Rappel : La tenue vestimentaire des élèves n’est manifestement pas un sujet réservé à l’été. Récemment, le proviseur du lycée classique municipal Michel Rodange, Jean-Claude Hemmer, a décidé d’envoyer un rappel sous forme de lettre à tous les parents. On pouvait y lire ce qui suit : « Maintenant que les cours ont repris et que l’automne a commencé, il convient de constater qu’un certain nombre d’élèves se présentent au lycée avec une tenue que je qualifierais d’inappropriée. » Il rappelle aux familles que les vêtements de leurs enfants doivent « couvrir le corps et les sous-vêtements » ; que les tenues de sport ne sont adaptées qu’aux cours d’éducation physique – et que les t-shirts ne doivent en aucun cas comporter d’images ou de slogans « choquants ». Si les avertissements verbaux répétés restaient sans effet, les parents de cette « petite minorité d’élèves » devraient venir chercher leurs enfants et leur faire enfiler des vêtements « convenables ».
La question de savoir ce que les jeunes peuvent ou doivent porter en cours est un sujet controversé qui revient sans cesse sur le tapis. Il s’agit d’autorité, du droit à l’autodétermination, de transgression, de normes, mais aussi de respect mutuel et de l’institution scolaire. À cet égard, chaque établissement a tout d’abord le droit d’établir, en concertation avec la communauté scolaire, un code interne régissant la tenue vestimentaire des élèves en cours. Il est intéressant de constater à quel point ce code peut être précis selon les établissements. Au lycée Michel Rodange, par exemple, la disposition générale de la loi scolaire de 2009, selon laquelle la tenue doit être « correcte », a été élargie et comprend désormais des consignes précises : les épaules, le nombril, le dos et le décolleté doivent rester couverts ; les jupes et les shorts doivent cacher au moins la moitié des cuisses. Le « look négligé » d’un pantalon de jogging n’est pas autorisé.
En début d’après-midi ce mardi, des élèves sont assis dans le hall du Michel Rodange. Yara, Leena, David, Lea et Nathan regardent leurs portables et font les fous, car leur double cours d’allemand a été annulé. Ils sont en septième et ne fréquentent donc cette école que depuis à peine deux mois. David porte un survêtement Puma turquoise, les autres des jeans. Presque tous ont des baskets aux pieds et tiennent à la main des doudounes de marques comme North Face. Leur professeure principale leur a lu les nouvelles règles, racontent-ils. Nathan, 12 ans, appareil dentaire et joues légèrement rougies, trouve que l’interdiction des pantalons de jogging est idiote. « On doit faire des efforts toute la journée, alors on a bien le droit d’être un peu à l’aise. » Leena, avec ses boucles d’oreilles en anneau et sa queue de cheval, abonde dans son sens : s’asseoir sur les chaises en jean, c’est plus fatigant. Ils n’ont pas d’uniforme scolaire, mais en quelque sorte, c’est quand même le cas maintenant. Lea porte des bottines Dr. Martens et se montre plutôt réservée. Elle trouve que les pantalons de jogging ressemblent à des pyjamas. Leena se lève et montre à Lea sur son smartphone que ce n’est manifestement pas le cas.
Salut, prof ! À une table un peu plus haut dans le hall d’entrée, une poignée d’élèves de terminale se préparent à leur épreuve orale. Ils sont pour la plupart vêtus de noir, de blanc et de gris. Lena constate que beaucoup de professeurs ont un problème avec les pantalons de jogging. Elle n’en porte pas – sa mère refuse ce type de vêtement à l’école et ne la laisserait pas aller en cours ainsi –, mais cela ne la dérange pas chez les autres. Dana, assise à côté d’elle, a du mal à accepter cette règle. « On n’est pas encore chez un employeur, on peut donc se montrer un peu plus indulgent. Quant aux hauts qui laissent les épaules dénudées, en été, on a l’impression qu’il fait 50 degrés ici ! » Lena explique que ces interdictions visent de manière disproportionnée les filles, car il y a quelques années, on se contentait d’interdire aux garçons de venir en tongs. Il y a néanmoins des filles dans les classes inférieures qui abusent de leur liberté et viennent à l’école avec des hauts ressemblant à des soutiens-gorge et laissant entièrement apparaître leur ventre. Le fait que tout le monde soit pénalisé à cause de quelques exceptions n’est pas particulièrement juste. « Ce qui me dérange, c’est la manière de justifier cela : quand les professeurs disent qu’ils n’arrivent pas à se concentrer à cause des tenues féminines. Si l’explication est qu’on doit tous avoir une apparence respectable, ça me va. » Les deux garçons assis à la table expliquent avoir troqué leur pantalon de jogging contre un pantalon normal pour leur examen oral d’aujourd’hui. Lorsque la sonnerie retentit à deux heures et quart, marquant la fin des cours, tout le monde se précipite hors du bâtiment – certains d’entre eux en pantalon de jogging. On remarque à quel point ils s’habillent tous de manière similaire. On ne voit plus de sous-cultures comme les gothiques ou les hippies. Le streetwear est devenu la norme.
