À Esch-sur-Alzette, l’opposition a continué cette semaine à s’efforcer d’y voir plus clair dans l’affaire Fresch. Pim Knaff, échevin de la Culture du DP, qui a été poursuivi pour fraude fiscale grave mais qui continue néanmoins d’exercer ses fonctions au motif qu’il s’agissait d’une « affaire purement privée », est président de l’asbl Fresch. L’association finance le Bâtiment 4, le méga-événement des Francofolies, la Nuit de la Culture et la plateforme Elektron, récemment créée. Il existe actuellement deux autres asbl indépendantes, la Nuit de la Culture et les Francofolies – mais celles-ci seraient en cours de fusion, selon Fresch. L’asbl dispose de plusieurs millions d’euros pour financer ses projets culturels ; ces fonds proviennent du financement communal, du sponsoring et des recettes de billetterie. La commune a alloué 4,5 millions d’euros pour cette année.
Depuis des mois, le LSAP et Déi Lénk réclament l’accès aux comptes de Fresch. Les vacances scolaires ont entre-temps commencé ; les responsables politiques se retirent sur la Côte d’Azur pour se déconnecter. Ou du moins, ils essaient. Cette semaine, le journal Reporter a publié des informations sur le financement de Fresch que Pim Knaff avait jusqu’à présent cachées à l’opposition. On parle d’une gestion financière hasardeuse et opaque. Plus de trois millions d’euros auraient été versés en 2023 rien que pour les salaires, les primes et le travail dominical ; 30 000 euros pour un site web ; 1 500 euros pour une facture de pizza. Un budget de 8,2 millions d’euros est prévu pour 2024. Cette année, cette somme colossale devrait également servir à financer la Biennale d’architecture ; mais surtout, il s’agit d’injecter les bénéfices des Francofolies, pour lesquelles un bénéfice de 2,4 millions d’euros est prévu en 2024 (contre 99 000 euros de bénéfice net en 2022).
La section LSAP d’Esch réagit le lendemain en exprimant à la fois sa gratitude pour la liberté de la presse et son mécontentement face au fait que des informations concernant les comptes de Fresch aient été divulguées aux médias avant d’être officiellement présentées aux conseillers communaux. Ce même mardi matin, le bourgmestre du CSV, Christian Weis, définit son rôle auprès de RTL comme celui d’un « intermédiaire ». Il précise qu’il n’est ni membre de l’asbl, ni assesseur à la culture, ni membre du conseil d’administration de Fresch. Le « flux d’informations » se serait interrompu après les élections communales. En effet, depuis lors, tous les membres du conseil d’administration de Fresch ne siègent plus au conseil communal. Il a en outre expliqué que les conseillers communaux avaient accès à l’ensemble des comptes de Fresch pour les années 2021 et 2022 – une affirmation que le conseiller communal du LSAP, Steve Faltz, a formellement démentie le lendemain matin. Il s’agissait d’un « malentendu », a expliqué M. Weis a posteriori. Les conseillers municipaux disposent désormais de centaines de pages de documents comptables des trois associations pour les années 2021 à 2023. « Nous allons examiner très attentivement à quoi cet argent a servi et demander des justificatifs si certaines dépenses semblent douteuses », déclare Steve Faltz dans un entretien accordé au journal *Der Land*. L’objectif est de s’assurer que les 4,5 millions d’euros ont bien été dépensés au profit des habitants d’Esch.
Mercredi, Fresch est intervenu pour expliquer que certaines informations contenues dans l’article de Reporter étaient délibérément trompeuses. La facture de pizzas, par exemple, est détaillée et relativisée dans le communiqué de Fresch : des pizzas auraient été servies à 310 invités lors d’un vernissage à la Konschthal. Le budget de 8,2 millions d’euros s’explique par le fait que les budgets de l’Asbl Nuit de la Culture et de l’association des Francofolies ont été regroupés. Par ailleurs, le budget prévu pour les Francofolies serait réaliste compte tenu du succès du festival et des ventes de billets. La question de savoir pourquoi ces informations n’ont pas été transmises au journaliste, alors que celui-ci avait envoyé une liste de questions à Pim Knaff, est restée sans réponse.
À la rentrée, les données issues de la gestion financière auront été analysées et d’autres réunions d’information pourront avoir lieu. Au sein du conseil d’administration de Fresch, tout le monde s’accorde à dire que la – attention, mot à la mode – gouvernance de l’asbl doit quelque peu évoluer. La pression est en effet devenue trop forte pour qu’on puisse en arriver à une autre conclusion. Le conseil d’administration doit accepter le reproche selon lequel il ne examine pas les choses de très près. De nombreux membres du conseil d’administration dépendent du financement communal d’Esch, notamment les responsables de la Kulturfabrik, du Théâtre d’Esch et du Ferroforum. Le conseiller communal Marc Baum (Déi Lénk), actif au sein d’Independent Little Lies, s’est retiré du conseil d’administration le mois dernier. Sandra Laborier, directrice du Rainbow Center et également active au sein de déi Lénk, a pris sa place.