Autrefois, on les appelait des inspecteurs, et quand l’un d’entre eux se présentait à l’école, la situation devenait sérieuse. « Il y avait encore deux classes où les enfants se levaient quand j’entrais – je leur ai récemment demandé de ne plus le faire », raconte Gérard Roettgers. Cette époque est révolue. Gérard Roettgers, aux yeux d’un bleu vif perçant, est directeur de la DR14, la deuxième plus grande direction régionale Nord du pays en termes d’effectifs, qui regroupe les communes d’Aerenzdall, Bettendorf, Bourscheid, Colmar-Berg, Diekirch, Erpeldingen/Sauer, Ettelbrück, Feulen, Reisdorf, Schieren, Tandel, Vianden ainsi que le syndicat scolaire de Sispolo à Park Hosingen et Putscheid. Il s’agit d’assurer le bon fonctionnement de l’organisation scolaire de 4 198 élèves des cycles 1 à 4, ainsi que de 638 fonctionnaires et employés.
Lundi matin, réunion hebdomadaire de l’équipe à Diekirch. Roettgers et deux de ses codirecteurs, Patrick Lepage et Luc Reis, examinent avec attention l’ordre du jour varié, dont les points sont traités un à un avec une grande routine. Qui ira voir quel stagiaire, quel jour, dans deux semaines ? Une mère revient après un congé parental prolongé ; elle a besoin de formations continues. L’agriculteur d’une petite commune hésite encore à céder son terrain pour la construction d’une nouvelle école ; les choses avancent donc au ralenti. Lorsque le nombre d’enfants augmente dans une commune, ou que l’indice social évolue, cela a une incidence sur le nombre d’heures d’enseignement dont elle bénéficie. Cela entraîne à son tour une réorganisation des postes d’enseignants. Tout cela nécessite une gestion. « Le tout est devenu assez complexe, si bien que les communes ne s’y retrouvent pas toujours », estime Gérard Roettgers.
Sur une tasse à café posée sur la table, on peut lire : « Nous travaillons de manière efficace et en gagnant du temps grâce à une bonne communication à tous les niveaux ». « Notre nouvelle philosophie d’entreprise », répond Roettgers. Le bâtiment de Diekirch accueille également des psychologues, des pédagogues et des orthophonistes, car le service dédié aux enfants ayant des besoins particuliers (Eseb) a été considérablement développé ces dernières années. À noter : lorsque tout se passe bien à l’école, on ne se rend en principe pas dans ces locaux. Dans l’ensemble, les directions sont chargées de garantir la qualité et l’organisation scolaires et de jouer un rôle de médiation en cas de problèmes. On peut les qualifier de compromis, car la volonté politique et surtout syndicale de mettre en place des directeurs d’école dans les écoles primaires fait toujours défaut. En cas de conflit, notamment entre les parents et le personnel enseignant, il existe certes dans chaque école ce qu’on appelle le « président d’école », chargé de tâches transversales quelques heures par semaine, mais celui-ci ne dispose d’aucun pouvoir hiérarchique.
La première visite de la journée nous conduit à Ettelbruck, au cycle 4. Luc Reis, qui a enseigné à l’école primaire pendant 23 ans avant de rejoindre la direction régionale, doit examiner le cas de deux élèves susceptibles de bénéficier d’une « orientation anticipée ». Cela signifie qu’en raison d’un allongement de la scolarité, elles ont déjà atteint l’âge requis pour entrer au lycée. Nous sommes assis au fond de la classe ; l’enseignante apporte les cahiers des élèves. Ce n’est pas seulement à cause d’une matière en particulier qu’Elena* et Sandra* pourraient bénéficier d’une entrée anticipée, explique-t-elle en introduction. Les élèves atteignent leurs limites et en prennent conscience. Il serait souvent plus facile pour les enseignants du secondaire d’accueillir les élèves plus tôt – cela permettrait de combler davantage leurs lacunes, explique Luc Reis. Le dossier d’Elena contient des graphiques présentant ses niveaux de compétence ; dans les matières principales, elle se situe nettement en dessous de la moyenne. « Ce n’est pas une honte d’intégrer les modules », dit M. Reis. De qui s’agit-il donc ? Elena se retourne timidement et nous fait signe. La décision de savoir si Elena et Sandra commenceront plus tôt le régime préparatoire revient à leurs parents. S’ils ne sont pas d’accord, le cas sera examiné par une commission d’orientation.
Dans les tableaux des documents publiés par le Liser concernant l’indice social des communes, parus en mai 2022, la ville d’Ettelbruck apparaît en rouge en ce qui concerne la précarité professionnelle des parents et le fait que la langue maternelle soit autre que l’allemand ou le luxembourgeois. Selon le rapport sur l’éducation 2021, moins de 25 % des élèves de cette commune sont orientés vers le gymnase. Seules les communes de Wiltz, Larochette, Vianden et Differdange affichent des pourcentages inférieurs. « L’idée qu’une école internationale puisse constituer une alternative entre de plus en plus souvent dans les réflexions », explique Luc Reis.
