Le long de la Moselle idyllique, Jack et Wouda, un couple de cyclistes néerlandais en route pour Vérone, découvrent la campagne luxembourgeoise, profitant de l’atmosphère paisible et des infrastructures cyclables bien développées. Comment trouvent-ils leur voyage jusqu’à présent ? « Honnêtement… c’est un peu ennuyeux. » Pourquoi ça ? « Il n’y a personne ici ! Ce matin, à l’hôtel, il n’y avait que nous deux ! Où sont passés tous les gens ? C’est l’été, ce sont les vacances ! », s’étonnent-ils.
Comme le dit si bien le proverbe : on n’a rien sans rien. Si les touristes de la Grande Région et d’autres pays ne sont pas informés des infrastructures cyclables du Luxembourg et de son réseau de pistes cyclables bien aménagé de 700 kilomètres, ni d’initiatives telles que « Move We Carry » ou « Rent a Bike », il n’est guère surprenant que peu de personnes recourent à ces offres. « Depuis 20 ans, nous mettons en place un réseau de qualité qui n’a en réalité jamais été véritablement mis en avant », explique Monique Goldschmit, présidente de l’initiative ProVelo, dans un entretien accordé au journal *Der Land*. Les cyclistes amateurs ignorent généralement que l’EuroVelo 5, qui part de Canterbury en Angleterre et se termine à Brindisi en Italie, traverse également le Luxembourg. Ou encore que la Voie Bleue relie directement le Luxembourg à Lyon. À l’étranger, le Grand-Duché est connu – à juste titre – pour le sentier de randonnée du Müllerthal, grâce à des stratégies marketing ciblées et à une promotion intensive ces dernières années. De nombreuses agences de voyage de la Grande Région, spécialisées dans l’organisation de randonnées, ont solidement intégré le sentier du Müllerthal dans leurs programmes. Mais des agences étrangères qui planifient et promeuvent des voyages à vélo à travers le Luxembourg ? Il n’y en a pas. Pourtant, nous avons beaucoup à offrir : des transports publics gratuits, qui permettent de transporter différents types de vélos, vélos électriques et BMX, jusqu’au « Vëlosummer ». « Il faut faire connaître les offres existantes comme il se doit », explique Monique Goldschmit.
Le long de la piste cyclable de la Moselle, pratiquement déserte, on croise une poignée de cyclotouristes de la région. René (71 ans) habite à quelques kilomètres seulement de Schengen, en France, et vient régulièrement faire du vélo au Grand-Duché, le long de la Moselle. Lorsqu’on lui a demandé s’il participerait au Vëlosummer 2024, il a répondu, surpris : « Dans notre presse locale, je n’ai rien vu », bien qu’il la suive régulièrement. On ne sait pas vraiment si cela tient au fait que les communiqués de presse luxembourgeois ne sont pas relayés de l’autre côté de la frontière, ou si l’on part du principe que la région voisine s’informera d’une manière ou d’une autre sur le Vëlosummer. Martine Kneip, directrice du Musée européen de Schengen, explique au journal *Land* que le Ponton de Schengen s’efforce de « promouvoir de manière proactive le Vëlosummer, car il n’est pas très connu ». Elle estime qu’il serait « dommage que les gens ne soient pas au courant ». Au Ponton, par exemple, les dépliants du Vëlosummer de l’année dernière ont été laissés à disposition pendant plusieurs semaines après l’événement, afin que les touristes puissent s’informer a posteriori sur le Vëlosummer. Un petit geste qui peut certainement stimuler le bouche-à-oreille. Mais la simple mise à disposition de dépliants ne suffit pas à attirer l’attention.
« Bien sûr, le Luxembourg fait un peu de promotion », estime Monique Goldschmit. Mais ce qui est fait est loin d’être suffisant. Si l’on s’adressait au ministère du Tourisme, les reproches concernant le manque de promotion du cyclotourisme seraient probablement rejetés et on affirmerait que l’on entreprend bien sûr des actions en faveur du cyclotourisme dans le pays. Cependant, celui-ci est toujours commercialisé dans le cadre du tourisme actif ou du tourisme d’affaires. Le cyclotourisme en lui-même n’est pas présenté comme un « grand thème phare », selon Mme Goldschmit.
On pourrait par exemple commencer par améliorer la signalisation des grands itinéraires cyclables qui traversent le Luxembourg, comme l’EuroVelo 5. Alors que cet itinéraire est relativement bien balisé à Martelingen et à Schengen, ses points de départ et d’arrivée, la signalisation fait défaut dans la capitale. Il serait pourtant essentiel de guider les cyclotouristes jusqu’à la ville de Luxembourg et de les orienter spécifiquement vers l’EuroVelo 5 une fois sur place. De plus, l’Office du tourisme du Luxembourg (LFT) pourrait être présent lors des grands salons du vélo afin de présenter les pistes cyclables luxembourgeoises et d’attirer l’attention sur celles-ci. « Avec un réseau de près de 700 kilomètres dans notre petit pays, qui englobe quatre régions géologiques différentes, on ne trouve nulle part ailleurs une telle diversité sous une forme aussi concentrée. » C’est précisément cela qu’il faudrait mettre en avant. Si l’on parvenait à attirer à Luxembourg-Ville les touristes allemands et français qui font régulièrement du vélo le long de la Moselle et à les inciter à y passer deux ou trois nuits, cela présenterait des avantages économiques considérables, estime la présidente de ProVëlo.
