Un lapin de Pâques est accroché devant l’appartement de Marie-Laure Fischer, tandis que le déjeuner est en train d’être préparé dans la cuisine. Originaire de France, elle travaille depuis treize ans comme assistante maternelle et accueille cinq enfants dans son appartement de Bettembourg. Actuellement, Renato, Rafael, Robert, Julia et Mélanie sont confiés aux soins de « Tata » du lundi au vendredi, en dehors des horaires scolaires. Elle s’occupe de Mélanie depuis que celle-ci a six mois. « Elle fait partie de la famille », dit-elle. Ses deux fils sont désormais presque adultes.
Elle se réjouit, car son travail, comme celui de toutes les assistantes maternelles, va bénéficier d’une revalorisation financière ; le projet de loi a été adopté il y a deux semaines par le Conseil d’État. Grâce à cette réforme, la prise en charge maximale par l’État dans le cadre des Chèques Services Accueil (CSA) passera alors de 3,75 euros par heure et par enfant à 5,40 euros, auxquels s’ajoutera une aide unique de 3 000 euros pour le matériel. Les assistantes maternelles peuvent demander davantage pour leurs services afin de joindre les deux bouts – aux frais des parents. Marie-Laure Fischer fait elle aussi de même : elle facture entre 6,50 et 7 euros, en fonction de la situation sociale de la famille. Elle ne peut toutefois pas se plaindre d’un manque d’intérêt de la part des familles de son quartier : deux familles se seraient déjà renseignées pour savoir quand une place se libérerait.
« Si vous étiez venu il y a quelques mois, je vous aurais dit autre chose », précise Marie-Laure Fischer. À l’instar de nombreux autres assistants maternels, elle s’est souvent sentie frustrée ces dernières années par le manque de reconnaissance financière de son métier, alors que ses obligations ne cessaient d’augmenter. Depuis quelques années, le nombre de personnes exerçant le métier d’assistant(e) maternel(le) ne cesse de baisser. Alors qu’il s’élevait encore à 700 en 2016, on compte actuellement un peu moins de 400 assistants maternels dans tout le pays, dont exactement deux hommes. Ils doivent en principe suivre une formation initiale de 130 heures, sauf s’ils possèdent déjà une formation dans le domaine pédagogique ou éducatif. Parallèlement, ils ne peuvent accueillir que cinq enfants au maximum ; deux fois par an, des « agents régionaux » du SNJ (Service national de la jeunesse) viennent s’assurer de la qualité de leur travail. Ils doivent suivre au moins 20 heures de formation continue par an, rédiger des rapports d’activité et présenter un projet pédagogique. Conformément à la nouvelle réforme, ils devront maîtriser l’une des langues nationales au niveau B2 et justifier d’un niveau d’études correspondant au moins à la troisième ou à la onzième. Les exigences linguistiques sont ainsi revues à la hausse : jusqu’à présent, il fallait parler et comprendre deux langues nationales, à un niveau moins élevé. Toutes celles qui ne remplissent pas ces conditions disposent d’un délai de trois ans pour s’adapter. La plupart des assistantes maternelles proposent leurs services dans les communes du sud.
On peut se demander si cette revalorisation permettra de résoudre le problème de relève. « Quand j’ai commencé, nous étions une équipe d’environ 15 personnes ; aujourd’hui, il ne reste plus que quatre collègues pour cette école », raconte Marie-Laure Fischer. Elle attribue notamment cette situation aux obstacles bureaucratiques accrus. Cela tient certainement aussi au fait que ce métier est peu valorisé par la société, ainsi qu’à la crise du logement et à la hausse des loyers. Caroline Ruppert, responsable de la direction d’Arcus asbl, attribue cette situation à des exigences accrues et à la pandémie de Covid. Dans sa réponse à une question parlementaire l’année dernière, le ministre de l’Éducation Claude Meisch (DP) avait admis que la mission éducative confiée aux assistantes maternelles depuis 2017, et qui vise à améliorer la qualité de l’accueil, avait probablement incité certaines d’entre elles à cesser leur activité.
