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Sociétal 14 min de lecture

intuition

Le débat autour de la Maison Relais est étrangement peu nuancé. Il reflète la crainte du changement social.

Article paru dans Édition janvier 2025
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Activité physique pour les enfants de trois à six ans © Photo : Sven Becker

« Je suis convaincue, en effet, que l’un des problèmes de notre école réside dans les horaires saccadés. Dans cette nouvelle école, les horaires s’étaleront sur toute la journée, ce qui permettra aux enseignants de mieux connaître leurs élèves. » Mady Delvaux-Stehres, ancienne ministre de l’Éducation du LSAP, 19 août 2004, Voix du Luxembourg.

L’épisode a fait sensation. Trois jours après le « Kleeserchersdag », Gilbert Pregno, psychologue et ancien président de la Commission des droits de l’homme, a déclaré dans un épisode de l’émission « Background » sur RTL qu’un « permis parental » serait judicieux. Après tout, il faut bien un permis de conduire pour prendre le volant. S’ensuivit une petite tempête de critiques de la part de parents indignés. Pendant 53 minutes, Pregno aborde le bien-être des enfants dans notre pays et les questions éducatives les plus brûlantes, comme le temps que les enfants passent dans les structures d’accueil. À l’entendre, on pourrait croire que nous vivons dans un pays aux structures défaillantes, où la plupart des enfants sont négligés, « parqués » pendant douze heures par des parents irresponsables dans des structures inadaptées, avec un personnel mal formé. Dans ce contexte, Pregno se laisse aller à affirmer que les enfants qui passent trop de temps dans les « Maisons Relais » sont malheureux, au plus tard à l’adolescence. Il souligne à plusieurs reprises qu’il n’est pas chercheur, mais qu’il s’intéresse au « cas particulier ». Il est sans cesse question de « nombreux » enfants très fortement pris en charge par des tiers. Une enseignante de maternelle est citée ainsi : « Bien sûr, il y a encore de bons parents, mais malheureusement, ils ne sont plus si nombreux. »

Quelques semaines plus tard, dans un entretien accordé au journal *Der Land*, Gilbert Pregno se montre quelque peu surpris par ses propos concernant ce jeune malheureux. « Est-ce que j’ai dit ça ? » Il nuance quelque peu ses propos et répète qu’il ne se permettrait pas de porter un jugement sur les parents célibataires qui n’ont pas d’autre choix. En tant que père, se tenait-il lui-même, il y a plusieurs décennies, ponctuellement devant l’école à 15 h 50 ? Oui, répond-il. Pas autant que sa femme, mais tout de même. Il reconnaît que les parents sont aujourd’hui soumis à une forte pression.

43 837 enfants âgés de trois à douze ans sont pris en charge dans un Service d’éducation et d’accueil agréé pour enfants scolarisés (SEAS) (chiffres d’octobre 2024), soit environ la population totale d’Esch-sur-Alzette et de Steinfort réunies. Il y a un an, le taux d’inscription des enfants s’élevait à 61 %. En décembre 2005, on comptait 87 Maisons Relais ; en octobre 2024, ce chiffre s’élevait à 367, soit quatre fois plus. Il est compréhensible qu’on ne puisse pas parler de ses propres enfants sans émotion, sans y associer ses propres valeurs. Il n’en reste pas moins que la manière dont le débat se déroule de manière aussi générale et indifférenciée sur tous les canaux, au regard de cette réalité sociale, est tout de même unique. Dans le podcast consacré aux thèmes de l’éducation « 1000 Deeg », la psychologue allemande Veronika Verbeek explique, dans l’épisode « Garde par des tiers : aide ou risque ? », dans le contexte d’une absence de période d’adaptation au Précoce, qu’il lui semble que « toutes les avancées de la théorie de l’attachement soient en fait laissées de côté au Luxembourg ». Elle soulève globalement la question de savoir si la psychologie du développement est suffisamment prise en compte dans les réflexions politiques sur la garde d’enfants.

