Il reste encore un long chemin à parcourir avant que le cycliste ne soit reconnu par tous comme un usager légitime de la route. C’est ce que montre un incident survenu lors de la dernière Critical Mass, un cortège organisé par l’association cycliste ProVelo : alors que les 30 participants roulaient dans la rue des Trévires, une voie réservée aux vélos à Bonneweg, un accident s’est produit. Un automobiliste a dépassé un cycliste, qui a ensuite chuté. La police a été alertée. Mais selon le communiqué de presse de ProVelo, lorsque la patrouille est arrivée sur place, elle a d’abord fait preuve d’une grande compréhension envers l’automobiliste. La responsabilité a été rapidement attribuée. Selon le Code de la route, le dépassement d’un cycliste sur une rue cyclable est illégal et est théoriquement passible d’une amende de 145 euros et éventuellement de deux points de pénalité ; même le fait de « gêner » le cycliste est sanctionné par une amende de 49 euros. Or, les agents n’en auraient pas eu connaissance. Un appel au standard n’a rien donné : l’information erronée y aurait été confirmée, selon ProVelo.
À la demande du Land, la police confirme avoir été sur place le 13 février. La réponse de la police contient des extraits du Code de la route, tant en ce qui concerne le dépassement des vélos dans les « rues cyclables » que la circulation côte à côte. Cette dernière est autorisée à condition que les cyclistes restent sur la droite. « Comme lors de toute intervention, la police doit d’abord se faire une idée de la situation. Dans ce cas précis, il y a eu une confusion concernant la notion de « rue cyclable ». Un constat d’accident a ensuite été établi », explique la police. Ne connaîtrait-elle donc pas le Code de la route ?
Cet usager s’en est sorti à bon compte. Comme l’a rapporté le Tageblatt, seul son vélo a été fortement endommagé ; le cycliste n’a pas dû être hospitalisé. « Il est inadmissible qu’un cycliste doive exiger le respect du Code de la route », déclare Mara Stieber, porte-parole de ProVelo. Elle voit dans les voies réservées aux vélos « un énorme potentiel de conflit ». Dans le voisinage immédiat, rares sont ceux qui savent que la rue des Trévires est une voie cyclable – sans parler des règles à y respecter. On observe régulièrement le même phénomène sur les onze rues de la capitale qui ont été désignées comme voies cyclables. Les automobilistes se faufilent et dépassent régulièrement. Le panneau E18 a, qui signale les voies cyclables, passe facilement inaperçu. Les grands vélos peints sur la chaussée sont certes évocateurs, mais le concept ne fonctionne pratiquement pas.
Lors du « City Breakfast », Patrick Goldschmidt (DP), échevin chargé de la mobilité, a présenté mercredi matin neuf projets visant à améliorer la sécurité routière dans la capitale. Dans la rue Pescatore, la rue de Merl et le boulevard F.D. Roosevelt, de nouvelles pistes cyclables seront intégrées à la chaussée. Sur les boulevards Marcel Cahen et Grande-Duchesse Joséphine Charlotte, on opte pour une conception de qualité : la piste cyclable sera physiquement séparée de la chaussée par des bandes de stationnement et des espaces verts. À Cents également, sur le boulevard de Verdun et à l’entrée de la rue de Clausen, les infrastructures cyclables seront améliorées. Tout cela n’est pas le fait de Muttwëll. Depuis environ trois ans, le nombre de cyclistes gravement blessés est en hausse ; en 2024, on en comptait 43.
En 2024, les manœuvres de dépassement ont été la principale cause d’accidents ayant entraîné des blessés graves. La situation est préoccupante en dehors des villes et des villages : c’est sur les routes départementales que se produisent la plupart des accidents mortels (72 % en 2024) et la moitié de ceux ayant entraîné des blessés graves.
Sur la route départementale reliant Alzingen à Hassel, la PC11 est en cours de réalisation : il s’agit d’une piste cyclable inspirée du modèle néerlandais, où cette approche a « fait ses preuves », comme l’a indiqué le ministère des Transports en réponse à une demande. La chaussée ne sera pas élargie, mais des bandes rouges d’un mètre et demi de large seront tracées de part et d’autre sur ce tronçon de 3,4 kilomètres ; la vitesse est limitée à 50 pour les automobilistes. Les automobilistes ne seront autorisés à se déporter sur les bandes rouges que s’il n’y a pas de cyclistes à cet endroit ; dans le cas contraire, les cyclistes ont la priorité. « L’objectif consiste à séparer de manière conséquente le trafic motorisé et la mobilité douce », peut-on lire dans le dossier de presse. Il ne s’agit toutefois que d’une simple peinture au sol sur un tronçon plutôt dangereux.
Selon le ministère des Transports, ce type de piste cyclable est particulièrement adapté aux routes de campagne peu fréquentées. À l’origine, il était prévu de fermer complètement la route à la circulation automobile, mais les communes voisines s’y sont opposées, craignant que le trafic ne soit alors dévié vers d’autres routes, ce qui aurait entraîné des « nuisances » pour les riverains.