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Sociétal 4 min de lecture

La génération Z à l’université

À la recherche d'études qui « ont un sens »

Article paru dans Édition novembre 2025
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Les étudiants de la génération Z se distinguent-ils des promotions précédentes ? – Beaucoup, répond Philippe Hiligsmann, vice-recteur chargé des affaires académiques à l’Université du Luxembourg. « Ils recherchent des activités dans lesquelles ils peuvent s’investir. Les cours doivent avoir un sens à leurs yeux. La théorie pour la théorie les intéresse généralement moins que les étudiants des promotions précédentes. »

Ce constat n’est pas propre au Luxembourg. Philippe Hiligsmann, en poste depuis un an à l’uni.lu et qui a occupé auparavant le même poste pendant cinq ans à l’Université catholique de Louvain, l’avait également fait là-bas. Et le numéro de janvier de la revue américaine *The Chronicle of Higher Education*, consacré au thème « Understanding the Gen Z student », a décrit ce que Hiligsmann appelle le désir de « sens » comme « une vision transactionnelle de l’expérience universitaire ».

Pour expliquer ce que cela signifie exactement, beaucoup d’encre scientifique a coulé. Une chose semble certaine : la Covid-19, associée à la distanciation sociale et à l’apprentissage par visioconférence, a amplifié tous ces phénomènes. Un article paru cette année dans la revue spécialisée *Active Learning in Higher Education* illustre bien ce phénomène : à l’automne 2023, des entretiens ont été menés auprès de 40 représentants d’étudiants dans trois universités anglaises : l’apprentissage en ligne et les cours magistraux en vidéo auraient non seulement permis de suivre l’exposé d’un professeur tout en mangeant, mais auraient également soulevé la question de la façon dont la qualité et l’utilité de l’enseignement sont perçues. Hiligsmann observe également ce phénomène : « Si les étudiants estiment qu’un cours magistral ne sert à rien, ils ne s’y rendent pas la fois suivante. » Ils recherchent alors les supports de cours en ligne et étudient seuls. La génération Z ne serait en aucun cas moins curieuse que les promotions précédentes.

Le Covid-19 est désormais loin derrière nous. Les universités subissent aujourd’hui les conséquences de l’introduction de l’enseignement en ligne, qu’elles avaient considérée comme une innovation, et de la mise à disposition numérique des supports de cours. La génération Z étant considérée comme « natifs du numérique », qui organise sa vie via son smartphone, il n’est pas surprenant que les étudiants et étudiantes mettent en balance leur présence physique en cours avec d’autres priorités : gagner de l’argent et faire la fête, par exemple. Grâce aux outils numériques, ils organisent ce qui leur semble être le meilleur compromis entre le temps consacré et le bénéfice escompté.

L’uni.lu réagit à cela de deux manières. Depuis peu, elle délivre un « Certificate for Student Engagement and Leadership ». Les activités au sein d’organisations étudiantes et en tant que représentants étudiants, ainsi que la participation à des ateliers consacrés à la carrière et à la culture, sont récompensées par des crédits ECTS. Cette initiative vise à lutter contre l’isolement des étudiants que peut entraîner l’auto-organisation numérique, et à leur permettre d’acquérir des compétences supplémentaires. C’est Philippe Hiligsmann qui a développé ce concept à Louvain. Il indique que, selon une enquête menée auprès des anciens étudiants de l’UCL, 51 % d’entre eux ont déclaré qu’un tel engagement avait eu un impact positif sur leur parcours professionnel. Cela aurait également renforcé la cohésion sur le campus.

L’autre nouveauté est l’Institute of Innovative Teaching and Learning, créé le 1er septembre. Il a pour objectif de promouvoir de nouveaux concepts pédagogiques et de diffuser des idées qui existent peut-être déjà à l’université, mais qui ne sont pas suffisamment connues. « Nous savons que l’apprentissage participatif et axé sur des projets est très apprécié des étudiants, et nous le mettons en pratique. » La théorie devient ainsi plus facile à comprendre. Le ratio favorable entre le nombre d’étudiants et celui de professeurs à l’uni.lu facilite cette approche. Les idées issues de ce nouvel institut doivent voir le jour avec la participation des étudiants. Elles ne doivent pas être destinées uniquement à une application en petit comité, mais à l’ensemble de l’université, afin de faire progresser sa pédagogie dans son ensemble. Le vice-recteur souligne toutefois que le terme « innovant » « ne signifie pas nécessairement numérique ou impliquant l’utilisation de la technologie ». Il pourrait justement s’agir de projets visant à réfléchir à la manière d’impliquer les étudiants dans les cours. Il est clair, dit Philippe Hiligsmann, que l’engagement et la motivation des étudiants ne vont pas de soi. Et une université qui ne se remet pas en question, ni ses méthodes, a « un problème ».