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Sociétal 3 min de lecture

Je pensais que c’était normal

Lorsque le procès d'un gynécologue s'ouvre mardi matin, seules des femmes occupent les bancs réservés à la presse. Il s'agit pourtant d'un sujet de société qui concerne tout le monde : l'accusé est poursuivi par quatre…

Article paru dans Édition décembre 2025
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Lorsque le procès d’un gynécologue s’ouvre mardi matin, seules des femmes occupent les bancs réservés à la presse. Il s’agit pourtant d’un sujet de société qui concerne tout le monde : l’accusé est poursuivi par quatre femmes pour viol et harcèlement sexuel ; une autre s’est entre-temps manifestée auprès de la police après avoir pris connaissance de l’affaire dans les médias.

Lorsque la plaignante se présente devant le tribunal, elle fond en larmes. Entre 2013 et 2018, cette femme a suivi un traitement auprès de l’accusé, car elle désirait ardemment avoir un enfant. « Le médecin m’a appliqué du gel froid sur le clitoris et m’a dit : “Pour avoir un enfant, il faut atteindre l’orgasme plus souvent.” Quand j’ai crié, il m’a ordonné de me taire. » Outre ces « massages », il se serait également tenu plusieurs fois derrière elle, en érection, pour examiner sa poitrine, aurait posé sa main sur son ventre et sa poitrine, et l’aurait regardée s’habiller et se déshabiller. « Je pensais que c’était normal, que chaque médecin avait sa propre méthode », explique la femme. Elle aurait tellement voulu un enfant qu’elle n’aurait réfléchi à rien. Le médecin lui aurait proposé un rendez-vous le dimanche matin, afin qu’ils puissent boire du crémant ensemble. « Cela ne nous avance à rien que vous vous mettiez à pleurer maintenant », lui rétorque la juge. « Je ne peux pas parler de la façon dont on boit de l’eau », répond la plaignante. Lorsque la femme s’est rendue au CHL pour une urgence et qu’elle a donné le nom du médecin traitant, elle a compris, à la réaction du personnel médical, que quelque chose n’allait pas.

Ce procès met en lumière certains des problèmes auxquels les femmes, en particulier celles issues de l’immigration, peuvent être confrontées. À plusieurs reprises, la plaignante explique qu’un riche médecin luxembourgeois, père de nombreux enfants, avait su gagner sa confiance. Elle était aveuglée par son désir d’avoir des enfants. Après une première plainte déposée en 2019, d’autres victimes présumées ont porté plainte contre ce gynécologue.

Des lignes directrices sur les mesures que les États peuvent prendre pour lutter contre les violences gynécologiques existent depuis quelques années. Mais l’un des principaux obstacles réside dans le fait que les femmes aient même la possibilité de considérer leurs expériences comme des actes de violence, selon le rapport du Parlement européen intitulé « Obstetric and gynaecological violence in the EU » (Violence obstétricale et gynécologique dans l’UE), publié en 2021. En raison du manque de structures d’accueil spécialisées
, il n’existe de chiffres fiables sur la violence obstétricale que dans très peu de pays européens. Le Luxembourg est lui aussi à la traîne. Le rapport de l’UE souligne qu’il existe une réticence au sein du système de santé à reconnaître ce type de violence comme systémique et liée au genre.

Le procès se poursuivra la semaine prochaine. Le Code pénal prévoit une peine d’emprisonnement comprise entre cinq et dix ans pour les viols. L’accusé nie avoir procédé à toute intervention allant au-delà d’un examen gynécologique normal. Lors de la deuxième journée du procès, un expert a été entendu. Selon son évaluation, ni les attouchements ni les examens mammaires effectués par derrière ne sont normaux, comme l’a rapporté le Quotidien. La défense affirme qu’un ancien collègue chercherait à nuire au gynécologue et répandrait donc des mensonges. La présomption d’innocence s’applique jusqu’à ce qu’un jugement définitif soit rendu.