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Une occasion manquée

À l'avenir, les étudiants bénéficieront d'une aide financière plus importante. Mais uniquement s'ils résident à l'étranger.

Article paru dans Édition octobre 2025
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Une occasion manquée
Amphithéâtre de Belval © Photo : Sven Becker

Nous sommes vendredi matin et l’auteure de ces lignes attend, en compagnie de quelques autres journalistes, dans le hall d’entrée du ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. La conférence de presse consacrée à la réforme annoncée de l’aide publique aux étudiants, l’AideFi, doit débuter à dix heures. À la minute près, la ministre du CSV, Stéphanie Obertin, fait son entrée dans la salle et, après un bref mot de bienvenue, aborde l’ordre du jour. Elle présente tout d’abord les données relatives à l’enseignement supérieur pour l’année universitaire 2024/2025, puis aborde la réforme. L’objectif serait d’adapter l’aide aux étudiants aux « réalités sociales et économiques ».

Après un premier coup d’œil au livret d’information distribué au début, une chose apparaît clairement : il ne s’agit pas aujourd’hui de questions de fond. La réforme comprend des ajustements financiers et des modifications formelles de certains statuts, qui devraient entrer en vigueur à partir de 2026/2027 : l’indice sera ajusté tous les six mois, une prime unique de 250 euros sera versée aux étudiants ayant terminé leur formation, la bourse de mobilité sera augmentée de 158 par an et le taux d’intérêt des prêts passera de 2 % à 1,8 %. Par ailleurs, le statut des étudiants à temps partiel a été clarifié et les doctorants ne seront désormais plus financés par l’AideFi, mais par des subventions du Fonds national de la recherche (FNR).

Cette réforme a vu le jour en étroite collaboration avec l’association étudiante Acel. En octobre 2024, celle-ci avait présenté, en collaboration avec Obertin, une déclaration d’intentions qui comprenait déjà une grande partie des changements présentés ce vendredi. Laurent Schengen, chargé de la représentation de l’Acel, explique lors d’un entretien avec le Land qu’ils sont « très satisfaits de la collaboration ainsi que de la réforme ». Lorsqu’on lui demande s’il reste des points à régler que la réforme n’aborde pas encore, il explique qu’ils sont conscients que la bourse de mobilité est en partie « injuste ». « Nous ne trouvons pas cela acceptable et le ministère partage cet avis », souligne l’étudiant. « Néanmoins, ni eux ni nous ne savons comment adapter cette aide sans pénaliser davantage d’étudiants qu’auparavant », admet-il. Fin septembre, Amir Vesali, collaborateur parlementaire du LSAP, a notamment dénoncé cette situation dans une tribune publiée dans le Luxemburger Wort au sujet de la réforme des aides d’État.

La bourse de mobilité, d’un montant de 1 566 euros par semestre, est accordée aux étudiants qui louent un logement à l’étranger pendant au moins deux mois par semestre. Les étudiants qui louent un logement sur le territoire luxembourgeois ou qui vivent en résidence universitaire, parce qu’ils habitent trop loin du campus de Belval et que les trajets quotidiens depuis le domicile parental leur font perdre trop de temps et leur causent trop de stress, continuent de ne percevoir que la bourse de base de 1 258 euros par semestre. Cela représente 209 euros par mois. À la question de savoir si les étudiants concernés de l’Université du Luxembourg sont ainsi désavantagés, la ministre a répondu que cet aspect n’avait « délibérément pas été pris en compte » et qu’on s’efforçait de « trouver une solution pour les étudiants concernés en collaboration avec les résidences universitaires ». La bourse de mobilité est destinée à « soutenir de manière ciblée les étudiants à l’étranger ».

Il a toujours été courant qu’une grande partie des étudiants luxembourgeois parte étudier à l’étranger. Cependant, depuis que l’Université du Luxembourg s’est développée et que son offre de formation est devenue plus attrayante, de plus en plus de jeunes choisissent de faire leurs études dans leur pays d’origine. Entre les années universitaires 2020/2021 et 2024/2025, le nombre d’étudiants luxembourgeois à l’Université du Luxembourg a augmenté de 440, soit une hausse de 11,6 %. En ce sens, cette aide n’est plus d’actualité : au lieu de rendre l’Université du Luxembourg plus attractive, elle continue d’inciter les étudiants à partir à l’étranger.

Amélie a suivi des études de médecine pendant un an à l’Université du Luxembourg et est originaire des environs de Troisvierges. « Pour moi, vivre chez mes parents n’était pas une option. Les trajets auraient pris trop de temps, du temps que je n’aurais pas pu consacrer à mes études », explique-t-elle lors d’un entretien avec le journal *Der Land*. Elle a trouvé une place en résidence universitaire, « mais cela n’aurait pas été possible sans le soutien financier de mes parents », souligne-t-elle. Pour sa deuxième année, elle s’est installée à Bruxelles, principalement en raison de l’offre de formation. Le fait de pouvoir bénéficier de la bourse de mobilité à l’étranger sans pour autant vivre loin de chez elle l’a confortée dans cette décision ; c’était un « bonus ». « Je trouvais tout de même injuste de voir que mes camarades du sud du Luxembourg, qui vivaient chez leurs parents, disposaient de la bourse de base comme argent de poche, alors que moi, je devais m’en servir pour payer mon loyer et mes repas », explique la jeune femme de 20 ans.

Si l’on souhaite que l’Université du Luxembourg reste attractive pour les étudiants luxembourgeois, il faudra tôt ou tard oser entreprendre une réforme en profondeur du système des aides financières. En effet, obtenir une place en résidence universitaire, comme l’a suggéré Obertin comme alternative, est une chose, mais en assurer le financement en est une autre.

Aide aux études

L’aide aux études luxembourgeoise AideFi, anciennement Cedies, se compose en principe de quatre volets : la bourse de base, la bourse sociale, la bourse de mobilité et la bourse familiale. À cela s’ajoute la possibilité de demander un prêt à taux d’intérêt plafonné. La bourse de base est versée à tous les étudiants éligibles. L’éligibilité à la bourse sociale dépend du revenu total du foyer dans lequel l’étudiant est déclaré. Si l’on étudie à l’étranger, on perçoit en outre la bourse de mobilité ; la bourse familiale est accordée lorsque plusieurs enfants d’un même foyer poursuivent des études. Les enfants de frontaliers ont également droit à ces bourses sous certaines conditions. Au cours des 25 dernières années, ce dispositif d’aide a été développé dans le but d’offrir à tous les Luxembourgeois la possibilité de faire des études, quelle que soit leur situation sociale. Cette évolution se reflète dans les dépenses publiques consacrées à ces aides : au cours de l’année universitaire 2000/2001, le montant s’élevait encore à environ 5,9 millions d’euros, contre 180,8 millions d’euros pour l’année 2024/2025.