« Nous ne nous facilitons pas la tâche, bien au contraire », souligne Yves Cruchten, président du groupe parlementaire du LSAP. Mardi, le groupe parlementaire a débattu de la question de la vaccination obligatoire, puis mercredi, c’était au tour de la direction du parti. La ministre de la Santé, Paulette Lenert, était également présente. Mais au lieu de prendre une décision, la direction du LSAP s’est vu confrontée à de nouvelles questions au cours de cette réunion de deux heures. C’est pourquoi elle se réunira à nouveau ce week-end. « Très rapidement », précise M. Cruchten, « nous nous sommes toutefois mis d’accord sur le fait qu’une obligation vaccinale aujourd’hui, avec le variant Omicron, ne serait d’aucune utilité ». Elle serait plutôt à envisager pour de futurs variants.
Le fait que le LSAP soit déjà d’accord sur ce point est, d’une part, remarquable, mais, d’autre part, pas vraiment. Remarquable, car ce n’est que tard dans la soirée de mercredi que tous les députés ont reçu un « rapport de synthèse » contenant les questions du gouvernement en vue du débat de consultation annoncé pour mercredi prochain au Parlement, mais sans y inclure encore la position du groupe d’experts composé de cinq membres sur la « nécessité sanitaire » d’une obligation vaccinale. Cela n’a toutefois rien de surprenant, car il est assez évident que plusieurs semaines devraient encore s’écouler avant l’entrée en vigueur d’une obligation vaccinale. Si des premières vaccinations étaient alors effectuées à grande échelle, il faudrait compter quatre semaines supplémentaires pour que ces personnes reçoivent leur deuxième dose, puis encore une à deux semaines avant que l’effet ne se manifeste pleinement. À l’échelle de la société dans son ensemble, une obligation vaccinale ne se ferait peut-être sentir qu’en avril. D’ici là, de nombreuses personnes pourraient avoir été infectées par le variant Omicron, qui est plus contagieux que le variant Delta. Ou bien la première dose de vaccin apporte-t-elle déjà une certaine protection, et une obligation vaccinale mise en place dès que possible serait-elle importante ?
Lorsque le variant Delta dominait encore, la situation était plus claire. Les nouvelles infections au Covid avaient augmenté, tout comme les hospitalisations, mais de loin pas autant qu’en 2020. Le taux de vaccination ne progressait pratiquement plus. À la mi-décembre, la loi Covid a été renforcée, avec la règle du « 3G » sur le lieu de travail, qui s’applique à partir de demain samedi, et celle du « 2G » pour les « loisirs ». Quelques semaines auparavant, la capitale avait connu ses premières manifestations antivaccinales agressives. Les effectifs de police ont été renforcés par des agents et un canon à eau venus de Belgique. Dans ces circonstances, une obligation vaccinale pouvait paraître tout à fait justifiée, non seulement sur le plan sanitaire, mais aussi sur le plan sociopolitique : au lieu d’exercer une pression indirecte avec les règles 3G et 2G, les règles seraient alors les mêmes pour tous. Au sein de la population, l’obligation vaccinale a gagné en popularité. Peut-être pour que le calme revienne, peut-être pour que l’épidémie disparaisse. Comme ni le Premier ministre du DP, Xavier Bettel, ni la ministre de la Santé du LSAP ne voulaient en entendre parler pendant longtemps, et que la populaire Paulette Lenert qualifiait encore en décembre l’obligation vaccinale de « dernier recours », le CSV a saisi l’occasion de montrer que le gouvernement n’avait, une fois de plus, aucun plan, et a fait campagne en faveur de l’obligation vaccinale. Lorsque, le 24 décembre, alors que la loi Covid était encore renforcée, son groupe parlementaire a déposé une motion au Parlement demandant la discussion et la préparation d’une obligation vaccinale pour toutes les personnes âgées de 18 ans et plus, un « non » aurait fait perdre la face à la majorité. Xavier Bettel avait apparemment anticipé cela : le 22 décembre, lors d’un point presse sur le Covid, alors que la ministre de la Santé tergiversait encore, il a déclaré sans hésiter : « Je souhaite qu’une décision soit prise d’ici la mi-janvier ».
Nous sommes désormais à la mi-janvier. Mais le variant Omicron a tout bouleversé. Le taux d’incidence est très élevé, tandis que le nombre d’hospitalisations reste stable. Dans les maisons de retraite et les établissements médico-sociaux, qui étaient il y a un an des épicentres de décès, la situation serait « rassurante », ont déclaré mercredi devant la commission parlementaire de la famille la ministre de la Famille, Corinne Cahen (DP), et l’épidémiologiste Joël Mossong, du service de santé publique : Le taux d’incidence dans ces établissements serait inférieur à la moyenne nationale. Il n’y aurait pas un seul cas grave de Covid et seulement « très peu » de cas symptomatiques. La priorité du gouvernement est désormais d’éviter que des isolations inutilement longues des personnes testées positives au Covid ne mettent en péril le fonctionnement de secteurs essentiels. L’Organisation mondiale de la santé a officiellement déclaré la semaine dernière que les formes de Covid-19 consécutives à une infection par le variant Omicron étaient généralement plus bénignes que celles liées au variant Delta. À quoi sert alors une obligation vaccinale avec un vaccin qui protège contre les formes graves de la maladie, mais qui, même face au variant Delta, n’a pu freiner la transmission du virus que pendant quelques mois, alors que le variant Omicron est encore plus contagieux ?
