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Sociétal 9 min de lecture

Procureure : « Ils ont prêté serment »

Procès « Bommeleeër bis »

Article paru dans Édition novembre 2025
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Procureure : « Ils ont prêté serment »
La procureure Dominique Peters, ce lundi au tribunal © Photo : Sven Becker

Cette semaine, le procès de Bommeleeër n’a duré que trois jours, et mercredi, il y a eu un rebondissement : Dans son réquisitoire, la procureure Dominique Peters a requis des peines lourdes à l’encontre de cinq accusés. Un seul d’entre eux, Marcel Weydert, devrait s’en tirer sans peine. Les autres devaient tous être condamnés, car ils auraient agi délibérément et avec « l’intention de nuire » lors du premier procès de Bommeleeër, ainsi que dans celui-ci, désormais appelé « nouveau procès ». « Les auteurs, c’est-à-dire les Bommeleeër, étaient-ils éventuellement connus des accusés ? », a demandé la procureure, répondant implicitement par l’affirmative à cette question. Et l’ont-ils admis ? La réponse est non.

L’ancien chef de la police Pierre Reuland a été arrêté. Il risque cinq ans de prison. Trente-six faux témoignages lui sont reprochés. Il se serait moqué de la justice, aurait fait preuve d’une grande « effronterie » et aurait entravé la recherche de la vérité. C’est aussi à cause de lui que la procédure judiciaire s’est autant éternisée – ce que tout le monde déplore aujourd’hui. Le principal reproche porte sur la surveillance bâclée de Ben Geiben fin octobre 1985. Reuland ne voulait pas être impliqué, mais six témoins crédibles affirment le contraire.

L’ancien chef de la gendarmerie Aloyse Harpes devrait être condamné à deux ans de prison. Il a été désigné comme un acteur incontournable dans cette affaire, mais a toujours affirmé ne rien savoir de l’enquête. Il a commis des contradictions, des omissions et des fausses déclarations, affirmant toujours le contraire de la vérité, notamment en ce qui concerne la surveillance. Il savait tout, contrôlait tout, mais ne l’admettait pas. Les enquêteurs et les agents du Srel n’auraient pas pu agir sans qu’il soit au courant. Deux phrases révélatrices de la procureure à propos de Harpes, âgé de 97 ans : « Il fait comme s’il ne savait rien. Il ne veut pas nous dire ce qu’il a découvert. »

Armand Schockweiler, donc. Il devrait écoper de trois ans de prison, car il aurait induit la justice en erreur et aurait parfois répondu de manière évasive sans rien dire. Pire encore : des éléments de preuve essentiels auraient disparu, par exemple un dispositif de mise à feu d’une bombe.

Le gendarme Guy Stebens, alors tout jeune, devait être condamné à 18 mois de prison. Lui aussi aurait dit n’importe quoi pour ne pas avoir à révéler ce qu’il savait sur l’opération « Geiben ». Il aurait tout raconté à Pierre Reuland, sans le dire ouvertement. Et que, justement, seul son carnet de notes de l’année 1985 ait disparu – c’est à ne pas croire. Guillaume Büchler devrait lui aussi être condamné à 18 mois de prison. Lors de l’opération d’observation prévue à Geiben, près de Bréissel, trois enquêteurs auraient en effet rencontré Geiben, mais auraient dissimulé les faits et donné des explications contradictoires. Büchler et Stebens auraient agi par loyauté mal comprise.

Le seul à ne pas devoir être blâmé est l’ancien membre de la Brigade mobile, Marcel Weydert. Après bien des hésitations, il a en effet refusé d’apparaître sur une photo publiée dans le journal « Wort » après l’attentat des casemates. Mais la question reste en suspens : pourquoi Scheer et Wilmes, accusés d’être les auteurs de l’attentat, tenaient-ils absolument à ce que ce soit Weydert qui figure sur la photo, et non Jos Wilmes ?

Ce devrait être la semaine des révélations, la semaine des explications. Une semaine cruciale pour la reprise ultérieure du procès contre les deux accusés, Scheer et Wilmes. Ces deux anciens gendarmes de la brigade mobile de la gendarmerie étaient également présents chaque jour au procès et ont écouté ce que les enquêteurs avaient à dire à l’encontre de leurs anciens supérieurs. Tous ceux qui ont suivi le premier procès, même de loin, ont sans doute en tête ces phrases célèbres qui y ont été prononcées : « C’est extrêmement difficile d’être le premier à citer un nom » (Guy Stebens) ; « L’enquête va jusqu’à un certain niveau, puis elle s’arrête » (Pierre Reuland) ; « Toutes les affaires ont pu être élucidées, sauf celle-ci. Pourquoi ? » (la juge Conter) ; « Ce n’était personne » (Roby Biever) ; « Cette affaire est une affaire d’État qui ne doit pas être élucidée » (l’ancien juge d’instruction Prosper Klein).

Un enquêteur a fait état des faux témoignages de Guy Stebens. Ce rapport (ainsi que tous les rapports suivants) portait sur les observations avortées d’octobre 1985 concernant Ben Geiben, l’ancien chef de la brigade mobile, alors soupçonné. Celui-ci devait être surveillé à Bruxelles. Cela a mal tourné. Geiben devait ensuite se rendre à Luxembourg deux jours plus tard, selon ce qu’avait déclaré à l’époque son ami et collègue Jos Steil. En collaboration avec les services secrets Srel, une opération de surveillance a été organisée sur Geiben. Steil a alors déclaré avec insistance que Geiben ne viendrait pas, mais celui-ci est tout de même arrivé, la bombe près du tribunal a explosé le soir même ; le Srel a de nouveau surveillé Geiben, mais l’a laissé repartir à toute vitesse au volant de sa BMW pour rentrer chez lui à Bruxelles. C’était dimanche, et je pensais que la piste menant à Geiben était au point mort.

