Récemment, lors des Assises culturelles, des discussions ont porté sur la littérature locale et ses multiples défis. L’un des aspects évoqués concerne l’absence de littérature luxembourgeoise dans les programmes scolaires nationaux. Il faut reconnaître que la situation est complexe : la langue parlée, pleine de vie, issue d’un dialecte francique de la Moselle ; les deux autres langues officielles, que la majorité des habitants ne maîtrise pas parfaitement ; et des auteurs qui écrivent en trois langues, et désormais aussi en anglais. À cela s’ajoute un système éducatif qui, bien qu’il se soit fortement diversifié ces dernières années et ait mis en place des parcours éducatifs adaptés aux besoins linguistiques d’une clientèle internationale, fonctionne traditionnellement de telle sorte que les langues sont envisagées et enseignées séparément les unes des autres. Et tous les diplômés qu’il forme sont censés, s’il vous plaît, maîtriser ces langues à un niveau élevé.
Étant donné que la littérature luxembourgeoise se prête donc à au moins trois matières scolaires, à savoir l’allemand, le français et le luxembourgeois, un petit détour par l’histoire des horaires et des programmes s’avère instructif : Entre Goethe, Schiller, Frisch, Voltaire, Racine et Giraudoux, on cherche en vain une place attitrée pour les auteurs luxembourgeois. Dans le cours de luxembourgeois, qui était jusqu’à récemment dispensé de manière négligée par des professeurs d’allemand dans les classes de Septima, on trouvait dans les années 1960 des « extraits d’auteurs luxembourgeois au choix du professeur ». Au début des années 70, un recueil de poèmes et de textes en prose luxembourgeois fit son apparition, et en français, la « littérature luxembourgeoise d’expression française » figurait au programme ; peut-être était-ce également dû à une anthologie qui, à cette époque, rassemblait des textes d’auteurs locaux écrivant en français. Avec le temps, ce point a disparu du programme, et on ne trouve nulle part dans les programmes d’allemand une telle spécification qui inclurait les auteurs luxembourgeois. Au cours de l’année scolaire 1989, *Renert* de Michel Rodange apparaît pour la première fois dans le programme de luxembourgeois : des « extraits narratifs » doivent être enseignés et commentés en septième, accompagnés d’une « discussion sur la vie quotidienne des Luxembourgeois ». Des œuvres d’Henri Rinnen (Vu Wëllef, Afen, Quetschen a Kanner) ou de Fernand Barnich et René Kartheiser sont également proposées comme lectures complémentaires. Et même en 2000, il s’agissait encore de découvrir « Land a Leit » à travers un livre du même nom.
Pour Jeanne Glesener, professeure de littérature luxembourgeoise à l’Uni.lu, c’est là que réside l’une des principales difficultés de l’enseignement de la littérature en milieu scolaire : « D’un point de vue historique, la littérature luxembourgeoise a souvent été utilisée pour expliquer le pays. » Cela a donné l’impression que les textes écrits ici ne s’intéressaient pas au reste du monde. Ces préjugés, notamment en matière de qualité, ont perduré, comme elle le constate également chez les étudiants. « On ne peut pas enseigner une littérature avec laquelle on n’a pas soi-même été en contact. » Elle déplore l’absence de systématique dans l’intégration des textes au programme scolaire.
Au niveau du Fondamental, aucun support pédagogique n’est proposé, et les enseignants peuvent, en fonction de leurs centres d’intérêt et de leur motivation, rechercher eux-mêmes les livres pour enfants luxembourgeois qu’ils souhaitent utiliser. Dans l’enseignement secondaire, la situation est différente : les 60 commissions de programme des différentes matières se réunissent régulièrement et décident quels ouvrages figureront sur les listes de lectures facultatives. Il s’agit là de recommandations (seules les classes terminales ont des lectures obligatoires). Cependant, ces listes, élaborées de manière démocratique, évoluent relativement peu. Le président de la commission des programmes, Marc Michely, précise qu’il s’agit d’un « organe consultatif » chargé de veiller à la cohérence du programme. Le dernier mot revient toutefois au ministre de l’Éducation, Claude Meisch (DP). Il n’y a pas de « réticence » à l’égard de la littérature luxembourgeoise au sein des commissions. On ne peut néanmoins s’empêcher d’avoir l’impression d’une certaine stagnation. Ce qui a fait ses preuves, ce qui incarne des idéaux universels et fonctionne depuis des années, a pris son envol. La seule œuvre luxembourgeoise enseignée en classe de terminale au lycée « Général » est le roman en allemand *Neubrasilien* de Guy Helminger, qui traite de la migration.
