en contexte les inégalités qui, tout comme le rapport sur l’éducation, ne trouveront probablement pas un large public. Certaines contributions sont en effet trop spécialisées, trop techniques. Se distingue toutefois, par exemple, la contribution de la chercheuse Anne-Catherine Guio, du Liser : on y trouve des données précises sur la pauvreté infantile dans notre pays, notamment le nombre d’enfants victimes de ce qu’on appelle la « privation ». (Une liste de 17 points, comprenant notamment des aliments frais, des livres adaptés, des jeux et des loisirs, des sorties scolaires, des vêtements et des chaussures, ainsi que l’accès à Internet, est citée comme critère de mesure.) Le Luxembourg se situe ici dans la moyenne : les pays scandinaves, mais aussi l’Allemagne et la Slovénie, obtiennent de meilleurs résultats. De plus, la proportion d’éléments qui manquent aux enfants est plus élevée : en moyenne, ils sont privés de cinq points de cette liste.
Dans son article, l’ancienne présidente de la SEW, Monique Adam, remet en question l’efficacité des écoles publiques européennes et de leurs différents profils linguistiques en tant que moyens de réduire les inégalités en matière d’éducation : « Le Luxembourg, en tant qu’État souverain, peut-il laisser aux familles le soin de décider dans quelles langues les jeunes acquièrent leurs connaissances ? Le luxembourgeois suffirait-il, en tant que seule langue commune, à garantir la cohésion sociale ? » Elle met en garde contre le risque d’« aggraver les clivages entre les classes sociales ». En effet, les premiers résultats de recherche indiquent que les écoles publiques européennes sont plutôt fréquentées par les enfants de familles aisées. Mais il faut également reconnaître que les syndicats ont bloqué une réforme de l’enseignement des langues dans le système scolaire traditionnel bien avant que Claude Meisch (DP) ne devienne ministre de l’Éducation, il y a onze ans.