C’est Guy Stebens qui avait organisé cette observation sur les Geiben à l’époque. Cette observation avortée n’a toutefois pas fait l’objet de discussions à la gendarmerie ; personne n’a cherché à savoir ce qui s’était passé. Or, cela aurait constitué un élément crucial pour l’enquête, a déclaré le rapporteur devant le tribunal. Et il a insisté : Cette surveillance aurait constitué un élément clé de l’affaire ; si les dominos étaient tombés, si quelque chose avait été révélé, tout le château de cartes se serait effondré et l’affaire aurait certainement été élucidée.

Les Ugekloten devraient pouvoir s’exprimer un peu sur cette affaire. Guy Stebens en tête. C’est lui qui s’occupe du dossier. En effet, en 1985, il n’avait que 25 ans, un jeune officier impliqué dans le procès de Léier avec tous les autres. Lors du procès, il ne voulait rien dire, mais il en a pourtant beaucoup dit. Et il s’est même emporté. Les larmes lui sont montées aux yeux lorsqu’il a déclaré qu’il n’avait rien à se reprocher, et en tout cas rien de pénal. Sa vie privée a été mise sens dessus dessous à cause de cette affaire. Il a été interrogé à 19 reprises, pour un total de 65 heures, et il a dit tout ce qu’il savait. Concernant cette affaire, il a déclaré ne connaître – malgré sa remarque lors du premier procès – aucun nom.

Une enquêtrice a présenté au tribunal le rapport concernant Pierre Reuland. Celui-ci était chef de la brigade mobile en 1985. Sa célèbre phrase prononcée lors de l’enquête, qui s’est arrêtée à un certain moment, a en effet été interprétée par tout le monde comme un frein et un avertissement à l’adresse des enquêteurs de l’affaire Bommeleeër. Pierre Reuland aurait toutefois minimisé cette remarque lors de l’interrogatoire, en la qualifiant de simple formalité administrative : tout aurait simplement une fin, une banalité donc. « Ça va haut, mais pas très haut », a-t-il déclaré.

Le rapport indique que Pierre Reuland aurait également compliqué la tâche des enquêteurs et du procureur Biever, en leur mettant des bâtons dans les roues, en leur indiquant des pistes qui ne menaient nulle part et en tentant même d’ d’extraire des passages controversés du projet de loi sur l’entrave à la justice. L’enquêtrice a déclaré que que l’observation de Geiben constituait un moment clé du dossier et que, si l’on ne peut pas affirmer « A », on ne peut pas non plus affirmer « B » ; c’est pourquoi Pierre Reuland ne connaît pas les détails de ce volet. Résumé de ce qui précède : « Il faut partir du principe que l’on savait qui étaient les auteurs. »

Pierre Reuland a commenté ce rapport en déclarant qu’il avait lui-même été surpris d’entendre ses différentes déclarations. On comprend toutefois qu’il ait pu tenir toutes sortes de propos dans toutes sortes d’endroits, y compris sans doute lors de discussions de bistrot. À ce sujet, il a déclaré : « Je ne suis pas le Bommeleeër. Je ne le connais pas. Je n’ai rien à cacher. » Mais alors, où se situait son intérêt ? Car il a lui-même admis avoir un intérêt, quasi personnel. En effet, il connaissait depuis toujours les deux accusés, Scheer et Wilmes. Dans son réquisitoire, la procureure a déclaré qu’après leur mise en accusation, il n’avait pas demandé à ses deux anciens collègues s’ils étaient coupables, mais s’il existait des preuves à leur encontre. « Typique de Reuland », a-t-elle ajouté.

La semaine marquée par la publication des rapports d’enquête et du réquisitoire à l’encontre des anciens chefs de la gendarmerie suscite des sentiments contradictoires chez les observateurs. Sans compter les réactions des personnes mises en cause. Dans le cas de Guillaume Büchler, on a l’impression qu’il n’aurait pas dû être mis en examen : son poste à l’Observatoire de Geiben, à Bruxelles, est trop insignifiant, trop inintéressant. Chez Alyose Harpes, chef à la rigueur militaire, c’est sans doute l’image de la gendarmerie, c’est-à-dire l’esprit de corps, qui a guidé toutes ses décisions. Quant à Armand Schockweiler, ses déclarations ont été évasives et contradictoires.

« Firwat » : voilà le mot qui plane toujours au-dessus de l’affaire Bommeleeër. Je me risquerai à émettre quelques hypothèses : s’agit-il d’une revanche parce que Ben Geiben a été chassé du pays ? Une lutte acharnée pour obtenir un meilleur équipement pour la gendarmerie ? Et qu’en est-il de l’OTAN et du réseau « Stay-behind » : ont-ils été mis sur la touche, à l’exception de Findel ?

Que des théories, aucune réponse. D’ailleurs, ce procès n’a jusqu’à présent pas encore abordé la question des auteurs et des commanditaires. Il est question de faux témoignages issus du premier procès, ce que la juge n’a cessé de souligner chaque fois que la tournure du débat ne lui convenait pas. Le parquet a déclaré à ce sujet : « Le faux témoignage en matière pénale (…) sera puni d’une peine de réclusion de cinq à dix ans. » Lors du procès, la procureure a toutefois ajouté qu’en cas de circonstances atténuantes, la peine ne pouvait descendre en dessous de trois mois et, en réponse à une question, elle a précisé que les peines requises pouvaient bénéficier d’office d’un sursis, qui doit être motivé. L’âge et l’état de santé des prévenus joueraient alors un rôle important. Les avocats de la défense plaideront la semaine prochaine.