Personne ne remet plus sérieusement en cause aujourd’hui l’importance du lien entre les enfants et leurs parents. Sans ce fondement, un enfant aura du mal à trouver sa voie dans la vie. En dehors de la famille, ce lien se tisse progressivement avec d’autres figures d’attachement, comme les éducateurs et éducatrices. Il va également de soi que les enfants ne devraient pas être pris en charge hors du domicile pendant douze heures. Ni le personnel éducatif des Maisons Relais, ni la grande majorité des parents ne souhaitent cela pour leurs enfants. Tout le monde s’accorde à dire que la qualité de l’accompagnement pédagogique est extrêmement importante et que la pénurie d’éducateurs constitue un véritable problème. Mais le débat a été détourné par un spectre que ni la science, ni les anecdotes issues de la pratique ne viennent confirmer, en raison du manque criant de recherches : celui des « enfants passant beaucoup de temps en structure d’accueil » et de la gravité de la situation. Les seuls à en tirer profit sont l’ADR et le CSV, qui exploitent ce sujet à des fins politiques.

À Mamer, le soleil brille ce lundi midi, mais le froid est mordant. Les enfants sortent de l’école en passant par le Kinneksbond pour se rendre dans le bâtiment en briques de la Maison Relais. Dans les locaux du Cycle 1 (enfants de trois à six ans), les enfants s’affairent dans les différentes salles de l’établissement. 150 enfants fréquentent cet établissement ; au total, près de 500 enfants de la commune sont inscrits à la Maison Relais gérée par Arcus, sur un effectif d’environ 700 élèves. Dans la salle d’activité physique, deux enfants sont suspendus au plafond dans des tissus aériens ; dans la salle de jeu, aménagée comme une maison, une petite fille change une poupée bébé, tandis qu’un petit garçon lui donne des conseils. Le niveau sonore varie selon la salle et le nombre d’enfants : tantôt c’est bruyant, tantôt très calme. Juste à côté, dans la salle de construction, on fabrique des constructions ressemblant à des fusées. Derrière une porte fermée, à côté de la salle à manger, se trouve le « Stäreland ». Il y a là quelques lits, la pièce est sombre. Dans un coin, une éducatrice est assise et lit une histoire à une poignée de filles à la lumière d’une lampe de poche. Elles écoutent attentivement. Une petite fille s’est retirée toute seule dans une maisonnette installée dans un coin. L’éducatrice referme le livre : c’est l’heure d’aller manger. Le restaurant Frupsi compte environ 40 places, qui sont occupées de manière échelonnée. Les enfants ont une heure et demie pour aller manger – ils peuvent choisir librement le moment. Le déroulement a été organisé de telle sorte que les enfants déplacent leur photo du panneau rouge (pas encore mangé) vers le panneau vert lorsqu’ils ont terminé leur repas.

Les repas et leur organisation font l’objet de nombreux débats, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes enfants. Les enfants de trois ans peuvent-ils, ou doivent-ils, choisir eux-mêmes quand et ce qu’ils mangent ? Accorder trop d’autonomie aux plus petits n’a guère de sens et peut les submerger. Dans certaines Maisons Relais, pour cette tranche d’âge, le repas est servi à table, sans self-service. À Mamer, deux ou trois éducatrices s’affairent sans cesse autour des enfants, les aident à se servir au buffet, leur proposent de l’eau ou un dessert. « Nous veillons à ce qu’il y ait un légume dans l’assiette », explique Sarah, une éducatrice qui encadre le déjeuner aujourd’hui. L’équipe encouragerait les enfants à goûter de nouvelles choses. Parmi les enfants présents, presque tous finissent effectivement leurs carottes et leurs tomates. Lee, quatre ans, Amin, cinq ans, et Tom, cinq ans, sont assis à une petite table. Ils parlent de football. Est-ce qu’ils aiment venir ici ? Oui, répondent-ils.

Dans ce nouveau bâtiment entièrement revêtu de bois, des enfants âgés de neuf à douze ans participent à des ateliers créatifs, escaladent des murs d’escalade et dansent dans la salle de théâtre. On a l’impression d’être dans un centre de jeunesse, mais doté d’une infrastructure exceptionnelle. Dans la salle créative, quatre enfants jouent aux cartes avec leur éducatrice. La relation entre eux semble détendue et amicale. Marie préférerait rentrer chez elle plutôt que de venir ici, car elle pourrait s’occuper autrement là-bas, explique-t-elle. « C’est compréhensible », intervient l’éducatrice. Dans l’atelier de construction, Luisa et Helena ont construit un zoo avec des figurines d’animaux. Les lions se trouvent juste derrière les girafes. « Je préfère être ici qu’à la maison, car là-bas, je suis toute seule », dit Luisa.

