Il y a fort à parier que de nombreuses personnes ont suivi, mercredi après-midi, le débat de la Chambre des députés sur l’obligation vaccinale. Outre Chamber TV, rtl.lu et wort.lu ont également retransmis l’événement en direct.
On a pu observer un Parlement qui s’est efforcé de mener un débat de grande qualité après seulement une petite semaine de préparation. On a pu observer un gouvernement qui ne veut pas qu’on lui reproche de ne pas faire preuve de leadership en temps de crise et de se laisser mener par le nez par le principal parti d’opposition. On a notamment pu observer un LSAP soucieux de ne commettre aucune erreur. En effet, c’est le parti de la très populaire ministre de la Santé, que certains socialistes voient non seulement comme la tête de liste pour 2023, mais aussi comme la prochaine Première ministre.
Le moment est actuellement propice pour débattre de l’obligation vaccinale. Il est en revanche plus difficile de prendre rapidement une décision à ce sujet. Le variant Omicron se propage dans tout le pays ; la semaine dernière, il était présent dans 90 % des tests Covid positifs analysés par le Laboratoire national de santé. Les autorités sanitaires prévoient un « pic » des infections à Omicron à la fin de ce mois ou au début du mois prochain. Il est assez bien établi que la vaccination protège également contre les formes graves du Covid-19 causées par le variant Omicron. Cela s’explique peut-être aussi par le fait que le nombre de lits en soins intensifs occupés dans les hôpitaux a diminué pour atteindre 15 au cours des deux dernières semaines, car la majorité des patients en soins intensifs sont infectés par le variant Delta. En revanche, la science ne peut pour l’instant pas se prononcer avec certitude sur la mesure dans laquelle une deuxième dose de vaccin, administrée récemment, ou une dose de rappel permet de freiner la transmission du variant Omicron. Cela pourrait fonctionner à hauteur de 37 à 50 % , mais probablement pas pour longtemps. En effet, la capacité d’adaptation sélective d’Omicron à l’organisme humain, qui rend ce nouveau variant plus « compétitif » face au variant Delta, réside précisément dans le fait qu’il déjoue la partie du système immunitaire
qui agit rapidement contre le SARS-CoV-2. Et ce, même lorsque la personne concernée est vaccinée. En raison de cette « échappement immunitaire », les chiffres des infections sont si élevés depuis trois semaines et s’élevaient mercredi à 2 551. Un confinement strict serait le meilleur moyen de freiner cette vague.
Personne ne souhaite cela, bien sûr. Ce serait difficile à expliquer au monde économique : cela prendrait les personnes vaccinées au dépourvu, bouleverserait le fonctionnement des écoles et coûterait plusieurs millions d’euros en congés pour raisons familiales destinés à la garde des enfants. Cependant, il n’est pas certain que les hôpitaux soient moins sollicités parce que le variant Omicron provoque des formes relativement bénignes de la maladie. En effet, alors que le taux d’occupation des lits en soins intensifs pour cause de Covid est actuellement en baisse, celui des services de soins généraux des cliniques augmente lentement mais sûrement. Cela pourrait s’avérer caractéristique d’un variant viral qui provoque des infections plus légères, mais en plus grand nombre. De plus, même en soins courants, il peut arriver que des patients atteints de Covid aient besoin d’oxygène. En fin de compte, le constat est probablement le suivant : un confinement devrait être maintenu jusqu’à ce que les températures remontent, peut-être jusqu’à fin mai. Une obligation vaccinale, même si elle était rapidement décidée et mise en œuvre, arriverait trop tard pour pouvoir encore contrer efficacement le variant Omicron. Le débat sur cet acte de solidarité aurait dû avoir lieu, de préférence, avant les dernières vacances d’été.
Et il n’est donc certainement pas erroné de s’y être attelé dès maintenant, afin de pouvoir peut-être adopter dans trois mois une loi rendant la vaccination obligatoire et d’être prêt pour la prochaine saison hivernale. Ce qui est étonnant, mais typique des improvisations du gouvernement face à la Covid, c’est que le groupe d’experts de cinq personnes chargé de préparer scientifiquement le débat n’ait disposé que d’à peine une semaine. Il n’était donc pas surprenant que ce groupe soit parvenu à la conclusion que la solution la plus évidente consistait à imposer une obligation aux plus de 50 ans (car ils sont statistiquement particulièrement exposés) et au personnel de santé et de soins (car il est en contact avec des personnes vulnérables). Le groupe n’a pas eu le temps d’étudier d’autres options, notamment la vaccination obligatoire pour tous les adultes ; il a donc adopté une approche pragmatique.
