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Sociétal 6 min de lecture

Il faut trouver le bon ton

Les accusations portées contre Dan Santos, ancien sélectionneur de l'équipe nationale féminine de football, mettent en lumière une culture sportive où personne ne pose de questions trop précises

Article paru dans Édition mars 2026
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Il faut trouver le bon ton
Un point de contact indépendant devrait être opérationnel dès le début du mois d'avril © Photo : Sven Becker

Depuis 2020, le football féminin s’est professionnalisé au Luxembourg sous la houlette de Dan Santos. Il existe aujourd’hui une équipe nationale qui participe aux qualifications pour la Coupe du monde et qui a réussi à se hisser en Ligue B de la Ligue des Nations. Le fait que ce soit précisément l’entraîneur qui a fait progresser les « Rout Léiwinnen » qui ait été licencié sans préavis pour faute grave met la FLF dans une situation délicate.

Il y a dix jours, peu après leur défaite contre l’Écosse dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde, Laura Miller et ses trois vice-capitaines se sont adressées à la responsable du football féminin au sein de la FLF, Carine Nardecchia, et lui ont montré des captures d’écran de messages que Dan Santos aurait envoyés à au moins six joueuses sur plusieurs années. Il s’agissait de messages inappropriés et importuns, ainsi que de compliments déplacés. La FLF a réagi sans tarder. Jeudi, Dan Santos a été convoqué et licencié sans préavis. Il a rendu son trousseau de clés, mettant ainsi fin à leur collaboration. La FLF a ensuite publié un communiqué de presse dans lequel elle a rappelé ses principes éthiques et son cadre de respect, avec lesquels le comportement de l’entraîneur était incompatible. Dan Santos a fait savoir hier soir, jeudi, par l’intermédiaire d’une lettre de son avocat, qu’il rejetait formellement ces accusations. On ignore encore qui le remplacera.

Selon les informations du Quotidien, les premiers indices laissant penser que Dan Santos aurait pu franchir les limites professionnelles remontaient déjà à 2023. Il y a trois ans, trois entraîneurs locaux se sont adressés à la FLF après qu’une joueuse s’est manifestée, affirmant que Dan Santos lui aurait demandé par message si elle souhaitait passer la nuit chez lui. Elle n’a pas souhaité en parler par la suite ; rien ne s’est passé. Dans un entretien avec le journal *Der Land*, le secrétaire général de la FLF, Joël Wolff, explique qu’à l’époque, il n’y avait aucune preuve, qu’il s’agissait de rumeurs sans éléments concrets. « Cela aurait alors constitué une diffamation. On ne peut pas clouer les gens au pilori pour un rien. » Le fait que Dan Santos ait eu au moins deux relations avec des joueuses de l’équipe nationale relève d’une « affaire privée », affirme Joël Wolff. N’aurait-il pas fallu, en 2023, lorsque ces rumeurs ont surgi, examiner la situation de plus près ? « Ce n’est pas à nous de contrôler qui entretient une relation avec qui. » Il n’y voit aucun problème, et cela « n’a franchement rien à voir avec ça ».

Les demandes adressées par le journal « Land » à plusieurs joueuses internationales adultes sont restées sans réponse à la date de clôture de la rédaction
. La capitaine Laura Miller explique qu’aucune déclaration ne sera faite pour l’instant au sujet de cette affaire. Il reste à déterminer si ce pacte de silence émane d’elles-mêmes ou de la FLF. L’année dernière déjà, lors d’une interview, il était apparu que les joueuses étaient muselées dans leur communication avec les médias (d’Land, 20/06/2025). Pour certaines, c’est leur carrière professionnelle qui est en jeu. D’autres ne veulent pas mordre la main qui les nourrit. Elles ne disposent d’aucun précédent leur indiquant comment les femmes avant elles ont géré de tels problèmes. Seule une joueuse mineure s’est déclarée prête à raconter son expérience. Elle n’a pas connaissance de messages adressés à des sportives de son âge. Cependant, elle a remarqué à plusieurs reprises à l’entraînement que Dan Santos traitait certaines filles mieux que d’autres. « Il avait ses chouchoutes. » Il se montrait moins sévère envers ces jeunes femmes et plaisantait davantage avec elles.

Luc Olinger, entraîneur du FC Mamer 32, explique que la manière dont les entraîneurs s’adressent aux femmes diffère fondamentalement de celle employée avec les hommes. « Le ton sur le terrain doit être le bon. » Il faut faire très attention, se concentrer sur la technique et se montrer moins émotif. Les dépassements de limites sont à proscrire absolument. Comme de nombreux mineurs s’entraînent dans les clubs U18, la communication s’effectue en principe via des groupes WhatsApp, que leurs parents peuvent également consulter.

Une conversation entre *Der Land* et l’entraîneur de l’équipe féminine d’un club illustre les raisons pour lesquelles certaines joueuses peuvent hésiter à aborder certains problèmes. « Peut-être que les joueuses ont elles-mêmes envoyé ce genre de messages pour être sélectionnées. Il est plus facile de s’en prendre à une seule personne qu’à un groupe. » Il aimerait bien voir si les preuves sont crédibles. Il n’évoque ni la relation de dépendance ni le déséquilibre des pouvoirs.

Le choix de carrière de ces entraîneurs, majoritairement masculins, n’est pas toujours motivé par un intérêt sincère pour le sport. 21 % des sportives d’élite internationales ont subi des agressions sexuelles dans le cadre du sport lorsqu’elles étaient enfants (ONU Femmes, 2023) – soit près de deux fois plus que les hommes. Récemment, en République tchèque, l’entraîneur national Petr Vlachovksy a été licencié pour avoir filmé des joueuses, dont une mineure, sous la douche et dans les vestiaires. Il y a cinq ans, des agressions sexuelles ont été rendues publiques au sein de la National Women’s Soccer League aux États-Unis, ainsi que dans les équipes nationales d’Australie et du Venezuela.

Jusqu’à présent, les sportifs et sportives victimes d’abus au sein de leurs structures devaient s’adresser à des interlocuteurs internes. Or, il est nécessaire de mettre en place un point de contact indépendant pour les victimes de comportements répréhensibles. Jeudi soir dernier, le ministère des Sports et de l’Égalité a présenté la nouvelle « politique d’intégrité » pour le sport. Celle-ci repose sur quatre piliers : l’éthique, la protection des mineurs, la lutte contre le dopage et la lutte contre la manipulation des compétitions. Dans ce contexte, la structure antidopage Alad deviendra l’Agence luxembourgeoise pour l’intégrité dans le sport (Alis), comme l’a expliqué mercredi au Parlement la ministre des Sports, Martine Hansen. L’Alis fera office de point de contact national et devrait être opérationnelle dès le début du mois d’avril. Une charte d’éthique correspondante sera finalisée dans les prochaines semaines et transmise à toutes les fédérations et à tous les clubs. Il est envisagé de subordonner l’octroi de subventions au respect des normes d’intégrité, a expliqué Martine Hansen (CSV). La FLF considère quant à elle que l’affaire est close.