« Le fait que la littérature luxembourgeoise soit abordée en cours dépend entièrement de l’enthousiasme de l’enseignant », explique Charles Meder, professeur d’allemand et auteur. Certains collègues auraient du mal à évaluer la qualité des œuvres locales et auraient ainsi tendance à se rabattre sur ce qu’ils connaissent – sans compter que les programmes sont déjà relativement chargés. Mais il existerait bel et bien, parmi les enseignants, une certaine méfiance à l’égard des auteurs luxembourgeois qui écrivent en allemand et en français.
Depuis 2016, le Centre national de littérature (CNL) publie, en collaboration avec Script, du matériel pédagogique consacré à des textes luxembourgeois ; il existe actuellement 16 cahiers d’exercices. En effet, c’est là l’une des raisons invoquées pour expliquer pourquoi les enseignants hésitent à utiliser des textes autochtones : il n’existe pas ou peu de ressources pédagogiques sur les œuvres de Nora Wagener ou d’Elise Schmit, contrairement à celles consacrées à des classiques tels que Friedrich Dürrenmatt. Si l’on entend par « littérature allemande » la littérature provenant d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche, et si la « langue de Molière » est incarnée par des auteurs tels que Camus et Racine, on comprend aisément à quel point la littérature locale, en allemand et en français, peine à trouver sa place. À cela s’ajoute le fait qu’elle ne peut se prévaloir de plusieurs siècles d’histoire littéraire. Le label « Luxemburgensia » est-il désormais perçu comme un stigmate qui colle à ces auteurs ? Certains d’entre eux se sont en tout cas plaints, lors des Assises, que leurs romans étaient exposés en librairie à côté des livres de cuisine.
Depuis la rentrée 2021, le luxembourgeois n’est plus enseigné en septième, mais en quatrième dans tous les établissements secondaires. Cela s’explique notamment par le fait que le ministère estimait pouvoir élaborer un programme plus intéressant, comprenant des textes littéraires adaptés aux jeunes de cet âge. On s’est également rendu compte que l’œuvre de Renert était trop complexe pour la première année de lycée et qu’elle risquait de dissuader les élèves de 12 ans de s’intéresser à d’autres textes, plus adaptés à leur réalité quotidienne. Si l’on examine le recueil destiné à la quatrième, on constate que des efforts ont été faits pour y inclure de la littérature contemporaine afin de motiver les jeunes à continuer à s’intéresser à la littérature luxembourgeoise : outre Claudine Muno ou Serge Tonnar, on y trouve des textes de Tullio Forgiarini et de Samuel Hamen. Ils sont tous rédigés en luxembourgeois. « Il existe un décalage entre la manière dont on considère la littérature luxembourgeoise, à savoir de plus en plus comme un tout multilingue, et la manière dont elle peut être enseignée », explique Sébastien Thiltges, post-doctorant et assistant de recherche à l’Université du Luxembourg. Au lycée Michel Rodange, un projet pilote est en cours depuis septembre, permettant aux élèves de la section littéraire de choisir le luxembourgeois comme quatrième langue. Le programme comprend également de la littérature contemporaine de Samuel Hamen, Cathy Clement, Pol Greisch ou Claudine Muno en luxembourgeois. Jusqu’à présent, cependant, exactement zéro élève ne s’est inscrit à cette option. Quoi qu’il en soit, ceux qui optent pour une spécialisation littéraire sous la forme de la section A en « Classique » – ils sont malheureusement de moins en moins nombreux, à peine assez pour remplir une classe (d’Land, 13 mai 2022) –, ont également accès à l’univers d’Italo Calvino ou de Jorge Luis Borges s’ils choisissent l’italien ou l’espagnol comme quatrième langue.
On ne peut mener cette discussion sans s’entendre sur la notion de « canonisation ». « Quand j’inscris un ouvrage au programme scolaire, je fais un choix au détriment d’un autre », explique Sébastien Thiltges. C’est pourquoi il est important d’enseigner le canon de manière critique, c’est-à-dire de mener une réflexion parallèle sur les critères qui ont conduit à la canonisation d’une œuvre. Même s’il n’existe pas (encore) de canon luxembourgeois unique, la question se pose de savoir où une littérature nationale devrait être lue, si ce n’est à l’école. Ne sert-elle qu’à être exportée à la Foire du livre de Francfort ? « Dans d’autres pays, on enseigne la littérature nationale. C’est tout de même étrange que nous ne le fassions pas ici », déplore Nathalie Jacoby, directrice du CNL. En Belgique, un pays également relativement petit, la Commission des lettres a souligné en 2014 la « nécessité que la Fédération Wallonie-Bruxelles intervienne plus activement en faveur de la prise en compte de la littérature belge dans l’enseignement ». Il s’agirait également de l’image que les Belges francophones ont d’eux-mêmes.