Il n’existe à ce jour aucune étude à grande échelle sur les structures d’éducation non formelle, alors qu’elles seraient indispensables pour mener un débat plus nuancé. Selon les données du ministère de l’Éducation, le pourcentage d’enfants de trois ans fréquentant une Maison Relais s’élevait à 31 % en janvier 2024. Chez les enfants de quatre ans, qui sont tenus d’aller à l’école, ce pourcentage grimpe à 65 %, pour stagner ensuite à un maximum de 70 % chez les enfants de sept ans. Il diminue ensuite progressivement. Un peu plus de la moitié des enfants de onze ans fréquentent encore une SEAS, contre seulement 23 % des enfants de douze ans. Les données de l’organisme gestionnaire Arcus, recueillies en mars 2023 dans les communes de Niederanven, Bourscheid et Echternach, montrent que seuls 5,71 % des enfants passaient plus de cinq heures par jour à la Maison Relais. (46 % des enfants en crèche y étaient inscrits entre 20 et 40 heures par semaine, seuls 7 % y restaient plus longtemps.) Franz Reuter, qui gère la Maison Relais de la Croix-Rouge à Lorentzweiler, dresse aujourd’hui un tableau similaire. Sur les 350 enfants, moins de 10 % restent après 17 h 30. « Pour certains enfants, une telle journée reste bien sûr longue », admet-il.

À Mamer, Hélène Weber, directrice adjointe d’Arcus, Christian Haag, chargé de l’amélioration de la qualité pédagogique, ainsi que les deux responsables de direction, Elisabeth Michaelis et Myriam Schmitz, sont réunis autour d’une table. Hélène Weber déplore les généralités qui ponctuent la discussion et le fait que les arguments reposent sur des intuitions. Il règne une grande méconnaissance de ce qui se passe au sein des structures. « L’important, c’est que les activités soient adaptées à l’âge des enfants. Et qu’on se demande toujours : de quoi cet enfant a-t-il besoin en ce moment précis ? » Dans quelle mesure un accompagnement individuel et une attention affective sont-ils réalistes avec un ratio d’encadrement de 1 pour 11, plutôt faible par rapport à l’étranger ? « C’est par l’observation que nous développons notre sensibilité », explique Christian Haag. L’épisode de l’émission « Background » diffusé sur RTL abordait également la question de l’« abus » des structures par les parents. « Si je travaille à temps partiel, que je vais faire du Pilates l’après-midi ou me promener en forêt, puis que je viens chercher mon enfant de manière plus équilibrée – où est l’abus dans tout ça ? », s’insurge Hélène Weber. Elle s’insurge contre cette manière moralisatrice de culpabiliser les parents. « Très peu de gens exagèrent. » « Ce qui se cache derrière cette discussion, c’est l’idéal d’une famille qui n’a jamais existé », estime Christian Haag.

Bien sûr, c’est aussi une question de contexte socio-économique. Dans les quartiers défavorisés, la pression financière et les problèmes qui en découlent au sein des familles sont plus importants. Cela peut avoir une influence sur la manière dont ces structures sont utilisées. « Les enfants dont les parents préfèrent les confier à une structure sont peut-être mieux pris en charge à la Maison Relais », explique Hélène Weber, d’Arcus. Les études menées par l’Uni.lu montrent que les enfants issus de situations familiales difficiles et bénéficiant d’un accueil de qualité à la Maison Relais en tirent des effets positifs. L’inverse est également vrai : si l’accueil est de mauvaise qualité et que la situation à la maison est bonne, il serait préférable pour les enfants de rester à la maison.