Le Premier ministre Xavier Bettel a toutefois souhaité, en vue du débat de mercredi, que les députés indiquent, par le biais d’un questionnaire, s’il valait mieux instaurer la vaccination obligatoire à partir de 18 ans, de 50 ans ou de 60 ans, ou peut-être à partir de 16 ans, voire dès 14 ans. Personne n’a pu répondre à cette question. Lorsque le Premier ministre a déclaré à l’Assemblée que le gouvernement avait décidé de suivre les recommandations des experts et qu’il avait qualifié cette décision d’« inévitable », le porte-parole du CSV, Claude Wiseler, s’est contenté de protester en disant : « Je trouve cela étonnant ». Il lui était clair que le gouvernement, fort de ses pouvoirs exécutifs, avait désormais pris les rênes en matière de vaccination obligatoire. Mis en échec, le CSV, qui militait depuis deux mois en faveur d’« une obligation générale de vaccination à partir de 18 ans », a approuvé la version du gouvernement, la qualifiant de « première étape ».
La ministre de la Justice, Sam Tanson (Les Verts), a expliqué que l’obligation vaccinale réservée aux personnes âgées et aux professionnels de santé et de soins était également préférable pour des raisons juridiques : la restriction du droit à l’autodétermination physique doit être ciblée afin de rendre l’obligation vaccinale aussi peu contestable que possible. Cette thèse fera sans doute encore l’objet de débats. D’un point de vue sanitaire, certains arguments pourraient également plaider en faveur d’une obligation vaccinale dès 18 ans – si le variant du virus qui succédera à Omicron venait à toucher principalement les plus jeunes, ce que personne ne peut savoir. En Allemagne, Omicron entraîne déjà actuellement davantage d’hospitalisations d’enfants que le variant Delta : simplement en raison de la pression infectieuse plus élevée
au sein de la société.
Les impératifs sanitaires, les considérations éthiques et le principe juridique de proportionnalité ont incité tous les intervenants et intervenantes à mener une réflexion mercredi. Même Fernand Kartheiser, de l’ADR, ne s’est lancé dans une tirade contre la réduction du nombre de lits d’hôpitaux, qui a eu lieu sous les ministres de la Santé du LSAP, qu’à la fin de son discours. Auparavant, il avait énuméré des réserves concernant la vaccination obligatoire, qui étaient loin d’être de simples « élucubrations » et ne visaient pas à s’opposer à la vaccination. C’est peut-être précisément grâce à cela qu’il a marqué des points pour son parti.
Le LSAP a été particulièrement mis à rude épreuve : quelle que soit la suite du débat sur la vaccination obligatoire, quelle que soit la loi qui sera adoptée et quelles qu’en soient les répercussions sur la pandémie de coronavirus, c’est avant tout la ministre de la Santé du LSAP qui en tirera profit ou en subira les conséquences.
C’est ainsi que le président du groupe parlementaire du LSAP, Yves Cruchten, a dû déployer quelques efforts rhétoriques pour aligner la position de son groupe sur celle de Paulette Lenert. D’une part, parce que la ministre de la Santé est davantage une fonctionnaire méticuleuse qu’une femme politique impétueuse et qu’elle avait déjà soulevé lundi, lors du Conseil de gouvernement, tant de questions supplémentaires concernant l’obligation vaccinale que les participants à cette réunion n’étaient pas encore parvenus, comme prévu initialement, à une position commune.
D’autre part, ce sera à la ministre de la Santé de veiller à ce que la situation sanitaire soit surveillée jusqu’à l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale et jusqu’à ce que cette obligation soit effectivement appliquée. Ce qui, en termes de calendrier, n’est pas forcément la même chose, et entre-temps, il faudra peut-être procéder à des ajustements. Il existera peut-être alors un vaccin amélioré ; on dit qu’il pourrait arriver au cours du deuxième trimestre. Et s’il s’avère en outre que l’obligation vaccinale nécessite un fondement juridique, car il faut démontrer ce qu’elle apportera probablement, alors c’est également à la ministre de la Santé qu’il incombera de répondre de cette projection dans l’avenir. Comme cela représente une exigence considérable – personne ne connaissant encore la prochaine mutation compétitive du SARS-CoV-2 –, Yves Cruchten a fait marche arrière mercredi en évoquant une « obligation vaccinale, si nécessaire ». Cela permet bien sûr aussi de se réserver la possibilité de dire qu’on n’a pas exagéré, au cas où un petit miracle se produirait cette année, où l’épidémie s’atténuerait complètement et où l’obligation vaccinale deviendrait superflue.