Dans un entretien accordé au journal « Land », le proviseur Jean-Claude Hemmer explique que la pandémie de coronavirus a laissé quelques traces sur le style vestimentaire. On avait d’abord décidé de laisser les élèves tranquilles après la pandémie, mais on a ensuite constaté qu’il y avait régulièrement des cas où les jeunes donnaient l’impression « de ne pas s’être changés le matin après s’être levés ». Le « Rodange » compte 1 500 élèves ; il s’agit d’une minorité d’environ 50 jeunes, et on fait bien la distinction entre les pantalons de jogging trop larges et les autres types de survêtements. Car bien sûr, cela fait également partie du débat : on trouve désormais des pantalons de jogging même chez Dolce & Gabbana, pour 900 euros. Pour M. Hemmer, le fait de garder les épaules couvertes semble surtout concerner les hauts bandeau, qui laissent les épaules entièrement dénudées. Il rejette l’argument selon lequel cette règle pénaliserait de manière disproportionnée les filles, en faisant valoir que les garçons ne sont pas non plus autorisés à venir en cours torse nu ou en « marcel ». Aucun accord n’a pu être trouvé avec le comité des élèves – et « l’établissement a tout simplement besoin d’une ligne directrice », affirme Jean-Claude Hemmer. Personne n’a encore été sanctionné pour des raisons vestimentaires.
Les équipes éducatives des autres établissements secondaires ont affaire à des adolescents en pleine puberté, en quête d’identité, qui souhaitent s’épanouir. Comme on le sait, une attitude trop autoritaire entraîne généralement, chez cette tranche de la population, l’effet inverse du comportement souhaité. Le Lycée des Arts et Métiers, qui s’adresse à une autre couche socio-économique, semble à première vue appliquer le règlement vestimentaire le plus strict. Sur son site Internet, l’établissement rappelle que le code vestimentaire doit refléter « la décence d’une institution scolaire » ; que les vêtements doivent être propres et ne pas être « excessivement déchirés ou effilochés » ; et que le port de leggings est obligatoire sous les minishorts ou les minijupes. Fabrice Roth, directeur du LTAM, explique lors d’un entretien que ce code est en cours de révision. Concernant les survêtements, il faut se poser la question suivante : « Pourquoi continuer à lutter comme Don Quichotte contre quelque chose qui est désormais accepté par la société ? » L’école a changé de philosophie et s’efforce d’amener les élèves à prendre leurs responsabilités et à comprendre qu’ils ne peuvent pas se présenter n’importe comment lors d’un entretien d’embauche. Une séance de coaching destinée aux classes inférieures offre désormais aux élèves la possibilité d’échanger sur ce genre de sujets. M. Roth a constaté que les meilleurs résultats étaient obtenus lorsqu’un « pair » exprimait à son camarade ses réserves concernant une tenue.
Le débat fait également rage dans les pays voisins. En Allemagne, pays fédéral, le Conseil fédéral des parents d’élèves réclame désormais une réglementation uniforme en matière de code vestimentaire dans les écoles, afin de mettre un terme aux tenues « négligées » ou « trop dénudées ». Dans certaines écoles de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, des élèves ont été exclus des cours parce qu’ils portaient des pantalons de jogging. En France laïque, le débat a également refait surface à plusieurs reprises : il porte tantôt sur l’abaya, tantôt sur le crop top. En 2020, le ministre de l’Éducation de l’époque, Jean-Michel Blanquer, avait déclaré sur France Info que les enfants devaient venir à l’école habillés « à la manière de la République ». Il y a un peu moins de deux mois, le président Emmanuel Macron, sans se prononcer en faveur d’un uniforme, a toutefois déclaré qu’on pouvait demander aux élèves de porter une « tenue unique » composée d’un jean, d’un t-shirt et d’une veste pour aller en cours.