En Allemagne, les écoles primaires fonctionnent avec des pauses déjeuner échelonnées et des classes de 8 h à 15 h. Il existe actuellement trois écoles à temps plein au Luxembourg qui proposent ce type d’accueil en combinant éducation formelle et non formelle. Le ministère de l’Éducation n’est pas disposé à en développer davantage. Au lieu de cela, l’accord de coalition du gouvernement noir-bleu prévoit un « rapprochement » entre l’école et la Maison Relais. On peut y voir une sorte d’école à temps plein par la petite porte, une solution de compromis pour ne pas avoir à remettre en cause les horaires scolaires, qui sont presque une institution sacrée. C’est dans les nouveaux bâtiments, comme l’école Lenkeschléi à Dudelange, que cette collaboration est la plus fortement mise en œuvre. Là-bas, le personnel enseignant et les éducateurs interviennent chacun à l’heure dans le domaine de l’autre. Josée Lorsché, échevine verte à Bettembourg, renforce également cette collaboration dans sa commune. Elle déclare néanmoins : « Si j’avais un rêve, ce serait que l’ensemble de l’organisation scolaire soit réformée pour mieux répondre aux réalités de la société. »

Le développement de l’éducation non formelle est relativement récent. Il y a près de vingt ans, sous l’égide de Marie-Josée Jacobs, ministre de la Famille du CSV, les structures qui s’appelaient jusqu’alors « Foyer » ont été rebaptisées « Maison Relais » dans le cadre d’une procédure d’urgence, et le règlement grand-ducal correspondant a été adopté. L’idée était d’assouplir l’accueil des enfants compte tenu de la réalité sociale, à savoir que les deux parents travaillent. Les enfants devaient pouvoir fréquenter la Maison Relais même à l’heure. Au cours des années suivantes, le sujet a fait l’objet de nombreux débats au sein des conseils communaux du pays, puis des investissements ont été réalisés et des constructions mises en œuvre. Des conventions ont été signées avec la Croix-Rouge, Caritas et d’autres organismes. À l’époque, on parlait encore de « structures d’accueil pour enfants », comme si les enfants étaient en chute libre et qu’il fallait simplement déployer rapidement un filet de sécurité sous leurs pieds. Aujourd’hui, on appelle ces structures « garde extra-familiale ». « Ce terme me dérange beaucoup. Nous tissons des liens avec les enfants. Le débat est entièrement axé sur les lacunes », explique Franz Reuter. Tous les éducateurs soulignent lors de l’entretien que la sensibilisation des parents est fondamentale. « Si nous avons l’impression qu’un enfant ne va pas bien et qu’il faudrait venir le chercher plus tôt, nous en parlons. »

Mais en réalité, tout cela n’est qu’un prétexte. « Le débat sur les horaires de travail se déroule au détriment des structures », explique Franz Reuter. En réalité, la question est de savoir comment concilier, au XXIe siècle, vie professionnelle et vie familiale sur un pied d’égalité. Le travail non rémunéré, qu’il s’agisse des tâches ménagères ou des soins aux proches, qui rend l’activité professionnelle possible en premier lieu, n’est tout simplement pas pris en compte dans le nombre d’heures de deux parents travaillant à temps plein. L’auteure féministe française Élisabeth Badinter qualifie ce calcul de « quadrature du cercle » : il ne peut pas aboutir. La pression du marché du logement fait le reste, le temps manque de toutes parts.

« Mon mari et moi avons accepté de subir des pertes financières pendant les premières années pour élever nos enfants », explique Veronika Verbeek dans le podcast 1000 Deeg. « Je pense qu’en tant que parents, il faut avoir le courage de prendre ce temps, même si cela signifie construire la maison cinq ans plus tard, même si l’on se fait critiquer, même si le canapé est un peu plus vieux. » Elle ne fait toutefois aucune réflexion sur sa propre situation privilégiée en tant que famille vraisemblablement issue du milieu universitaire, qui peut se permettre de travailler à temps partiel. C’est caractéristique de ce débat. L’illusion de la liberté de choix dont bénéficie une minorité est généralisée à l’ensemble de la société. Or, de plus en plus de personnes, et pas seulement la femme de ménage et l’ouvrier du bâtiment, ont déjà fort à faire pour payer leur loyer tant bien que mal – sans parler de l’achat d’une maison ni des railleries.