« L’ambiance était glaciale », affirme Raymond Remakel, conseiller communal à Redange et membre du Parti Pirate. Mardi soir à 20 heures, une séance du conseil communal s’est tenue à Redange à huis clos. Le conseil communal a voté la décision de remplacer le deuxième échevin, Tom Faber, par d’autres représentants dans ses fonctions intercommunales. « Son rôle était d’être les yeux et les oreilles du conseil communal, mais il n’était jamais présent aux réunions », explique M. Remakel. Afin de montrer qu’il était bel et bien présent aux réunions intercommunales, Tom Faber a présenté au conseil son taux de présence aux réunions de l’office régional du tourisme : il aurait assisté à pas moins de dix des quinze réunions. Ses collègues du conseil interprètent ces chiffres différemment : selon eux, il aurait manqué un tiers des réunions. Le maire Henri Gerekens mentionne en outre que Tom Faber n’aurait participé qu’à cinq des 23 dernières réunions du Syndicat de Réiden. Or, il disposait d’un temps de travail hebdomadaire de cinq heures pour exercer ses fonctions. Tom Faber se défend en expliquant qu’il a dû réduire son engagement politique au niveau communal en raison d’une opération et d’un accident de son épouse. Il ajoute par ailleurs que le maire Gerekens a manqué toutes les réunions du Centre d’initiative de gestion régionale.
Mardi après-midi, une lettre de l’avocat de Tom Faber aurait par ailleurs été reçue, dans laquelle celui-ci, sous la menace d’une action en justice, interdit aux conseillers municipaux de faire état d’un incident survenu lors d’une séance publique le 12 janvier entre Tom Faber et ses collègues du conseil municipal. Aucun membre du conseil municipal n’a souhaité s’exprimer jusqu’à présent sur la nature du conflit. Interrogé à ce sujet, un ancien élu municipal a répondu : « Je ne sais rien, et je ne veux rien savoir. »
À Redange, des élections communales auront lieu dans six mois, selon un mode de scrutin (presque) habituel. Certes, la commune a légèrement dépassé l’année dernière le seuil des 3 000 habitants et doit donc passer au système de la représentation proportionnelle. Le désintérêt pour la politique partisane au niveau local est toutefois palpable, bien que presque tous les conseillers communaux soient membres d’un parti. Deux listes citoyennes devraient être présentées : l’une regroupant la quasi-totalité du conseil sortant : le bourgmestre Henri Gerekens (CSV), le premier échevin Luc Pauly (LSAP), Monique Kuffer (sans étiquette), Charel Welter (Parti pirate), Jeff Müller (CSV) et Raymond Remakel (Parti pirate), ainsi que cinq autres personnes. Seul Tom Faber ne figure pas sur cette liste. L’ancien membre du LSAP s’apprête à se présenter en tête de sa propre liste. Les onze candidats seraient pratiquement fixés et seraient annoncés dans un mois. Il ne souhaite toutefois révéler qu’une chose : aucune personne ayant un profil politique partisan clair n’en ferait partie. La liste, composée des conseillers sortants, élaborera prochainement un programme électoral « modéré ». Modéré, car il faudra se contenter d’un petit budget. Le maire Gerekens aime parler des dépenses et des recettes : « L’année dernière, nous avons enregistré des recettes de 15 millions et des dépenses de 14,9 millions d’euros. » Il se préoccupe de la construction d’une nouvelle école, qui s’impose bientôt en raison de la croissance démographique. « Cela va représenter des sommes colossales pour notre petite commune. »
Certes, on s’inspire des propositions de son propre parti pour orienter la politique communale, comme l’idée des Pirates d’enregistrer les séances du conseil municipal dans un souci de transparence, explique Raymond Remakel. « La politique partisane ne joue toutefois pratiquement aucun rôle dans les petites communes – nous avons nos propres problèmes locaux ». Les membres s’entendent bien entre eux, il n’y a pas d’antagonisme entre le CSV et les Pirates au sein du conseil. Au contraire, la collaboration fonctionne « à merveille ». Selon lui, il faudrait, comme le propose le Syvicol, relever le seuil du système proportionnel à au moins 6 000 habitants. Le président du Syvicol, Emile Eicher (CSV), fait valoir que pour établir des listes de parti, il faudrait d’abord trouver 55 personnes pour cinq partis. Dans les petites communes, de nombreux citoyens souhaiteraient certes s’engager ponctuellement, mais pas à long terme au sein d’un parti politique. Le maire Henri Gerekens voit toutefois également des avantages liés à ce changement. Entre autres, le temps de congé politique des conseillers municipaux passe de trois à cinq heures. Pour les maires, il passe de 13 à 20 heures.
Alors que le canton de Redange connaît actuellement une croissance démographique, il en allait autrement il y a 50 ans. Au milieu du XXe siècle, la population vivait de l’agriculture ou travaillait dans les carrières d’ardoise de Martelingen. Mais ces dernières ont entraîné le déclin de l’exploitation de l’ardoise ; en 1953, la ligne de Jhangeli, reliée aux carrières et destinée au transport de marchandises, a été désaffectée. Et en 1967, l’exploitation ferroviaire de la ligne de l’Attert a été arrêtée – le canton s’est alors senti coupé du reste du pays. Camille Gira, premier maire vert (de la commune de Beckerich, élue au scrutin majoritaire), a brossé en 2003, dans une contribution au journal Forum, le tableau d’un canton désolé : « Le nombre d’exploitations agricoles diminue de façon dramatique, (…) les jeunes quittent les communes, les anciens bâtiments sont vides et tombent en ruine, certaines fermes sont démolies », décrivait-il la situation dans les années 60 et 70. Le slogan « Wëlle Westen » s’est imposé pour résumer l’exode rural et les caractéristiques d’une région en difficulté structurelle.