Au LTB, la règle officielle veut que les pantalons de jogging soient réservés aux cours d’éducation physique ; au LYMA d’Esch-sur-Alzette, les leggings ne sont en théorie pas considérés comme des pantalons. Au Fieldgen, les tenues ne doivent pas être « provocantes », et les tatouages ainsi que les piercings doivent être « discrets » ; si une élève porte un voile, celui-ci ne doit pas dépasser la longueur des épaules et ne doit couvrir aucune partie du visage. La plupart des lycées interdisent le port d’un couvre-chef dans la salle de classe, sauf s’il s’agit d’un signe d’appartenance religieuse. Certains précisent que les t-shirts ne doivent pas comporter de slogans racistes, sexistes, agressifs ou violents, et que la drogue, le tabac et l’alcool ne doivent pas être glorifiés. Au LCE, il est rappelé que la coupe de cheveux et le maquillage doivent également être « corrects et adaptés au cadre scolaire ». Le lycée Vauban est tout aussi explicite en matière de couverture du corps et interdit une tenue vestimentaire « de type vacances » ainsi que les vêtements signalant une appartenance religieuse. Le lycée Sainte-Sophie, en revanche, ne tolère pas les tenues « excentriques », quoi que cela puisse signifier dans la pratique. S’agit-il de problèmes propres aux zones plus urbaines ? Jeff Kohnen dirige depuis quatre ans l’Atert Lycée de Redange, ouvert en 2008. Il a en effet l’impression que cette question y est moins présente qu’à la capitale et dans le sud du pays.
R.e.s.p.e.c.t. À l’instar du lycée Ermesinde, le lycée Aline Mayrisch s’est limité au mot « correct » dans son règlement intérieur. Judith Reicherzer, chargée de communication de l’« Alima », explique que dans des cas exceptionnels, par exemple si quelqu’un porte un décolleté trop plongeant ou un t-shirt portant un message provocateur, une caisse contenant des pulls est mise à disposition pour que les jeunes puissent s’en couvrir. Les élèves ont par ailleurs discuté avec animation entre eux de ce sujet. « Le respect que nous cultivons ici doit sans cesse être renégocié et élaboré. » Elle estime toutefois que l’accent doit être mis davantage sur la relation avec les élèves et sur le rôle pédagogique du personnel enseignant que sur des règles rigides – et considère également l’école comme un « espace de protection » pour les jeunes, où ils peuvent s’essayer à différentes choses ; bien sûr, sans blesser les autres. En effet, la question reste de savoir dans quelle mesure ces règles peuvent réellement être appliquées, surtout quand on observe les élèves qui sortent en masse des écoles mentionnées et dont certains ne respectent pas le code vestimentaire. Se pose également la question de l’arbitraire, tant pour les règles formulées avec précision que pour celles qui restent vagues. On ne retrouve pas de positions vraiment extrêmes parmi les personnes interrogées, mais plutôt des appels au bon sens.
En 808, Charlemagne fut le premier à imposer aux différentes classes sociales le montant qu’elles étaient autorisées à dépenser pour leurs vêtements, réglementant ainsi la manière dont les individus affichaient leur origine sociale. Les codes vestimentaires sont restés courants jusqu’au XIXe siècle. Jusqu’au XIIIe siècle, les vêtements masculins et féminins avaient la même coupe de base ; ce n’est qu’à partir de cette époque que la taille féminine a inspiré des différences entre les sexes dans les styles vestimentaires. Depuis lors, il est de tradition de maîtriser et de contrôler le corps de la femme, la manière dont il se présente en public et ce qu’il en est dévoilé.
Il y a trois ans, un scandale avait éclaté au LCD de Diekirch à propos du règlement vestimentaire, jugé sexiste et « conduisant à la sexualisation du corps féminin ». Ce règlement, similaire à celui du Michel de Rodange, avait été élaboré en collaboration avec le comité des élèves. À la suite de cet incident, une caricature grossière avait vu le jour, visant à dénoncer le sexisme de l’établissement. L’élève avait partagé ce dessin sur les réseaux sociaux, ce qui lui avait valu une suspension temporaire. Il s’agit là de la seule mesure disciplinaire, indirecte, qu’un règlement vestimentaire ait entraînée au Luxembourg ces dernières années. En effet, comme l’indique le ministère de l’Éducation : personne ne peut être renvoyé de l’école pour avoir enfreint le règlement vestimentaire.