« S’il n’y a pas d’offre, il n’y a pas non plus de demande. (…) Lorsque des témoins de cette époque disparaissent, on est surpris de ne pas les avoir interviewés. » (Jean-Marie Reding, président de l’Association des bibliothécaires et archivistes, dans *Im Wort*, 2006)
« La sensibilisation aux archives est pour ainsi dire inexistante dans notre pays. » (Josée Kirps, présidente des Archives nationales, dans le *Tageblatt* en 2014)
Le fait que le Centre national de l’audiovisuel (CNA) ait fermé ses archives l’année dernière n’a pas suscité l’intérêt des responsables politiques. Personne n’a déposé de question parlementaire à ce sujet, personne n’en a débattu. La fermeture s’explique par l’ampleur du travail nécessaire pour regrouper trois archives en une seule. Le CNA indique que l’inventaire et l’harmonisation systématique de toutes les données ont été « accélérés » par cette fermeture, mais qu’ils ne sont pas encore achevés. (À ce jour, environ 2 200 fonds d’archives ont été répertoriés, soit quelque 350 000 documents ; au total, le CNA en compte plus d’un million.) Au Luxembourg, on procède donc désormais à une collecte systématique – mais il est tout simplement assez fastidieux d’accéder à ce que l’on cherche. L’année dernière, les médias ont également vu leur accès aux documents et aux données considérablement restreint, ce qui a compliqué leurs recherches. Souvent, la réponse à leurs demandes était que la consultation n’était pas possible. Les personnes concernées ont critiqué cette situation : archivistes, journalistes, historiennes.
Le CNA est l’organe central qui rassemble l’ensemble de l’histoire culturelle audiovisuelle : les ministères, les médias et les particuliers lui transmettent leurs productions. Même les conférences de presse enregistrées sous forme numérique sont envoyées au CNA par le service de presse du gouvernement. En 2025, 3 441 documents ont été transmis au dépôt légal. En 2024, le dépôt volontaire, auquel les particuliers peuvent remettre leurs photos et documents, a reçu 535 094 contributions. Il s’agit donc d’une véritable mine d’informations historiques, dont la fermeture pendant un an aurait dû être évitée.
Depuis plusieurs années, l’institut est en outre confronté à des problèmes de personnel (d’Land, 06/12/2024). L’exode des collaborateurs, qui a commencé sous la direction de l’ancien directeur Paul Lesch, se poursuit sous la direction du nouveau directeur Gilles Zeimet. Après plusieurs arrêts maladie de longue durée et départs, un cadre important des archives a finalement démissionné à la fin de l’année dernière. Au total, cinq personnes ont quitté le CNA depuis que Gilles Zeimet est en fonction, soit depuis près de deux ans et demi. « Je ne compte plus le nombre de fois où je vois des collaborateurs quitter les réunions en larmes », explique un membre de l’équipe lors d’un entretien avec le journal d’Land. L’ambiance serait toxique, la microgestion constante. Le directeur, quant à lui, reste sur la défensive. Les demandes ne reçoivent de réponse que par écrit ; les archivistes seraient « extrêmement accaparés » par la réouverture des archives et la numérisation de l’exposition « Family of Man », ce qui les empêcherait de s’exprimer auprès de la presse, selon certaines sources. Les entretiens menés par *Le Land* montrent également que le CNA communique peu et tardivement à l’extérieur sur des éléments importants des projets. Le personnel serait tout simplement débordé ; il y aurait un nombre extrêmement élevé de réunions d’équipe, ce qui rendrait impossible l’accomplissement du travail proprement dit, selon des sources proches de l’établissement. La direction met en avant plusieurs initiatives prises par l’établissement pour améliorer le « climat au sein de l’équipe » : la « gestion par objectifs », une nouvelle méthode de travail axée sur les résultats ; des ateliers collaboratifs avec le personnel, qui seraient bien accueillis ; des formations continues et une collaboration étroite avec un « coach externe » afin d’adapter les processus internes aux « besoins de l’établissement ». Un « code de conduite » et une charte des valeurs sont également en cours d’élaboration. La direction salue « l’engagement et la grande motivation » de son équipe.