Mais le vent tourne avant même le tournant du millénaire : après les élections de 1988, un renouveau politique intercommunal s’opère. Le syndicat intercommunal « Réidener Kanton » est fondé. S’ensuivent la création d’une crèche régionale, d’une zone d’activité intercommunale et d’une école de musique ; le service de bus vers Luxembourg-Ville et Diekirch est étendu, et la maison de retraite agrandie. Dans les années 2000 s’ajoutent la rénovation de la piscine ainsi que la construction du lycée de Réiden. Léon « Pollo » Bodem (LSAP) est aujourd’hui le maire le plus ancien du canton. Originaire d’Uselding, il est en fonction depuis 22 ans et se montre satisfait de la collaboration au sein du syndicat intercommunal : « Les neuf communes étaient toutes d’accord pour aller de l’avant. » Il n’y a pas eu de querelles au sujet de l’emplacement, bien que la commune de Redange, en particulier, profite de ces infrastructures, puisqu’elles sont implantées sur son territoire. Ces dernières années, Useldingen n’a pu se démarquer que par la rénovation du château et la construction des « Mushrooms » – des hébergements en forme de champignons qui s’inscrivent dans un concept de tourisme « Bed & Bike ». Au final, cependant, toutes les communes auraient profité du développement des infrastructures, puisque des dotations reviennent aux neuf communes. Au sein du syndicat, l’appartenance à un parti ne joue aucun rôle ; ce sont les besoins de la région qui priment. « Le canton s’est réveillé de son sommeil de Belle au bois dormant il y a des années et s’est fait une place », raconte fièrement Pollo Bodem.
Luc Recken, maire de Vichten, tient des propos similaires. Il estime que la politique partisane n’a pas sa place dans les petites communes ni dans la politique cantonale. Lui-même est actuellement sans étiquette, mais il sympathise avec Fokus et n’exclut pas d’y adhérer à l’avenir. Le deuxième échevin de Vichten, Jean Colombera, était membre de l’ADR et cofondateur du PID. Mais en réalité, les préoccupations partisanes n’auraient guère pris pied dans les communes à scrutin majoritaire. « Je n’envie pas la commune de Redange, qui doit désormais s’adapter », déclare Luc Recken.
Alors que le CSV a toujours été le parti dominant dans le canton, tous les partis y sont désormais représentés. Le LSAP fournit le maire de Saeul et d’Useldingen, le DP celui de Grosbous et les Verts celui de Wahl. « Avec l’arrivée de nouveaux habitants venus du centre et du sud, l’électorat a évolué au cours des deux dernières décennies. Autrefois, dans les villages, il y avait des familles où tous les membres votaient pour le parti que le père leur indiquait. Aujourd’hui, c’est différent ; on pourrait dire que les électeurs ont mûri », commente Pollo Bodem. De son côté, Raymond Remakel est en train de fonder une section du parti à Redange avec le porte-parole des Pirates, Starsky Flor, qui se présente aux élections communales à Useldange, et son collègue du conseil communal Charel Welter. Selon certaines rumeurs, le beau-père de Sven Clement, un ancien élu communal de Redange, ferait également office de trait d’union entre le parti et le canton. « Je ne sais vraiment pas si le parti a quoi que ce soit à voir avec ça », nie Remakel.
À une époque où la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles importées se fait cruellement sentir, la politique énergétique du canton se distingue tout particulièrement. En 1997 a vu le jour l’initiative « Komm spuer mat ! – pour une région pleine de nouvelles énergies », portée par le syndicat intercommunal « De Réidener Kanton » et une association. Son objectif : optimiser la consommation d’énergie (c’est-à-dire économiser de l’énergie sans perte de confort) et passer entièrement aux énergies renouvelables. Dans son article publié dans le Forum, Camille Gira a rappelé que les complexes d’infériorité d’une région autrefois en retrait avaient alors fait place à une nouvelle confiance en soi grâce à des slogans tels que « Le canton de Réiden montre la voie ». Actuellement, la production d’électricité à partir de sources renouvelables s’élève à environ 40 %. Afin de se rapprocher de l’objectif des 100 %, le canton avait prévu en 2019 la construction de cinq éoliennes supplémentaires, capables d’alimenter 8 000 foyers. Une pétition contre leur construction a alors été lancée, à laquelle ont adhéré 735 des 2 800 habitants que comptait à l’époque la commune de Réiden. Lorsqu’une assemblée publique a été convoquée, à laquelle tous les signataires avaient été invités individuellement, seuls 70 opposants se sont présentés. Selon certaines informations, il s’agissait d’une campagne de porte-à-porte au cours de laquelle des personnes, prises au dépourvu, se sont laissées convaincre de signer.
Devant la mairie de Redange se dresse une statue du Kropemann. Ses orteils coulent le long de la pierre. Une casquette surdimensionnée et une barbe fournie lui cachent le visage ; des algues pendent de son corps et il tient un « Krop » dans sa main droite. Le Kropemann est un esprit des eaux dont un poème de Willi Goergen raconte qu’il « enlève » les enfants qui s’aventurent trop près des rives de l’Attert. En 2016, les habitants de Redange ont toutefois assuré au Luxembourg Times que le personnage avait entre-temps été réinterprété : il ne serait plus un sinistre ravisseur d’enfants, mais le protecteur de la vallée de l’Attert. Reste à savoir s’il protégera le conseil communal contre de nouvelles turbulences avant les élections.