Le manque de sensibilité à l’égard du potentiel du cyclotourisme a été particulièrement flagrant lors du salon du cyclotourisme organisé cette année à l’Aèril, à Bonn. Le Luxembourg était représenté en tant que pays invité, mais la présence politique laissait à désirer : aucun ministre, aucun représentant politique n’était présent, seulement quelques fonctionnaires. Un programme du salon intitulé « Le Luxembourg, ce pays voisin méconnu » a particulièrement attiré l’attention.
La grande question qui se pose naturellement est la suivante : pourquoi n’en fait-on pas davantage ? « Parce que ce n’est pas la priorité absolue de l’agenda politique », estime M. Goldschmit. Au sein du gouvernement précédent, Lex Delles, ministre du Tourisme du DP, avait annoncé avec beaucoup d’enthousiasme, au début de son mandat, le projet « Veloland Lëtzebuerg » et donné l’impression que la promotion du cyclotourisme au Luxembourg et le marketing constituaient une priorité absolue. Mais aujourd’hui ? « On n’en entend plus du tout parler ». Au lieu de cela, tout reste cantonné au tourisme d’affaires ou de congrès. (Interrogé à ce sujet, le ministère du Tourisme explique au journal que ce projet « Veloland Lëtzebuerg » n’a jamais existé.)
Il suffit de jeter un bref coup d’œil à la Belgique de l’Est pour se rendre compte du potentiel économique que représente la promotion du cyclotourisme. Il y a une vingtaine d’années, avant même que ne commence la construction de la piste cyclable de la Vennbahn, la situation des hôtels locaux était plutôt morose. Le trafic ferroviaire de la Vennbahn avait été définitivement interrompu dans les années 80. La décision de soutenir massivement l’ancienne voie ferrée dans le cadre d’un projet touristique s’est avérée payante. Dès trois à quatre ans avant l’achèvement de la piste cyclable de la Vennbahn, une campagne publicitaire de grande envergure a été lancée. Le marketing est devenu une priorité, et une promotion intensive a été menée parallèlement à la construction du parcours. Aujourd’hui, la piste cyclable de la Vennbahn dispose de son propre site web, qui propose différentes offres de voyage, des informations sur l’importance historique de la Vennbahn, son financement ainsi qu’un aperçu des services utiles tels que les navettes et les taxis – le tout en un seul endroit, sans avoir à rechercher laborieusement les informations une par une. Les retombées positives se sont fait sentir dans toute la Belgique de l’Est, qui est devenue un haut lieu du cyclotourisme et de la randonnée. De nombreuses nouvelles infrastructures ont vu le jour, notamment des hôtels adaptés aux familles et de petites chambres d’hôtes, qui affichent un bon taux d’occupation en saison. Cette dynamique naissante a également redynamisé les petits cafés et restaurants
le long du parcours, qui attirent aussi bien les habitants que les touristes. De la même manière, le Luxembourg pourrait tirer profit de pistes cyclables bien valorisées – notamment grâce à la promotion ciblée et au développement de diverses initiatives et concepts. Il existe certes déjà quelques bons exemples, comme les éco-lodges à Useldange et le Bed & Breakfast à Niederanven, le long de l’EuroVelo 5. Une promotion à grande échelle et un marketing ciblé pourraient contribuer à la création d’un plus grand nombre d’offres de ce type, ainsi que de cafés et de restaurants le long des pistes cyclables, tout en renforçant l’attractivité touristique du Luxembourg pour les cyclotouristes.
Pour pouvoir suivre le rythme des pays voisins et élaborer des stratégies marketing et des mesures de soutien, on manque toutefois de données et de chiffres sur le cyclotourisme et son potentiel économique. Les données fournies par Statec n’apportent guère d’informations à ce sujet. Il serait particulièrement important de disposer de statistiques sur le nombre de cyclotouristes séjournant dans des chambres d’hôtes ou des hôtels. « Pour l’instant, nous ne faisons pas la distinction entre les randonneurs et les cyclotouristes », explique l’asbl Auberge de Jeunesse du Luxembourg au journal Land. En Allemagne, en revanche, des analyses approfondies sur les habitudes de voyage à vélo de la population sont menées presque chaque année depuis 1999. Ces enquêtes offrent des informations précieuses sur le groupe cible des cyclotouristes, permettant de mieux comprendre leur comportement et leurs besoins et, sur cette base, de définir des mesures adaptées. Il serait également essentiel pour le Luxembourg d’étudier le comportement des cyclotouristes. Le manque d’intérêt statistique complique l’élaboration d’initiatives politiques visant à promouvoir le cyclotourisme dans un pays qui a pourtant beaucoup à offrir et dispose d’une infrastructure cyclable variée et bien développée.
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