Au cours des deux dernières années, le ministère de la Culture a accordé des augmentations budgétaires au CNA, au titre d’« investissements structurels ciblés » portant notamment sur les infrastructures. L’institut reçoit plus de 13 millions d’euros, soit 4,5 % du budget total du ministère ; dont 7,2 millions sont consacrés aux salaires. Le ministère reste toutefois discret quant à la situation au sein de son institut. « Je n’ai pas connaissance de mécontentement ou de nervosité au sein du personnel », déclare Carl Adalsteinsson, premier conseiller au ministère de la Culture, lors d’un entretien avec le journal *Land*. L’Institut culturel traverserait depuis plusieurs années une période de « changement », au cours de laquelle « de très nombreux sujets historiques font l’objet de discussions ». Le ministère serait en contact régulier avec le CNA, mais ne connaîtrait pas tous les « détails ».
Un incident préoccupant s’est produit l’année dernière dans le cadre de l’exposition consacrée à la collection Lutz Teutloff. Lutz Teutloff était un important collectionneur et galeriste allemand. L’exposition de photographies intitulée « Facets of Humanity : Works from the Teutloff Collection » a dû fermer ses portes deux mois avant la date prévue pour son clôture, car le système de climatisation de la salle d’exposition Display01 était tombé en panne et un taux d’humidité élevé avait endommagé les œuvres exposées. Gilles Zeimet, qui se trouvait à Arles à ce moment-là, a décidé de fermer l’exposition afin de faire restaurer les œuvres. Le CNA n’a pas communiqué sur l’état des photographies depuis six mois – selon les informations de Land, il ne semblerait pas y avoir de dommages irréparables. Vingt œuvres d’art se trouvent encore actuellement dans l’atelier, les 51 autres sont de retour au CNA. Ce délai est nécessaire car les œuvres doivent subir un processus de séchage contrôlé, explique le service de presse de l’institut culturel.
Sabine Weichel-Kickert est conservatrice et spécialiste de la collection Teutloff. Elle a cédé cette collection au CNA après le décès de Lutz Teutloff en 2017. Dans un entretien accordé au journal « Der Land », elle se dit incapable de comprendre pourquoi il n’est pas envisagé de présenter à nouveau ces œuvres majeures. En effet, le programme du CNA ne prévoit pas de nouvelle exposition dans ce lieu avant l’automne 2026. Gilles Zeimet avait pourtant déclaré au journal *Das Wort* l’année dernière qu’une nouvelle exposition des œuvres de Teutloff n’était pas prévue pour le moment. Sabine Weichel-Kickert n’en a été informée que neuf jours après l’incident. Elle ne comprend pas pourquoi il faut autant de temps pour réparer un système de climatisation. Après de longues recherches, un bureau d’études a enfin été trouvé pour accompagner le « projet de la salle d’exposition », selon la direction du CNA. Il sera alors possible de mieux évaluer l’impact financier et de « prendre des mesures ». Un rapport devrait être disponible le 2 mars.
Les archives ont rouvert discrètement leurs portes au début de cette année. L’outil de recherche du CNA a quant à lui été mis en ligne l’année dernière avec un premier ensemble de données ; actuellement, 2 000 documents y sont consultables. Il faudrait définir des métadonnées extrêmement détaillées pour permettre une recherche efficace ; la complexité des droits d’utilisation et les procédures de clarification fastidieuses ralentiraient le travail, explique le CNA. On trouve par ailleurs des archives mises en valeur de manière esthétique dans le cadre d’un projet intitulé « La boîte à archives » sur RTL – à condition d’être prêt à supporter les publicités du début. Les thèmes de ces rétrospectives, rapporte le CNA, auraient été fixés par RTL. Le Mardi gras dans les années 60, des publicités des décennies passées reflétant les valeurs de l’époque, la grande-duchesse Charlotte et la grande-duchesse héritière Maria Teresa flânant au Bazar international. Il existe d’innombrables exemples à l’étranger de ce que pourrait être un travail d’archives vivant : par exemple, la manière dont l’Institut national des archives (INA) en France, dans son émission « L’INA éclaire l’actu », sélectionne chaque jour, avec un grand impact médiatique, des documents d’archives qui reflètent et expliquent le présent.