Le CSV se pose bien sûr ce genre de questions, mais, pour des raisons tactiques, il souhaite savoir ce que le gouvernement en pense avant de se prononcer. « Le groupe d’experts aurait pu être convoqué dès l’automne », déplore Martine Hansen, coprésidente du groupe parlementaire, et ce n’est certainement pas sans raison. Les dirigeants des partis de la coalition sont contraints d’exprimer plus clairement leurs intentions. Le DP subordonne sa décision aux conclusions sanitaires des experts, explique le chef de groupe Gilles Baum : « S’il en arrive à la conclusion qu’une obligation vaccinale est nécessaire, alors nous serons favorables à une obligation pour tous les adultes. » Mais M. Baum insiste sur le « si ». Et précise que cette question pourrait « se poser de manière plus concrète à l’automne prochain ».
Les Verts, qui se sont prononcés la semaine dernière en faveur, par principe, d’une obligation vaccinale pour tous les adultes, souhaitent également savoir à quel moment celle-ci serait nécessaire d’un point de vue sanitaire. « Pour cet hiver, elle arriverait sans doute trop tard », estime Meris Sehovic, coprésident du parti. « Nous menons ce débat avant tout pour être prêts pour l’hiver 2022/2023. Ne pas en parler maintenant serait une erreur. » Du point de vue des Verts, au regard des restrictions liées au Covid imposées jusqu’à présent, une obligation vaccinale constituerait une « légère atteinte » aux libertés fondamentales.
Après que Radio 100,7 eut annoncé hier qu’un rapport comportant 28 questions avait été transmis aux députés, le ministère d’État l’a rendu public peu après. En revanche, selon les informations de Land, le rapport sanitaire des experts n’est annoncé que pour aujourd’hui, vendredi. Ce n’est pas un jour de trop tôt, si le débat à la Chambre doit avoir lieu mercredi prochain. En effet, le rapport du gouvernement ne fait pas état de la « nécessité sanitaire ». Le Premier ministre souhaite toutefois recevoir des suggestions, par exemple sur la question de savoir si la vaccination obligatoire devrait s’appliquer à tous les adultes, ou déjà aux mineurs plus âgés, ou encore uniquement aux personnes âgées de 50 ou 60 ans et plus. Un point intéressant d’un point de vue juridique est que les députés sont invités à prendre en considération le fait qu’en raison de l’autorisation de mise sur le marché encore limitée des vaccins contre la Covid, l’État serait responsable des dommages liés à la vaccination si l’obligation vaccinale était appliquée.
Le fait que le temps presse et que les expertises épidémiologiques ne soient disponibles que tardivement risque de compliquer particulièrement la tâche du Parti pirate et de Die Linke pour se forger une position : les deux partis consultent leur base – les Pirates dans le cadre d’une sorte de vote général, déi Lénk par le biais d’un sondage, à l’issue duquel la Coordination nationale du parti prendra une décision. Pour « déi Lénk », la question est délicate, car leur députée Nathalie Oberweis s’est jusqu’à présent prononcée contre la vaccination obligatoire, notamment mardi dernier auprès de lessentiel.lu. Elle a déclaré au journal « Land » qu’elle était « ouverte » à la discussion au sein de la Coordination nationale, dont elle fait elle-même partie, mais aussi « curieuse » de savoir si ses collègues du parti parviendraient, le cas échéant, à la convaincre de la nécessité d’une obligation vaccinale. Si ce n’est pas le cas, Mme Oberweis, et peut-être aussi sa collègue Myriam Cecchetti, pourraient se retrouver dans la position de voter avec l’ADR. Celle-ci a le programme le plus clair : « Oui à la vaccination, non à l’obligation vaccinale. »
Alors que la perspective de voter sur l’obligation vaccinale, à l’instar de l’ADR, suscite des tensions au sein de Lénk, ce débat met le LSAP, en tant que parti de Paulette Lenert, au défi. Le LSAP doit notamment démontrer de manière crédible qu’il dispose d’une approche en matière de plan de vaccination que le CSV n’a en réalité pas. Y compris une position plausible sur les règles qui s’appliqueront aux 200 000 frontaliers. Car même en Allemagne, où le nouveau gouvernement a annoncé une obligation vaccinale, le chancelier Olaf Scholz souhaite désormais, à l’instar de Xavier Bettel, que le Parlement lui soumette des propositions. « Les frontaliers constituent un point de friction majeur », estime Yves Cruchten. Les collègues des Verts n’ont pas encore pris position à ce sujet. Le CSV non plus ; il attend les propositions du gouvernement.