Selon le ministère de l’Éducation, 2 133 enfants sont pris en charge par des assistantes maternelles dans ce Land (chiffres de décembre 2022), un nombre infime par rapport aux 58 288 (chiffre de janvier 2023) inscrits dans les crèches, mini-crèches et maisons relais à l’échelle nationale. En France, pays voisin, les assistantes maternelles bénéficient d’une plus grande visibilité sociale. Le pourcentage d’enfants qui y sont pris en charge par une nounou ou une gardienne est nettement plus élevé, s’élevant à environ 20 %. En Allemagne également, il est plus courant de confier ses enfants à une assistante maternelle. Dans ces deux pays, le nombre d’assistantes maternelles est en baisse, et le même problème de relève est prévisible.
Les réactions politiques à la mesure visant à augmenter le tarif des assistantes maternelles illustrent de manière frappante le rapprochement entre les partis. Cette mesure est saluée par tous les partis, à l’exception de la Gauche. La députée Djuna Bernard (Déi Gréng) rétorque que cette augmentation était « absolument nécessaire ». L’important est désormais de trouver le juste équilibre, notamment en ce qui concerne la dimension linguistique : ne pas trop exclure les assistantes maternelles en raison de leurs compétences linguistiques, tout en garantissant l’apprentissage précoce des langues chez les enfants. Elle voit également dans cette revalorisation une sorte de contre-mouvement face aux « Maisons Relais », souvent trop grandes et bruyantes. Francine Closener, présidente du LSAP, estime qu’il était juste d’« intervenir » pour enrayer la baisse du nombre d’assistantes maternelles et préserver la diversité des modes de garde.
Dans une prise de position, les Pirates estiment que la qualité doit être contrôlée plus souvent et de manière plus stricte dans toutes les formes d’accueil, et réclament à nouveau une allocation parentale pour tous ceux qui s’occupent eux-mêmes de leurs enfants à la maison, « afin de permettre à davantage de parents d’exercer une activité à temps partiel ». L’ADR juge cette revalorisation « acceptable » ; elle souhaite également qu’une allocation parentale soit mise en place et que les exigences linguistiques soient renforcées. Les assistantes maternelles devraient « idéalement » parler le luxembourgeois et deux des trois « langues administratives ». Le ratio d’encadrement doit également être amélioré : pas plus de deux enfants par éducateur·trice pour les moins de deux ans, et pas plus de trois pour les enfants âgés de trois à quatre ans. Martine Hansen, coprésidente du groupe parlementaire du CSV, insiste elle aussi sur une « évaluation de la qualité » dans toutes les structures. Déi Lénk se dit préoccupé par ce changement de cap et y voit « une approche plus conservatrice, car les enfants doivent être davantage pris en charge à domicile ». Il est regrettable que les parents qui ne trouvent pas de place dans une crèche ou une maison relais aient recours à un service « très souvent assuré par des femmes en situation financière précaire ». Dans l’ensemble, il est important que la garde d’enfants relève du secteur public. Même si les assistantes maternelles doivent désormais répondre à des critères linguistiques plus stricts, elles sont néanmoins loin de satisfaire aux exigences d’une éducatrice diplômée.
Pause déjeuner chez Marie-Laure Fischer, l’heure d’aller chercher les enfants à l’école. Après un petit tour à l’aire de jeux, ils rentrent à la maison, où Rafael met la table et dispose les serviettes roulées. La routine ne pourrait être plus bien rodée. Le mari de Marie-Laure Fischer apporte la salade, la viande fumée et la purée de pommes de terre dans le salon. « Avant la guerre, avant la Covid et l’inflation, tout était plus simple. Maintenant, au supermarché, je me dirige directement vers les promotions », explique-t-il. C’est lui qui prépare les repas et fait les courses ; en semaine, il cuisine tous les midis pour sept personnes. Les déjeuners sont pris en charge par l’État à hauteur de 4,50 euros par jour et par enfant – ce qui est parfois juste, car contrairement à d’autres structures, ils n’achètent pas en gros. Les enfants sont calmes, ils demandent poliment s’ils peuvent se resservir de salade. L’autorité de « Tata » n’est pas remise en question. À table, on parle des prochaines vacances, puis du sujet préféré de tous : le temps passé devant les écrans. Renato, qui a presque onze ans, sait quels jeux Nintendo et autres sont disponibles à la Maison relais, où ses amis passent la pause déjeuner et le temps après l’école. En ce moment, la Nintendo est en panne. Chez « Tata », pas de temps d’écran : « Ils en ont déjà assez à la maison ». « Parfois, nos parents sont contents quand on est sur la tablette, comme ça on fait moins de bruit », dit Rafael d’un air malicieux.