Lorsque la nouvelle loi sur l’école a été votée en 2009, cela a également entraîné une réforme de l’Inspection de l’éducation. Les 23 circonscriptions des inspecteurs ont été supprimées et remplacées par 15 directions régionales, après que le Conseil d’État eut formulé des objections à l’encontre d’un premier projet de loi en 2012. Les directeurs sont nommés par le ministre de l’Éducation, Claude Meisch (DP), qui souhaitait ainsi alléger la charge de travail sans cesse croissante des inspecteurs. En coulisses, on reproche à cet organe administratif d’être une structure pléthorique, à l’instar de tant d’autres innovations organisationnelles du ministre libéral de l’Éducation. En effet, ces dernières années, une multitude de nouvelles structures ont vu le jour au sein du ministère de l’Éducation – « Elteren an der Schoul » ou l’Observatoire national de la qualité scolaire, pour n’en citer que deux – dont on ne peut encore ni évaluer ni prévoir les conséquences. Elles donnent parfois l’impression d’un activisme de façade – afin qu’on ne puisse pas reprocher au ministre d’avoir tourné en rond pendant ses années au gouvernement. (d’Land, 26 mai 2017) « Il faut un certain temps avant que les réformes scolaires ne produisent leurs effets », explique Patrick Lepage, codirecteur.
Cet après-midi, une visite à l’école primaire de Feulen est prévue afin d’assister à la leçon donnée par un enseignant remplaçant. Le directeur doit observer ce dernier en classe et lui faire part de ses commentaires. « Nous devons parfois prendre des décisions instinctives, pour lesquelles nous aimerions disposer de plus de temps », déclare Gérard Roettgers sur le chemin. Il souligne que lors d’une visite d’école, il n’a toujours qu’un aperçu instantané, une photo, et que les directeurs doivent donc faire confiance au personnel enseignant, qui suit au quotidien le « parcours » de ses élèves et, le cas échéant, de ses stagiaires. Aujourd’hui, à Feulen, le cours de français est consacré à une révision du passé composé : les élèves doivent le distinguer de l’imparfait dans un texte. Le stagiaire lit le texte aux enfants. Après une première impression, Roettgers lui explique, au fond de la salle, que les enfants apprennent mieux lorsqu’ils découvrent les choses par eux-mêmes, et qu’une bonne leçon est celle où l’enseignant n’est pas particulièrement présent sur le plan didactique. On ne peut pas improviser ce genre de cours. Pour faire un remplacement à l’école primaire, il faut suivre un stage de quatre semaines. Dans le nord, cette année, 17 stagiaires ont abandonné jusqu’à présent et 19 ont réussi. « Je ne laisse pas passer n’importe qui, il y a toujours des enfants sur lesquels on peut compter », précise Roettgers.
Le champ d’action de l’école en général, et donc aussi celui des directeurs, semble ne cesser de s’étendre. Il fallait déjà, il y a plus d’un siècle, être moralement à la hauteur de cette responsabilité : « L’accomplissement de ce lourd devoir, qui profite avant tout à l’école et, par là même, à l’épanouissement matériel, moral, intellectuel et culturel de notre petit pays, exige une formation supérieure et des qualités de caractère irréprochables, qui élèvent l’inspecteur au-dessus du niveau ordinaire et doivent conférer à ses paroles, sur le plan pédagogique et éducatif, le cachet de la sincérité, ou tout au moins de la crédibilité. Ce sont là d’excellentes qualités, qui sont loin d’être l’apanage de tout un chacun, et qui doivent s’acquérir par une longue pratique dans la poursuite d’idéaux », écrivait en 1911 l’hebdomadaire *Die Neue Zeit – Les Temps Nouveaux* pour décrire la figure de l’inspecteur scolaire.
112 ans plus tard, dans la même salle de conférence à Diekirch, les codirectrices Nathalie Heftrich et Vicky Witry sont cette fois-ci également présentes. L’année dernière, la question a souvent été soulevée de savoir si certains thèmes et préoccupations relevaient encore de la compétence de l’école. Les codirectrices s’accordent à dire que l’empathie revêt une importance croissante, car on constate de plus en plus de problèmes d’attachement chez les enfants. Elles en attribuent les raisons à toute une série de facteurs, notamment le manque de temps des familles. Elles se gardent toutefois de toute stigmatisation sociale excessive : le fait de passer beaucoup de temps dans des structures d’accueil externes ou seul devant une tablette n’est pas la seule cause de ce changement. Néanmoins, l’empathie devient de plus en plus importante dans leur métier, ainsi que pour le personnel enseignant : « C’est important de donner à l’enfant le sentiment qu’on est à son écoute », explique Roettgers. Car le village, censé élever les enfants selon le proverbe souvent cité, n’existe plus. « L’école doit plus que jamais offrir une structure, un cadre », explique Patrick Lepage.
En ce qui concerne les méthodes d’enseignement, beaucoup de choses ont changé. Les enseignants qui souhaitent encore enseigner comme il y a 30 ans se heurtent à leurs limites, car cela ne fonctionne plus. Il n’est désormais plus possible d’esquiver non plus un débat de fond sur la manière dont l’école et les structures d’accueil externes s’articulent entre elles. « La question se pose de savoir si les deux après-midis libres par semaine sont encore d’actualité », ajoute Gérard Roettgers. Personne ne souhaite toutefois prendre position de manière trop tranchée sur ce sujet – ni sur aucun autre d’ailleurs.
Dans l’après-midi, Gérard Roettgers et Vicky Witry se rendent dans une école de Gilsdorf. Sur les bureaux, des feuilles d’exercices arborent le visage du Premier ministre Xavier Bettel. « Voici l’homme politique du Luxembourg », explique une élève. Au fond de la salle se trouve une rangée de coupes en Lego, « uniques dans le pays », précise leur professeur en souriant. En effet, deux classes de niveau supérieur de Gilsdorf ont décroché de belles places le week-end dernier lors de la « First Lego League » en Belgique. Elles ont programmé des robots qui se sont même révélés plus performants que ceux des lycées. Roettgers s’avance devant la classe et déclare : « À la direction, nous sommes très fiers de vous. »
*Les noms des élèves ont tous été modifiés.