Béatrice Nemesien est elle aussi assistante maternelle. Depuis vingt ans, cette mère de trois fils adultes accueille des enfants dès leur plus jeune âge. Dans sa cuisine de Bonneweg, Émil et Louis, âgés respectivement de deux ans et demi et de trois ans, sont assis à la table et collent des autocollants en forme de voitures sur une feuille de papier. Iri, âgée de 18 mois, est debout par terre et sort des bâtonnets colorés d’une boîte.
Alors qu’il y a vingt ans, lorsque Béatrice Nemesien a commencé, les assistantes maternelles étaient encore moins chères qu’une crèche et constituaient donc souvent une solution pour les familles défavorisées, la situation s’est inversée depuis la mise en place des chèques Service Accueil (CSA) et de la prise en charge gratuite. Béatrice Nemesien explique que les parents dont elle s’occupe actuellement sont « bien sûr » aisés financièrement, puisqu’ils paient un supplément pour la garde de leurs enfants. Actuellement, il s’agit de diplômés de l’enseignement supérieur, d’avocats, de fonctionnaires et d’infirmières en chef. Grâce à l’ajustement tarifaire, les assistantes maternelles redeviennent une option pour les familles moins aisées, à condition qu’elles facturent via le système des CSA. « Nous assistons actuellement à une professionnalisation des assistantes maternelles. La proportion d’enfants dont elles s’occupent est certes faible, mais très importante – surtout pour les parents qui ont besoin d’une garde flexible en termes d’horaires », explique Caroline Ruppert.
Cette revalorisation intervient au cœur d’un débat très chargé en émotions sur le temps que les enfants passent dans les structures d’accueil et sur l’externalisation du travail de soins. Béatrice Nemesien perçoit-elle une certaine absurdité dans ce cercle vicieux où des femmes bien rémunérées confient leurs enfants à des femmes moins bien rémunérées ? « Je ne peux imaginer rien de plus beau que ce que les enfants m’apportent chaque jour », répond-elle, et cela sonne sincère. On cherche en vain une quelconque aspérité dans son caractère ; elle semble être assistante maternelle corps et âme. « Je ne fais pas ce métier pour l’argent », dit-elle. Mais par passion. À la fin du mois, Marie-Laure Fischer et Béatrice Nemesien ont sur leur compte à peu près le salaire minimum. Pour concilier vie de famille et vie professionnelle, toutes deux, qui travaillaient auparavant dans la restauration, se sont lancées dans la garde d’enfants lorsqu’elles ont eu leurs propres enfants – afin de mieux concilier les deux. Cela leur a permis de s’occuper de leurs propres enfants à la maison tout en travaillant, racontent-elles. Toutes deux ont désormais trouvé leur place dans la vie et dépendent peut-être moins de leurs revenus que celles qui débutent leur carrière. Si les assistantes maternelles tombent malades, elles essaient de confier les enfants à des collègues. Marie-Laure Fischer et Béatrice Nemesien expliquent que les parents choisissent cette forme de garde en raison de la petite taille des groupes et de l’ambiance familiale. Beaucoup de leurs clients estiment que les petits groupes sont bénéfiques pour leurs enfants ; ils « veulent sortir des structures » et « plus de confort ».
Marie-Laure Fischer connaît bien les enfants dont elle s’occupe ; lors de notre visite, ils donnent l’impression de former une équipe bien rodée. Chez Béatrice Nemesien aussi, on sent une grande confiance s’établir entre elle et les petits. « Je n’ai jamais fait de différence entre mes propres enfants et ceux que je gardais », dit-elle. Elle est d’ailleurs toujours en contact avec certains d’entre eux, aujourd’hui adolescents. Émil, Louis et Iri s’amusent avec des billes dans la grande salle de jeux. En les observant interagir avec les enfants, on ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas aussi pour elle un moyen de prolonger ces premières années fugaces de l’enfance ? Elle sourit, se détourne et se tourne vers les enfants qui jouent.